Les attaques jihadistes contre la France ne sont pas l’œuvre de “loups solitaires”

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Cela faisait plus d’un mois que les rapports des services de renseignements occidentaux envoyaient des signaux qui ne laissaient pas de place au doute : “La France sera frappée.” Des bulletins toujours plus alarmants qui se sont transformés en alerte générale la semaine passée : “On redoute une attaque imminente.”

Cette conviction était née de l’analyse des communications entre les derniers responsables djihadistes ayant survécu aux défaites sur le terrain en Syrie et en Irak, de la vague de haine que les propagandistes de l’intolérance diffusent sur Internet, des informations recueillies parmi les communautés fondamentalistes d’Europe. Tous ces indices concordants se sont matérialisés dans les dernières attaques épouvantables perpétrées dans des villes françaises.

La vague d’attentats en France est le fruit d’une stratégie djihadiste

Avant l’horreur de Nice, on a dénombré deux autres attentats. Le premier est survenu le 25 septembre, non loin du siège de Charlie Hebdo. C’était en apparence le geste d’un individu isolé, comme cela a souvent été le cas ces dernières années. En apparence seulement.

Car dans les jours qui ont précédé cet attentat, des indices précis portaient à croire que quelque chose était en train de se tramer au sein des réseaux islamistes les plus chevronnés. 

Ces réseaux qui vont au-delà même des différences sectaires entre l’État islamique et Al-Qaida. Dans le magma d’informations épluché par les analystes des services secrets du monde entier, cette tendance n’avait pas été entièrement déchiffrée.

Mais, à l’heure qu’il est, ces services ont acquis la certitude que ce flot d’indices atteste de la préparation d’une vaste campagne autour d’un objectif clairement identifié : les caricatures du Prophète publiées dans Charlie Hebdo.

La France, la nation des “croisés”

Un symbole fort, qui permet de surmonter les divergences et les clivages qui divisent le fondamentalisme islamique, ressoudant un mouvement en voie de dislocation ces dernières années. Quelle que soit la mouvance à laquelle ils appartiennent, les musulmans ne peuvent pas se désolidariser de ceux qui dénoncent le blasphème : condamner Charlie permet ainsi de rendre une forme de légitimité à ces avant-gardes armées qui étaient désavouées par les communautés modérées de tous les pays.

Et cette condamnation de l’hebdomadaire satirique focalise automatiquement l’attention sur la France, le pays de la laïcité, mais aussi l’ancienne puissance coloniale du Maghreb et du Proche-Orient : la nation “croisée” où la haine se laisse aisément répandre dans des banlieues ravagées par le Covid et la crise économique.

Le niveau d’alerte est monté d’un cran avec le deuxième attentat, la décapitation de Samuel Paty par un réfugié tchétchène. L’affaire a permis de mettre au jour des liens manifestes avec un réseau plus dense : il y a eu les communications de l’assaillant avec la Syrie, les proclamations contre l’enseignant diffusées à la mosquée de Pantin, et même une fatwa publiée sur Facebook.

L’hommage rendu à l’enseignant par Macron et les manifestations de solidarité spontanées qui ont fleuri dans toute la France ont eu un écho mondial. Mais la réaction des pays à majorité musulmane, diamétralement opposée, a cristallisé les tensions et généralisé la campagne antifrançaise: c’est ce que cherchaient les auteurs de l’attentat de Charlie.

On a entendu les prises de position du Premier ministre pakistanais, Imran Khan, et des autorités religieuses les plus influentes, et pas uniquement celles qui sont connues pour leurs positions radicales, comme le mufti de Jérusalem : même le grand imam égyptien d’Al-Azhar, qui passe pour la voix la plus influente du monde sunnite, a invoqué une loi qui punit les actes de “haine et de discrimination contre la foi musulmane”.

La Repubblica

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