Les envahis: Ou La procession de St Asi

Cet ouvrage n’a rien à voir avec la création de ce site, c’est juste notre ami Google qui m’en a révélé l’existence.

Disponible sur la toile.

Date sortie / parution : 01/01/1987

 

Le Four est un troquet des quartiers « à vocation africaine ». Exaspérés par la passivité du Pouvoir devant l’invasion, de vieux patriotes (et même de jeunes) s’y défoulent à l’aise en cassant du Bougnoul sur la moleskine. Il faudra dans cette marmite l’intrusion d’un Noir des sphères supérieures pour déclencher les gros bouillons. « A partir d’une certaine limite, le racisme et la xénophobie deviendront des vertus-frontières », entendra-t-on au cours de « la grande colloque » qui devait tout arranger.

Traité dans le style savoureux du loufiat de service, ce sujet grave passe légèrement. L’humour involontaire du narrateur, le milieu picaresque, la couleur des personnages, autant que les allusions politiques, entretiennent un sourire de connivence. Il ne faudra guère de génie pour identifier « le président Cisnouilh de Médeux » ou les trois Bienheureux-patroniseurs-St-Asi, St-Irn et St-Oléru – dont les statues de paille, après de brillants débuts, provoquent la catastrophe.

Racistes ? Ou terriblement malheureux, ces Français « de source » qui voient monter le flot dans lequel s’abîme, aux deux sens du terme, ce qu’ils ressentaient comme leur patrie ?


 

MAURICE AUGUIER

LES ENVAHIS

OU LA PROCESSION DE ST ASI

Roman

Editions ALBATROS

21 rue Cassette – PARIS VIe

Tél. : 42.22.77.00




 

AUX FRANÇAIS

QUI EN ONT ASSEZ,

QUI EN ONT TROP,

QUI SOUFFRENT

DE L’INEXORABLE

« PROCESSION DE STASI »

CE LIVRE EST DÉDIÉ

EN MANIÈRE

DE CONSOLATION

Je suis terriblement malheureux car j’ai terriblement peur.

DOSTOIEVSKI – Les Possédés

Toute conquête a son revers : le côté des envahis.

SAINT-EVREMOND – Jugement sur César et Alexandre

… la cécité volontaire est la plus dangereuse des idéologies. Or, il faut se rendre aveugle pour ne pas perce- voir à quels malheurs et à quels excès désordonnés nous mènent l’arrivée massive d’immigrés non européens et leur regroupement dans certains quartiers qui se transforment en zones interdites. Ici, la clandestinité porte atteinte non seulement à l’identité, mais d’abord à l’in- dépendance nationale. Elle signifie tout simplement que la France n’est plus maîtresse de ses frontières, en d’autres termes qu’elle est privée d’une part essentielle de sa souveraineté sans y avoir renoncé par une décision de son gouvernement et un vote de son Parlement.

 Maurice Schumann

de l’Académie française

 (« … Une si grande imprudence »)

 

 

I

Astiquer ce bout de miroir à la terrasse est un des bons moments de la semaine. « Tu t’amuses, Tatar », dit le patron. C’est vrai. Vues à l’envers, les bagnoles foncent en sens interdit dans le blanc d’Espagne, tu torches, c’en arrive d’autres comme à l’ardoise magique. Avec l’habitude de la conduite à droite sur l’Avenue, on s’attend toujours à de la casse, surtout à l’allure. Mais non. Jamais rien.

Donc ce matin Tatar, ça meule, ça torche, ça peut couler. Cette bestiole dans le reflet, c’est quelqu’un du trottoir. Qui va filer s’il n’entre pas. En tout cas, qui devrait… Mais qu’est-ce que ça traîne donc, qu’est-ce que ça glandouille ce machin, ce mec, cette… ? Bon sang le Blaque !

Béridinger dit « les Blattes » afin d’être méchant quand on pense aux ennuis dans la cambuse sous leurs autres noms de cafards et cancrelats attirés par la bouffe. A la place j’aimerais aussi bien recevoir du « nègre » malgré que la loi soit contre. Mais Blaques, c’est bien aussi, ils ne se privent pas de le revendiquer par descendance des « Blaques-panthères » en usage dans leurs colonies britanniques. (Si on le trouve un peu féminin, c’est seulement que par ici on a surtout des mâles.)

Pour son compte, M. le Marquis de Bellegarde se préférait mieux au début de dire « les Chleuhs » pour tous les colons, en représailles de la guerre d’Algérie. Il leur construisait sur les tables des gourbis imaginaires qu’en fin de discours il écrasait d’un coup de poing avec leurs occupants. Au long des ans, débordé par les arrivages, et pour ne pas dire « Bougnol » comme bien d’autres, il a été obligé de perfectionner ses gourbis. Il vous apprenait à reconnaître les trois branches principales, chacune avec des sous-branches :

– 1. Les Chleuhs-chleuhs ou Chleuhs-bics ou Culs-d’arabes, les véritables d’origine, vainqueurs de la guerre et les plus remplissants ; plus salopards aussi car il y en a qui commencent à ressembler aux Français de source, tout en continuant à se priver d’alcool en dehors des offices et à égorger secrètement leurs moutons dans nos baignoires.

