Léonora Miano : “Afropea”, les Afropéens sont-ils l’avenir de l’Europe ?

Avec son essai “Afropea”, Léonora Miano dessine les contours d’une identité apaisée des Afro-Européens. Elle propose de rompre avec la conception racialiste qui structure les discours identitaires, en se forgeant une identité sociale et culturelle choisie et non subie.

Elle aurait voulu être chanteuse, mais elle est devenue écrivaine. Une écrivaine dont la voix porte. Maintes fois primée, Goncourt des lycéens pour “Contours du jour qui vient” (Plon) ou encore Prix Fémina pour “La saison de l’ombre” (Ed. Grasset), Léonora Miano défend les fondements d’une identité multiple et d’un espace géographique ouvert. L’auteure, née au Cameroun, explore le trait d’union entre l’Afrique et l’Europe.

Peut-être parce qu’elle a vécu adulte en France, où elle a donné naissance à sa fille, et parce qu’elle vit aujourd’hui au Togo. Peut-être aussi parce qu’elle est profondément humaniste, voire utopiste. Mais Léonora Miano ne se laisse pas enfermer dans des étiquettes. Ni comme écrivaine d’origine camerounaise, ni comme militante de la cause noire.

Un an après son dernier roman “Rouge impératrice”, premier volet d’une trilogie où elle imagine une Afrique sub-saharienne puissante et libre, la romancière propose dans son essai “Afropea” (Ed. Grasset) une réflexion autour de ce maillage humain constitué par des personnes européennes d’ascendance subsaharienne qui influe sur leur identité.

Pour toi, ma fille

La romancière franco-camerounaise a écrit son livre en pensant à sa fille, tout en lui “formulant des suggestions”. Si elle ne fait pas elle-même l’expérience de ce double ancrage, c’est pour la génération à venir que Léonora Miano tente de dessiner les contours de l’identité afropéenne. “Quand on naît en Europe [ndlr: comme sa fille], et que l’on a un phénotype subsaharien, sans même avoir cette culture, on se construit en situation de minorité”, explique l’autrice à la RTS. “On ne trouve pas toujours une représentation favorable et puis, on est parfois mal reçus”, dit-elle.

“Si vous êtes noir de peau, et que vous avez toujours vécu en Europe, vous avez des références intellectuelles, philosophiques européennes, une manière européenne de vous mouvoir. Vous êtes européen”, rajoute-t-elle.

“Afropea” s’intéresse à la manière dont les Afropéens peuvent s’épanouir dans leur espace de référence. “Et peut être même le transformer, pour le bien de l’Europe, trop occidentale, trop prédatrice, mais aussi pour le bien de l’Afrique”, dit-elle.

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Le rapport à l’autre

“Afropea” de Léonora Miano incite celles et ceux qui existent dans deux géographies, l’Afrique subsaharienne et l’Europe, à se réinventer, à se forger une identité sociale et culturelle choisie et non subie. L’essai n’est ni un manifeste, ni une utopie, mais une invitation à prendre la parole pour inventer une représentation de soi. “Afropéens de tous les pays, unissez-vous, constituez votre puissance pour influer sur les politiques de votre pays”, clame-t-elle.

“Si on décide que l’on appartient à un espace, il faut l’affirmer. Il ne faut pas être dans la lamentation et ne pas céder à la tentation victimaire”.

Congédier la définition raciale

“J’ai grandi dans l’Afrique subsaharienne, et quand vous grandissez dans cet espace, une définition raciale de votre identité n’a pas de sens”, explique-t-elle. L’autrice estime que congédier cette définition raciale de soi-même ne revient pas à nier l’histoire du racisme et l’histoire de l’opposition au racisme qui a forgé toutes les cultures afro-descendantes. C’est récupérer son humanité, sa vision du monde à soi. C’est aussi une manière de sortir de l’impasse identitaire qui agite notamment la France.

RTS