Le vase diatrète d’Autun entre au musée Rolin

Le vase diatrète découvert par l’Inrap en 2020 dans une nécropole paléochrétienne à Autun, en Saône-et-Loire, entre dans les collections du musée Rolin à Autun (71).

Une fouille de l’Inrap à Autun a permis de révéler une importante nécropole de l’Antiquité à proximité de l’église paléochrétienne de Saint-Pierre-l’Estrier.
La diversité de sépultures, dont des cercueils en plomb rares dans cette zone, et la richesse du mobilier découverts viennent enrichir considérablement la connaissance des pratiques funéraires  de l’Antiquité tardive en Gaule romaine. 

Vase diatrète 
© Hamid Azmoun, Inrap

UN VASE D’EXCEPTION

Sur les quelques vases diatrètes recensés, rares sont ceux découverts en contexte archéologique. Ces chefs-d’œuvre de l’art verrier romain, sculptés dans un bloc de verre, nécessitaient plusieurs mois de travail à un verrier chevronné. Bien de prestige, ce vase a été offert à un personnage important, probablement proche du pouvoir impérial. Ce petit bol de 15 cm de diamètre pour 12,6 cm de haut penche légèrement sur le côté et son bord n’est pas parfaitement circulaire. Une inscription latine VIVAS FELICITER (« Vis avec félicité »), surmontée d’une collerette à décor d’oves (motif en forme d’œuf), se développe sur le bandeau central. Un réseau filigrané de huit ovales en forme de coeur avec une rosette circulaire forme le pied du vase.

L’inscription, constituée de grandes lettres en relief, trouve de rares comparaisons dans le monde antique. À une exception près, les lettres sont très bien conservées, un séparateur en forme d’arc nervuré ou de ‘V’ marquant la fin de la phrase. Le vase présente un étonnant défaut : la lettre C semble en effet avoir été ajoutée ultérieurement. Le verre dans lequel est réalisée cette réparation est chimiquement identique mais visuellement différent par son aspect mat, presque laiteux. Un accident s’est produit lors de la fabrication de la lettre. Du verre a alors été fondu pour remplacer le C, ce qui a probablement contribué à l’aspect inhabituel ainsi qu’à la texture du verre. Disparu durant l’Antiquité il n’en subsiste qu’une petite partie.

LE PLUS ANCIEN AMBRE GRIS AU MONDE

Le vase était probablement présenté à l’aide d’un dispositif qui assurait sa stabilité afin de préserver son contenu. Pour en connaître la composition, des analyses d’imprégnation ont été réalisées. Elles révéleraient un mélange d’huiles, de plantes et de fleurs ainsi que de l’ambre gris. Concrétion intestinale de cachalot, l’ambre gris est généralement collecté sur les plages. Son origine a longtemps été débattue, avant d’être comprise au cours du XVIIIe siècle. Ce produit extrêmement rare et précieux, parfois dénommé « truffe de mer » ou « vomis de baleine » est utilisé pour ses propriétés aromatiques et médicinales. Aetius d’Amida, médecin grec vivant au tournant des Ve-VIe siècles de notre ère, le mentionne comme composant d’une recette de « nard », parfum destiné à l’église. Les analyses réalisées sur le vase diatrète en font actuellement la plus ancienne preuve archéologique de l’utilisation de cette substance très rare.

Vue du vase diatrète dans le sarcophage
© Bérénice Bétend-Desgranges, Inrap

LA NÉCROPOLE DES PREMIERS CHRÉTIENS D’AUTUN

La nécropole dans laquelle a été découvert le vase diatrète fonctionne du début du IIIe siècle jusqu’au milieu du Ve siècle, l’essentiel des tombes datant du IVe siècle. Les textes anciens nous indiquent par ailleurs que les premiers évêques d’Autun étaient inhumés dans ce vaste espace funéraire de trois hectares. Parmi les défunts, se trouvaient ainsi probablement des chrétiens mais aussi des individus issus d’autres religions antiques.
Une quinzaine de cercueils en plomb et six sarcophages en pierre ont été retrouvés. Ceux-ci contenaient très peu de mobilier mais il s’est révélé prestigieux : tissu d’or et de pourpre, épingles en ambre, bijoux en or. La plus belle pièce est sans doute le vase diatrète, trouvé aux pieds d’un défunt.

Inrap