– 2. Tout un choix de Chleuhs-Sing-Tocs-Viets, Tahitanais ou Skis-Lancés, moins conséquents même tous ensemble, puisque leurs colonies dans l’Hexagone n’ont pas encore eu le temps de se développer aussi favorablement.

– 3. Enfin venons-y mais champions pour notre quartier en raison du nombre des Foyers d’injection, les Chleuhs-Noirs, reconnaissables à leur teint foncé, qu’on appelle aussi Bamboulas, Kaouas, Gobis et la suite, ou encore, pour employer les mots d’avant l’inversion du sens colonial, Nègres-Négris-Négros.

Disons donc Blaques pour commencer, ce qui leur évitera pires. Et d’ailleurs à quoi bon je vous les distingue, chacun se dit comme il préfère, on se comprendra toujours.

Voyez notre petite Espéranza d’Avila des cuisines. Elle dit « echpions » pour tout le monde. Ce qui nous ferait aller en France sur les sept millions d’echpions, et sur les dix en comptant le genre guadelope plus ceux qui se cachent sous la deuxième même troisième génération – si bien/si mal que nous aurions bientôt plus d’echpions que d’autres et sans compter les terribles du rideau de fer ni les collabos-echpions nés de source. (On s’arrête, parce que si vous ajouteriez du mauvais côté les Espingos, Ritals, Portos ou Angleterriens, ce serait se priver d’alliés précieux dans la Résistance et la natalité. Ceux-là ne sont que des Blancs d’Espagne, d’Italie et la suite entrés en Communauté. On ne les reconnaîtra plus dans vingt berges.)

Voyez aussi M. Cornemuse pour qui c’est encore autre chose au nom de simplifier la Science : toutes les variétés dangereuses formeraient le peuple des Zallogènes (ou Zalos), nous autres étant les Zaborigènes (Zabos). Sur le papier la différence ne serait pas considérable d’après lui, et de nature à faciliter, mais justement pas assez selon certains comme la patronne qui pour éviter de mêler les linges prononce pour tous « Sabos », mieux du pays.

Pour vous en finir avec la colo, Tatar avant d’être au Four croyait que les colons étaient toujours blancs et leurs victimes toujours noires, ainsi qu’on l’apprend dans les écoles. Même si c’était déjà moins vrai à son époque étant donné l’âge des manuels, il a bien fallu se faire aux retours de l’Histoire. Avec le progrès des transports et des famines modernes qui poussent aux fesses dans les hémisphères tropicales, quand on parle aujourd’hui de victimes indigènes colonisées, ce sont les Blancs nous autres.

D’un point de vue patriotique, toutes les variétés de Zalos mériteraient qu’on s’intéresse, mais on ne peut pas être partout et un petit troquet sans subventions est bien obligé de se spécialiser au plus pressant. Par ici, l’avenir c’est le Blaque, favorisé comme on vient de faire allusion par l’attirance des Foyers municipaux et la protection des collabos en haut lieu.

N’y a qu’à voir notre Blaque du trottoir, qui ne s’embête pas, le zalo, avec ses lunettes d’or, son complet à six mille et son attaché de case. C’est drôlement autre chose que la clientèle du bouic à Boulouch qu’on voit bien trop défiler devant la terrasse en salopettes des ordures ou vestons de l’Armée du Salut. D’ailleurs s’il avait seulement mis le pied chez Boulouch celui-là saurait que les Blaques sont bordurés au Four, dernier bistrot du quartier réputé pour être contre, et ne s’amuserait pas à tourner autour, à regarder à droite et à gauche et même au-dessus vers les étages.

Sentant se venir des emmerdes, Tatar jette un œil sur les derrières du flipp où s’assoient les Raracs (on ne va tout de même pas me faire dire « racistes » ! Au Four !). A la 3, il y a juste le vieux Théo, M. le marquis de Bellegarde et ce petit branleur de Beau-lapin qui ne sait jamais comment se pousser. Bérindiger encore debout hésite à se mettre quatrième. A part eux, deux bonnes femmes à chuchoter devant des crèmes et un poids lourd au rade pour un petit blanc. Le patron lui tient la causette, on entend la patronne préparer midi avec Espéranza en cuisine : à moins d’onze heures du mat’, n’y a pas à rêver plus calme.

Sauf le Blaque du trottoir. Un bien grand, sapé comme on a vu, d’un teint bien blaque de l’Oubangui, qui aurait l’air d’un ministre ou d’un secrétaire d’étage que ça n’étonnerait pas. Il a fini de louvoyer, s’avance un pas, deux pas… Ça ferait culot tout de même qu’il veuille enquiller au Four. Mais les ministres à notre époque se croyent tout permis. Il veut, pousse la porte (qui se tire), se rend compte – tire. Enquille.

