L’“ensauvagement” de la France n’est qu’un mythe raciste

La polémique française sur ce terme employé récemment par le ministre de l’Intérieur trouve son écho à l’étranger. Pour cet ancien correspondant britannique, il ne recouvre aucune réalité.

“Que ce soit clair : les récents actes de violence ne doivent pas être passés sous silence ni minimisés”, concède John Litchfield. Mais parler d’“ensauvagement” dans la France en 2020 est pour ce journaliste de Politico “une aberration”.

Il est vrai, rappelle-t-il, que des incidents ultraviolents sont survenus cet été à Bayonne, par exemple, ou à Lyon. Dans le premier cas, un chauffeur de bus a été tué pour avoir rappelé l’obligation du port du masque ; dans le deuxième, une jeune femme est morte après avoir été traînée pendant 800 mètres par une voiture. Il existe aussi l’éternel problème de la violence entre bandes au sein des banlieues françaises. Mais, pour autant, ce terme récemment remis au goût du jour par Marine Le Pen sert avant tout un discours politique.

L’idée que la France s’enfoncerait dans un monde apocalyptique, où les migrants régneraient par la terreur […] est un mensonge destiné à attiser la haine et le racisme. Ce que Marine Le Pen laisse entendre sans grande subtilité, c’est que les personnes issues des minorités visibles sur le sol français, qu’il s’agisse de Français ou de migrants, sont persona non grata. Selon la dirigeante du RN, la violence est dans leur ADN et leur culture est trop différente de la culture française.

Mais, en réalité, il y a aujourd’hui de moins en moins de violence en France,souligne le journaliste, chiffres à l’appui : ces derniers vingt-cinq ans, le taux d’homicides a chuté presque de moitié. Ramené à la population, il est cinq fois moins élevé qu’aux États-Unis. Le nombre de vols avec violence et des actes de violence est stable, et même en régression si l’on exclut les agressions sexuelles. Plus récemment, entre 2012 et 2018, les incidents violents ont chuté de 647 000à 579 000.

Une société moins violente selon les chiffres

Mais “qu’elles soient vraies ou fausses, les rumeurs continuent de se propager”. Conséquence : 60 % des Français affirment que l’insécurité augmente et que le sujet se trouvera tout en haut des préoccupations lors de la campagne présidentielle, explique Litchfield, qui, du coup, pour démontrer le “grotesque” de cette argumentation propose d’inverser la logique. Car, si les chiffres de la violence sont en baisse, ceux des migrants présents en France, eux, augmentent.“Au cours de l’histoire française récente, le nombre d’homicides a explosé à la fin des années 1940, puis des années 1970 jusqu’au milieu des années 1990. La France compte aujourd’hui 6 500 000 personnes d’origine étrangère, soit un peu moins de 10 % de la population – des Algériens comme des Américains. En 1975, le pourcentage de personnes d’origine étrangère en France était de 7,4 %. En 1946, il était de 5 %.”

Au cours de ces deux périodes, toujours selon les statistiques, les actes criminels violents étaient plus répandus qu’aujourd’hui. Et le journaliste de conclure : “Si l’on suit la logique de Marine Le Pen, il est tout à fait possible (et probablement tout aussi trompeur) de dire que l’augmentation du nombre d’étrangers a fait de la France un espace plus sûr et plus paisible.

Politico via Courrier international