Les Britanniques blancs et pauvres, “enfants perdus” de l’université

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Si le débat autour des inégalités pose des questions essentielles, l’hebdomadaire conservateur The spectator* rappelle qu’au Royaume-Uni, elles dépendent plus de la classe sociale que de l’origine ethnique, notamment pour le facteur clé de l’accès aux études supérieures.

Ces dernières semaines, les mobilisations autour du mouvement Black Lives Matter ont ouvert un débat délicat mais nécessaire “autour du racisme, des différences de classes, de la pauvreté et de la réussite scolaire, écrit The Spectator. L’examen attentif des statistiques montre que nous sommes très loin d’être tous égaux, mais ce que les chiffres montrent également, c’est que l’on a tort d’amalgamer différentes catégories de population.”

Ainsi, bien souvent, les débats tendent à considérer que tous les citoyens issus de minorités ethniques vivent des situations identiques, et que toute la population blanche est privilégiée, poursuit l’hebdomadaire britannique.

Or, si l’on regarde les statistiques de près, on constate non seulement d’importantes disparités au sein des minorités, mais aussi que le groupe de population qui s’en sort le moins bien en termes d’accès à l’éducation correspond aux garçons blancs issus de classes populaires, que le magazine conservateur décrit, en couverture, comme “Les oubliés”.

Ces enfants “sont en train de décrocher”

“Seuls 13 % d’entre eux poursuivent des études supérieures, soit beaucoup moins que dans les minorités asiatiques ou noires”, note l’article, rappelant que, si les diplômes universitaires ne sont pas une garantie d’accès à l’emploi et à une situation prospère, il est clair que les sept sur huit garçons de cette catégorie qui ne feront pas d’études seront confrontés à plus de difficultés.

La tendance est d’ailleurs inquiétante :

En 2007, 23 % des étudiants noirs en école publique ont poursuivi des études de cycle supérieur contre 22 % d’élèves blancs. Soit à peu près autant. Mais les derniers chiffres de 2018 montrent que l’écart s’est creusé de dix points supplémentaires (41 % chez les étudiants noirs contre 30 % d’élèves blancs). Les enfants de la classe ouvrière blanche sont en train de décrocher et pourraient être bientôt perdus.

Qui s’en saisira ?

Le journal conservateur regrette que cette cause soit difficile à défendre dans un contexte où les mouvements antiracistes dénoncent les “privilèges blancs” et les mouvements féministes “la masculinité toxique”. Or, “au Royaume-Uni, les différences de classes ont toujours été les indicateurs les plus significatifs des privilèges”.

Il constate, à titre d’exemple, que la BBC, le groupe audiovisuel public, a formulé de nombreux engagements pour améliorer la diversité de ses effectifs. Elle s’est fixée, et a dépassé, des quotas d’emploi des femmes, des LGBT et des minorités ethniques. En revanche, si elle “reconnaît que les personnes issues ‘des classes les plus modestes’ sont largement sous-représentées dans ses rangs, que faitelle pour changer cela ?

The spectator

*Le Spectateur est une institution de la presse britannique. Fondé en 1828, c’est le journal de référence des intellectuels et dirigeants conservateurs, mais aussi des eurosceptiques : The spectator a soutenu la sortie de l’Union européenne lors du référendum de 2016. Réputé pour ses analyses et son ton incisif, il appartient depuis 1989 au même groupe que The Daily Telegraph.

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