 – Salut Babylas ! salue Babylas, qui ne comprendra jamais qu’on n’a pas besoin d’être aussi aimable pour tout le monde.

 

Comme il y a chaque fois un creux en l’honneur de Babylas, la connerie de Beau-lapin tombe toute encadrée :

 – Tatar ! Un noir !

Beau-lap est notre seul vrai hitlérien. Il connaît une phrase en allemand d’après quoi la force n’a rien à foutre du droit qui lui plaît beaucoup. Il la répète à qui n’en n’a pas marre en claquant son pistolet sur la table. Mais comme il n’est rien de plus qu’une petite grenouille avec de grandes oreilles, un pif en gélatine ondulée et une bouche si extensible qu’on dirait qu’elle fait le tour quand il rit, que depuis longtemps sa voix de levrette et son pistolet d’alarme ne font plus peur à personne, on le garde comme bon client hitlérien, sans compter qu’il ne doit pas faire bien flatteur pour la propagande du grand chef, lequel était tout de même mieux.

« Tatar, un noir ! » Encore, si elle était nouvelle ! Et ce ton de nanette soûle ! Gêné, le patron répète « Un café noir ! » et s’active vers le perco pour faire professionnel. Pendant ce temps le ministre, qui avait commencé par se la fendre comme tout le monde aux bonjours de Babylas, a coupé sec, mais pas plus, et s’approche du zinc. Il demande poliment au patron Pain s’il connaît un monsieur ou une dame Essédjian ici au 24, n’ayant pas personnellement trouvé la concierge. Il se fait répondre que ça n’a rien d’étonnant à cette heure vu ses ménages, et qu’il n’y a pas ce nom-là dans l’immeuble. Tatar pousse alors :

 – Peut-être au 24 bis ?

Il faut dire qu’il ne regardait pas le patron.

 – 24 bis ? cherche le Blaque…

D’un air de celui qui a naturellement commencé par voir aux numéros, et qui sait qu’il n’y a pas de bis à l’adresse indiquée. Alors Tatar explique qu’on appelle 24 bis l’immeuble dans la cour où il est bien payé pour savoir qu’il y a des Essédjian au quatrième gauche, ayant l’honneur de passer tous les jours devant l’étiquette et de les croiser une fois le temps. Là-dessus il aperçoit l’œil du comptoir et ravale doucement.

 – Merci beaucoup, fait le ministre en reculant vers la sortie.

 – Salut Babylas ! resalue Babylas.

On ne peut jamais en vouloir à Babylas puisque c’est son job. Mais derrière, le patron se paie son tour de gueule :

 – Tu ne vois pas qu’il vient pour louer ? A trois Bougnols sur le palier, ça ne te suffit pas ?

Tatar pense « quatre » en comptant la Pitite, raison de plus pour s’écraser, expliquer qu’il a parlé sans vouloir, qu’un ministre, c’est bien trop beau pour le palier, et d’ailleurs que toutes ces ordures, qu’est-ce qu’on attendait pour les renvoyer en Bougnolie… Le patron empoigne le téléphone, le repose, cherche dans le bouquin. Sûrement il se dit que les Essédjian l’enverraient faire promener en ce qui le concerne, et puis qu’on ne discute pas au milieu du client. Alors il fait le numéro de la Signorie (le seul qu’il connaisse par cœur). Ecoute. Raccroche.

Pas là, le Signor. Ou pas libre.

Le vieux Théo, qui n’avait pas cessé de crachoter son tch ! tch ! contre-blaque pendant la séquence, réjouissait un coup de plus sa compagnie. Parce que ça vaut toujours la peine de voir. Le tch ! tch ! lui retrousse la moustache, lui ferme l’œil, et, vachard en mieux, c’est vrai qu’il grimace comme la Corniaude à Merlot quand on l’asticote.

 – Si vous croyez que vos tch ! tch !… ricane le Marquis.

 – N’empêche qu’il est parti, dit Beau-lapin.

Jamais le père Théo n’a pu convaincre quelqu’un d’en faire autant. Même le patron. Même Gropolo. Pourtant ce n’était pas faute : « Lâcheurs ! si tout le monde s’y mettait, vous les verriez décamper ! Je ne comprends pas que vous, Bellegarde, qui avez fait l’Indochine… » Il rigolait, le Marquis. « S’ils ne vous voient pas, ça ne sert à rien. S’ils vous voient… » Dame, c’est délicat. Surtout de près.

Le vieux n’a même pas eu de résultat avec Babylas après plus d’une semaine de rabâchage à la terrasse à lui montrer comme faire le tch ! tch ! à chaque Blaque sur le trottoir. Le pauvre petit fait principalement tch ! tch ! chaque fois qu’il voit le père Théo.

 – Et pourquoi jamais contre les Culs-d’arabes ? remet encore une fois le Marquis, qui a aussi fait l’Algérie dans sa jeunesse et en garde des marques de semelle à l’amour-propre.

Le vieux se défend comme au tribunal, recommence à miauler qu’il ne peut pas tout faire à lui seul, surtout à son âge…, jusqu’à ce qu’il se rappelle que c’est une malveillance exprès, et se rentre pour retrouver sa grandeur.

A point, voilà Cornemuse et son blair.

 – Salut Babylas ! souffle Babylas par le nez, car le zèbre, il repère très bien les têtes à se payer.

A la suite, la Suzette, dite Carré-de-fesses, en raison de la difficulté à couler ses grosses entre les dossiers de chaises. Elle fait la bise à Babylas, tandis qu’on entend déjà cornemuser à la 3 du flipp :

 – Qu’est-ce que c’est, ce Blaque qui sort du 24 ?

Il se voit remettre au 24 bis, et comment et pourquoi, ce qui rappelle au patron son coup de biniou. Accroché, ce coup-ci :

 – Monsieur Signor ?…

Ses respects…, s’il peut monter ?… Oui, probable car il file par la cour. Suzette commande un sandwich-bière, preuve qu’elle a commencé sa journée. Quand elle n’a encore fait personne, c’est un crème.

 – Alors, ce micheton ? Un Chleuh d’où ? balance le Marquis, de sa voix pour toute la salle.

 – Ça me regarde, M. de Bellegarde, répond-elle, toujours très polie avec lui.

 – C’est vrai que vous leur faites le premier gratuit ? couine Cornemuse, par allusion à ce que les Blaques exigent toujours le doublé. (Dit-on).

Cette pauvre Suzette, qui vire sur la deuxième réserve, on ne voit pas comment elle pourrait se défendre sans la couleur. Même avec des prix.

 – Putain, dit Beau-lapin pour dire quelque chose.

Elle n’aime pas. Commence à relancer que c’est pas malheureux qu’on en trouve encore de vrais à l’heure actuelle, que ceux qui en font deux compensent les petits merdeux qui n’en peuvent pas du tout, et suivez mon regard. Comme on l’a déjà vue faire du chproum pour moins que ça, la patronne se dérange pour lui porter son sandwich, dit qu’il est soigné comme on ne le fait que pour elle, active Tatar sur le demi et fait les gros yeux à ces messieurs afin qu’ils se tiennent.

Zou-boum-boum ! Le Ricou, avec tout le boucan qu’il peut !

 – Salut, Baba ! fait Babylas.

Le gamin profite de ce que son père n’est pas là pour demander quarante balles à sa mère. C’est les patins, c’est les rustines… Il repart avec vingt, va bricoler à son vélo contre le lampadaire. Il change, le Ricou. Il s’allonge, il s’instruit. Il n’y a pas si tant, pour avoir vingt balles, il aurait demandé vingt balles.

*

Le patron Pain devait tenir un jour de forme quand il a dégoté son enseigne. Le Four (à Pain) ne fait guère plus de six mètres sur l’Avenue mais pour lui toute la profondeur du 24, plus la cuisine dans la cour et les débarras à la suite. On entre par le milieu de la terrasse (deux tables doubles de chaque côté), on monte la petite marche où reçoit Babylas : à droite s’aligne le comptoir en acajou super, chef-d’œuvre de Monsieur Béridinger, avant sa sirose – en face, c’est « la salle » avec deux rangées de tables et la banquette en cosy-corner. Dépassée le flipp et le pilier au bout du rade, c’est encore public si vous voulez puisque la 4 est pratiquement contre, que n’importe qui peut apercevoir la 3, la 2 et la 1 derrière, même s’y asseoir si c’est libre, et qu’il faut passer devant pour les toilettes, mais enfin, à mesure qu’on enfile le boyau, on renifle l’habitué : les journaux, les jeux de cartes, les ronds de serviette dans le casier, et les deux portes à gauche où le patron a fait inscrire PRIVÉ. La première donne sur la toute petite salle-à-manger réservée au Raracs et à la famille – la seconde, c’est le studio des Pain, vraiment privé celui-là, et même bouclé au passe, parce qu’il faut bien tout de même. En fin de bout, toilettes, cuisine et sortie sur la cour.

Le patron est redescendu de chez les Signor. Pas phraseur.

 – Allez-allez ! qu’il dit pour le service.

Il regarde la pendule à l’arrivée de Gropolo, toujours luisant, rougeaud et rigolard. Il le renifle pour voir s’il s’est lavé les pieds, en raison de la clientèle. Ça va pour le moment. Gropolo fera le déjeuner avec Tatar, puis Tatar aura quartier libre jusqu’au dîner.

 – Ils ont mis un collant sur la vitrine à Boulouch ! annonce Gropolo.

Pour répondre quel genre, il hausse l’épaule :

 – « La France, les Français »… Il ne tiendra pas le quart d’heure.

 – La France aux Français !… Parlez qu’ils s’en tapent de celui-là ! grince Béridingue, qui est allé se chercher quelque chose de doux au comptoir. Chez Boulouch, ils vous sortiront tous des identités de la Guadelope ou par là. C’est le même prix pour les fausses cartes. Ils sont Français, Môssié ! La France à eux, Môssié !

 – Vous exagérez, M. Béridinger, souffle Cornemuse dans ses grands tuyaux.

Ce ton-là, c’est qu’il va repartir dans les principes, les dignités, les responsabilités héritées de la coloniale, et la loi qu’on a faite en réparation (tous égals et fraternaux) bien qu’il ne l’ait pas votée personnellement et que personne de sa connaissance n’ait eu à donner son avis, mais enfin puisqu’il y a eu les députés pour, le respect de l’honneur de la Démocratie…

 – Votre braguette ! M. Cornier ! fait remarquer Beau-lapin.

 – Ah ! crénom de Dieu !

Il referme. On le possède à tant de coups, que c’en devient malhonnête. Cornemuse, resté au temps des boutons, trouve qu’ils ne valent plus de s’en donner la peine à son âge dans le privé, et dans le monde, c’est qu’il oublie. Au Four il y a toujours un malin pour vérifier à l’arrivée et se garder la commodité en réserve. Car une fois envolé dans les sentiments, il n’y a pas tellement de moyens pour le faire redescendre et il devient carrément emmerdant. Les fois de blague où l’ouverture est signalée à tort, il se fout bien en rogne mais ça marche quand même : il est coupé.

 – A boire ! râle Babylas.

 – Les couverts, Polo ! (le patron).

Gropolo fonce à travers les chiens :

 – Couillon, Torchon, Morpion !

Pour qu’ils se garent. Ils ne sont que cinq, ces gros comme le poing, mais qui grouillent plus que la vermine. Ça le fait bien marrer vingt fois par jour, Gropolo. « Couillon ! Morpion ! » C’est bon d’engueuler. Et qu’on se gare.

 

 

 

A midi trente, le monsieur du matin est revenu, toujours noir mais sans malloche. Il s’est assis tranquillement pour déjeuner et a commencé à tripoter les salières. Embêté, le patron. Pour le bénéfice d’un repas, il ne peut pas risquer la clientèle. D’ordinaire, on leur dit que c’est réservé et on les envoie chez Boulouch malgré qu’on ne voye pas souvent revenir l’ascenseur. Mais ce Blaque-là, on se méfie qu’il en ait un peu plus sous le chignon. Dans la petite salle des Raracs, moitié pleine déjà, c’est tout de suite le grand foirum, avec ce que j’te pense et ce que j’te ferais. Le Beau-lap, un peu moins hardi que pour placarder ses collants en douce, préviendrait M. Signor. Le patron répond que pour un seul couvert, on est tout de même assez grands.

 – Essayez-donc comme d’habitude, conseille M. de Bellegarde en lançant son geste d’empereur. Si vous voulez, j’y vais ?

 – Ça ferait drôle… Tatar, vas-y.

Celle-là, Tatar la voyait tomber. Il fait la grimace qu’il peut se permettre, achève de distribuer les carottes râpées, sait que ce n’est pas le public à lâcher du mou, et pour finir ne voit rien d’autre que d’y aller, le regard du patron collé au train.

Notre ministre était dans la carte en simili lavable occupé à soupeser les deux menus et les suppléments. Il lève le nez sur Tatar, qui n’a pas à se forcer pour faire le désolé. Tatar dit que la table est réservée. Que celle à côté aussi. Que ce n’est pas la peine de chercher de l’œil, que toutes les tables sont réservées. En plus, qu’à midi c’est toujours complet vu le rapport qualité-prix et qu’on est bien forcé d’en refuser…

 – Et le soir ?

Ce petit chatouillis dans le bas de l’estomac, c’est chaque fois que Tatar se rend compte qu’il a encore dit quelque « midi » de trop ou de pas assez et que la Direction veille sur ses fesses. Il bafouille que le soir…, n’ose pas dire « Pareil », car le soir ceux des bureaux sont loin et il y a toujours des couverts de reste en trop grand nombre, ainsi que chacun peut voir, et que celui-là pourra vérifier régulièrement s’il reste au 24 bis, on le regrette assez…

 – Le soir…

 – Il y a quelque chose, Tatar ? arrive le patron en lui faisant signe de se tirer et qu’on se reverra.

Le monsieur de Bamboulie avait changé doucement sur les explications. Pas tant la couleur (un si beau cirage, c’est du solide), pas tant le portrait… L’œil : M. le président du tribunal. Il parle sans se fâcher mais nettement frigo :

 – Je suis monsieur Quintus. Je viens de louer une chambre chez monsieur Essédjian. Comme j’ai souvent à travailler chez moi, je serais disposé à prendre nombre de mes repas dans votre établissement. Faites-vous des prix pour la pension ?…

La porte en coup de cyclone : c’est Dimitri et compagnie. Les autres Raracs s’en vont sur le vieux, y compris ce pauvre Beau-lapin qui malgré son âge et ce qu’il essaye pour la ramener n’en est qu’une moitié à diviser par deux, comme dirait Suzette. Mais Dimitri avec sa taille, ses épaules, ses cheveux d’archange en or et ses mouvements de puncheur, c’est un fier. Il traîne toujours une suite de deux ou trois remorques qui travaillent comme lui aux Assurances du Boulevard, mangent avec lui, pensent et gueulent avec lui, et même plus selon la même Suzette à qui il faut toujours une explication pour ceux qui ne s’intéressent pas à ses ouvertures.

Babylas ne salue pas Dimitri. Il en a une trouille gratinée à cause des déplacements d’air, de la sono, et du jour où il lui a fait valser un rock à travers toute la salle. Il se contente de rentrer la tête dans les épaules tant que ça souffle, tant que ça passe, en espérant qu’on l’oubliera.

Dimitri donc, entre en tête de ses remorques à la vitesse habituelle, stoppe d’autant plus sec en apercevant M. Quintus, lui descend un regard d’écraseur, relève un peu pour le patron avec un air de demander : « Qu’est-ce que c’est que cette merde ? ». Ou presque. Le patron, qui partagerait un peu le point de vue de Babylas quant à Dimitri, répond que cela n’est rien, une simple erreur, que Monsieur s’est trompé pour déjeuner, qu’il n’y a pas de prix pour la pension (un de plus, comme mensonge), que Monsieur trouvera juste au coin de la rue Guévara à droite, deuxième porte, le restaurant de Monsieur Boulouch où il sera servi soigné, et que s’il préfère il y a Monsieur Abdallah trois portes plus loin ou Monsieur Coulibaki dans la rue d’après, et que tous les restaus dans le secteur se sont spécialisés dans le touriste. Mais qu’ici, étant le dernier pour les Français, il faut comprendre qu’il y a encore une clientèle à ne pas perdre, qu’on est bien obligé de réserver à la demande… Enfin qu’il regrette pour cette fois, et qu’il faut pousser pour sortir, et que attention à la marche.

Pendant le temps, l’œil de Quintus, et sa mâchoire, en ont dit pas mal également, si on a pris la peine de remarquer. Il referme le menu, se lève, tout poli quand même mais de plus en plus sec. Il regarde les gars l’un après l’autre, et se met en branle vers le comptoir en demandant s’il peut téléphoner.

 – Sur le trottoir ! souffle le patron. A dix mètres vous avez la cabine ! Elle marche.

Ça va. Compris, sorti, parti.

 – Salut Babylas ! se réveille Babylas.

Tatar, dans le fond :

 – Il téléphone aux flics.

Dimitri fait son rire de grand chef :

 – Trouillard, Tatar ! Môssieu avertit seulement sa ravissante nana blonde de se pointer chez Boulouch !

Le patron Pain s’éponge avec le cachemire du zinc :

 – Monsieur Dimitri, il faut que vous preniez cette table, là, où il était. Nous dirons que c’est vous qui l’aviez retenue… avec ces messieurs…

 – Couillon ! Torchon ! Morpion ! tonne Babylas.

Si bien rendue, la voix de Groplo que ces vermicules s’y laissent prendre à tout coup et foncent sous les banquettes avec leurs grelots.

 – Pensez que les flicards iraient se déranger sur téléphone ! fait Dimitri en ratissant le dessous des banquettes pour en attraper un. Même s’il passe par les Ambassades ou les Ligues anti-machin, rien à craindre, vous dis-je, avant six heures de relevée.

Il remonte Morpion tout couinant, l’emmène dans son coude jusqu’au coin, où ces Messieurs vont avoir à se dire.

II

Bientôt quatre heures. Au sixième du 24 bis, Tatar-pacha, allongé dans ses aises, frime en copain un bout de nuage patate qui flemmarde d’un bord à l’autre de la lucarne. Les mains croisées derrière la boule, il se paie une américaine d’un ramassé de fond de client.

La piaule 2, c’est une des bonnes, question lumière – du moins pour lui qui n’a rien à tirer des agréments du matin puisqu’il bosse. Mais passée la petite sieste (on se lève tôt dans le bistroc), ça compte un peu de retrouver la vue au soleil dans les jours avec, même si les toits du 24 ne valent pas la baie des Anges. Question vécés, c’est oui et non. L’avoir sous la main en bout de couloir, c’est autant de moins surtout la nuit pour la petite affaire, mais le défilé des amateurs, quelquefois on s’en lasse. Enfin, c’est aussi comme ça qu’on se tient au courant.

Tatar n’a rien non plus contre le voisinage. A la 1, Ricou, le fils du patron (sur lequel il est prié de garder l’œil en raison de ses douze ans – hé ! pas loin de treize), qui n’a pas trop donné jusqu’à présent motif à s’en faire. De l’autre côté à droite, M. de Bellegarde, dit Cusec à bon titre et Marquis à moins sûr, avec sa bouille de Commandeur du Tastepicrate. Celui-là le fait bien marrer la plupart du temps, l’exception concernant les petits matins où il rentre fin soûl et réveille l’étage en dégobillant dans le lavabo avec des râlements de bestiau qu’on saigne. Rajoutez les petits soirs où il s’est fait virer par la boîte dont il a eu la bonté de représenter la production durant les six mois ou les six semaines précédents. Ces coups-là, Tatar sait qu’il faut se faire une patience en l’écoutant raconter son ancienne vie de milliardaire, sortir en coulisse quand il commence à goutter dans son mouchoir, parce qu’il aurait honte après ; mais revenir dès qu’on l’entend racler la chaise pour se passer par la lucarne, et lui porter un fond de quelque chose. Ainsi Tatar lui sauve la vie deux fois bon an, et le double dans les mauvais. Chaque lendemain, c’est oublié, M de Bellegarde se retrouve aussi content et agréable pour pousser jusqu’à la prochaine.

Ils se rencontrent souvent tous les trois chez l’un ou l’autre pour blaguer de rien et se tapoter dans le dos malgré la différence des âges. Ou plutôt, à cause. Car ils considèrent comme un lien du destin de s’étager de vingt en vingt au mois juste et quasi au jour ; Ricou douze carats, Tatar trente-deux (hé ! bientôt trente-trois !) et le Marquis les vingt de plus. Vingt, qui lui permettent d’en raconter, d’en installer ! Des ministres qu’il tutoie, des fortunes qu’il a perdues à financer des danseuses adorables dans des opérettes casse-bide, de son oncle à château qui lui laisse quelquefois ses millions et le déshérite aussi bien… Ricou raffole. Les autres font semblant ou sourigolent. Mais jamais personne n’a pu l’empêcher de continuer.

Le numéro 4 est de l’autre côté de l’escalier, bourrée de vieux meubles à M. Signor. La 5 est à louer… Excusez ! Est louée à M. Quintus qu’on a déjà entendu venir en face pour les choses qui n’attendent pas. A la 6, près du poste d’eau, on voit des fois le fils Le Fablec, du premier gauche (un genre de loulou-minet, ou qui se le donne, pas causeur, même avec les minettes qu’il ramène les samedis en dehors du toit paternel). Et c’est tout sur la première cour.

Sur celle de derrière du bout, voyez deux débarras sans personne (savoir à qui), Charlemagne à la 8, le Porte-tuyau à la 9, et Nénène avec la Pitite à la 11, tous Blaques, bougnols ou bougnolesses, dont on ne connaît que les « Bonjous » de passage et les « Pâdons » dans l’escalier.

A la 12, pour finir par la belle, et revenus en face de Ricou-Tatar, c’est Mme la Présidente. De quoi, présidente ? Il faudrait le lui demander ou à feu son défunt. En tout cas, sûrement pas du secteur à retraite publique car elle ne reçoit que le plus faible économiquement pour les vieux. Encore contente, dit-elle, n’ayant rien fait pour, que de signer à la Mairie. Telle que dégringolée, elle enfonce le Marquis, car elle, sans se vanter. L’histoire, c’est que s’étant retrouvée veuve à un âge intéressant, et par la même occase propriétaire d’un immeuble entier dans les beaux quartiers, la pauvre écervelette, intimidée par les réparations, les impôts et la révolution de 48 sur la compression des loyers, s’était fait persuader de tout vendre et de confier le tas à l’un de ces requins au beau plumage qui verserait du vingt ou trente (ou ce qu’on voudrait) pour cent toutes taxes comprises avec papier devant témoins. La belle vie qu’elle se voyait ! Oui, pendant tout le premier trimestre, parce qu’il fallait bien quelque chose pour aller avec le notaire, et que l’autre avait besoin de ce temps-là pour revendre et filer. On ne le cherche même plus.

Madame avait bien réservé un appartement dans son bien, mais en location. Elle n’a pas pu payer longtemps, et s’est laissée bêtement vider en échange du droit, sa vie durant et sans loyer, à cette chambre ici numéro 12. (Sur le papier c’était la 7, qu’elle a habitée longtemps, mais depuis son arthrose de la hanche, elle s’est arrangée avec M. Signor, propriétaire d’une bonne moitié de l’immeuble, lequel a bien compris l’avantage des toilettes contre la porte pour une personne si handicapée, et ne s’intéresse pas au numéro pour les vieilleries qu’il y tient).

 

Tatar se lève, se débarbouille, enfile ses pompes et va aux nécessités. Comme il n’entend personne à la 12 de la Présidente, ce qui n’est pas tous les jours, il frappe pour demander si ça va ?

 – Vous arrivez bien, Tatar ! Rendez-moi donc le service de ramasser…

C’est toujours quelque chose, une bobine, ses lunettes, la capuche du stylo filée sous les meubles. Même pour quelqu’un d’agile, c’est une bon sang de gym pour le ravoir, parce que dans cette chambre les meubles couvrent tout le terrain (superbes, d’après le Marquis, connaisseur en vrai Louis XV). Au milieu on n’a droit qu’à un boyau de service entre la porte et la lucarne, avec embranchement pour le lavabo. On s’assoit de part et d’autre – sur le lit, sur les bergères, sur la commode à bronzes dorés pour ceux qui l’ont assez haut. Le plein est de quatre assises et une debout. Si d’autres frappent, il faut en faire sortir ou laisser la porte ouverte avec l’inconvénient du water.

Mme la Président, en effet, reçoit beaucoup : non seulement les voisins de palier mais tous ceux du 24 bis, quelques-uns du 24 et des tas de ses relations d’avant son arthrose où elle faisait dame de compagnie dans le seizième sans cotisation Sécu. On voit défiler de ces lingeries, stationner de ces Mercedes à chauffeur dans l’Avenue, et celui qui ne connaîtrait pas pourrait se penser qu’il y a heureusement du bon monde partout et encore de la charité pour se taper les six étages sans tapis à l’âge de ces personnes avec le petit paquet sous le bras. Qu’est-ce qui les pousse ? Dites plutôt « Qu’est-ce qui les tire ? » Et ouvrez la porte.

A soixante-quatorze ans, Madame présente un teint comme en souhaiteraient bien des jeunesses, des yeux bleus d’un brillant merveilleux, les cheveux impeccables (le coiffeur passe toutes les semaines, pratiquement pour le plaisir), des sourires même pour ses misères, et toujours la causette au bout de la langue. Elle trouve le moyen de tout savoir, de divertir quand il le faut, et de consoler aussi quand – bref, prend si bien la vie qu’elle la fait bien prendre, et de là son succès.

Car des gens à réchoupiller, ou tout simplement à changer d’idées pour une heure ou deux, sur cette planète à mouscaille, le grand patron de là-haut sait s’il y en a ! (S’il ne le sait pas, rien que moi, je le lui apprends !) Ne serait-ce que dans cette maison bis au fond de la cour. Ne serait-ce que le Tatar, qui a ses raisons dont il ne lui confidence même pas tout. Ou que le père Théo qu’elle prend bien soin de faire asseoir dans le velours bleu pour qu’il ne risque pas de s’apercevoir, avec le profil des deux glaces, qu’il devient carrément bossu. Ou que les autres, avec tout le monde quelque chose.

Tatar ramasse la paire de ciseaux, retrouve un bout de crayon qu’on n’espérait plus, se redresse en vitesse pour ne pas recevoir la porte de M. Théo dans les arrières, demande à Madame s’il n’y a rien d’autre ? Elle répond que tout est parfait maintenant, remercie, rajoute un compliment de sa grande réserve, et Tatar se sent fondre aux boyaux. Dans le métier de loufiat, avec sa trombine pas tellement réussie, ce n’est pas chaque fin de semaine qu’on en reçoit autant – il ne se souvient même pas que ça lui soit arrivé en dehors d’ici.

 – Alors, mon bon Théodore, commence-t-elle, combien avez-vous exorcisé de nègres aujourd’hui ?

Elle dit « nègres » sans méchanceté ni savoir que c’est défendu, seulement pour avoir été élevée avant l’inversion et qu’à son âge ce n’est pas si facile à refaire. Elle sait qu’il les compte. Tout un cahier de chiffres très bien tenu pour marquer combien de Bougnols (les Blaques seulement, comme on a dit) sont passés à tel carrefour de 15 à 17, et combien l’an d’après au même instant. Depuis dix-sept piges sans manquer. Le vieux résiste à répondre que ça continue d’augmenter de vingt à vingt-cinq pour cent annuels. Il sait lui-même qu’il y pense trop et qu’il serait obligé d’augmenter ses comprimés pour la nuit qui vient.

 – Vous savez bien que je ne m’appelle pas Théodore, dit-il doucement.

Il n’y a pas si tant, elle aurait répondu : « Alors Théo-quoi ? » Maintenant elle a pris son parti de savoir que ça ne servirait guère à grand-chose, compte tenu qu’au prochain coup elle lui servira de toute façon du Théobald ou Théodule ou Théophraste sans mauvaise volonté (elle doit les tirer de ses calendriers de jeunesse où, paraît-il, on trouverait même un Théopompe). Et puis, c’est déjà pas mal de faire le début pour une personne qui n’arrive jamais à se remettre les noms. Donc elle laisse filer et se recherche une petite histoire pour rattraper sa gaffe d’avoir voulu plaisanter nègre alors que, d’après la tête, ce n’est pas le jour. Elle se doute même un peu pourquoi, mais rate son histoire, et c’est cet éléphant de Tatar qui démarre le premier en parlant du Quintus.