Les femmes noires menacées : Une étude démontre que les produits de défrisage capillaire sont responsables de cancers de l’utérus

Une étude américaine publiée lundi 17 octobre 2022, affirme que les femmes ayant fréquemment recours à des produits de défrisage pour les cheveux ont deux fois plus de risque que les autres de développer un cancer de l’utérus. Une menace principalement pour les femmes noires, qui sont les premières utilisatrices de ces produits.

Cette étude démontre sur un échantillon de 33 500 américaines suivies quasiment sur 11 ans, que ces produits défrisants s’avèreraient dangereux sur le long terme. Les femmes ayant fréquemment recours à ces produits – plus de quatre fois par an – voient leur risque de développer un cancer de l’utérus plus que doubler, selon ces travaux.

Quel rapport alors entre le cancer et le défrisage ? 

En fait cette étude estime que le défrisage favorise l’absorption par le cuir chevelu de produits chimiques et donc toxiques pour l’organisme. Les chercheurs ne citent pas de marques, mais ils relèvent que plusieurs produits chimiques comme le parabène, le bisphénol A, métaux ou encore formaldéhyde pourraient contribuer à l’augmentation du risque de cancer. Le formaldéhyde, communément appelé formol, parfois utilisé pour les lissages. est classé comme cancérogène.

Cette étude montre que le risque de développer entre autre un cancer de l’endomètre peut  être accru par l’utilisation de défrisant et plus il est utilisé tôt plus le risque augmente. Plus de 4% pour les utilisatrices précoces des défrisants sont susceptibles de développer un cancer de l’utérus d’ici leurs 70 ans.

Principe de précaution

Des experts indépendants invoquent un “principe de précaution” pour réclamer davantage de réglementations, bien que des études supplémentaires soient nécessaires pour approfondir ces résultats.

Enfin, selon l’institut américain de la santé qui a mené cette enquête, 60% des femmes qui utilisent ces produits de défrisage s’identifiaient comme des femmes noires.  Le cancer de l’utérus (à ne pas confondre avec le cancer du col de l’utérus) est une forme de cancer relativement rare. Il représente environ 3% des nouveaux cas de cancer aux États-Unis, avec quelque 66.000 cas et 12.500 décès en 2022.

Les résultats de l’étude des Instituts américains de santé, publiés ce lundi 17 octobre sont accablants. Ainsi, le geste en apparence anodin d’appliquer des produits de défrisage sur sa chevelure mettrait en danger la santé des femmes, et en particulier celle des femmes noires, les plus grandes consommatrices de ces produits.

Au total, 33 500 Américaines, recrutées entre 2003 et 2009, ont été suivies pendant près de onze ans. 378 femmes ont développé un cancer de l’utérus, une maladie relativement rare- à ne pas confondre avec le cancer du col de l’utérus. Pour celles n’ayant jamais utilisé de produit de lissage capillaire, le risque de développer un cancer de l’utérus d’ici leurs 70 ans serait de 1,64 %, contre 4,05 % pour les utilisatrices fréquentes, a détaillé dans un communiqué Alexandra White, principale autrice de l’étude.

La composition des produits mise en cause

Un risque doublement accru donc pour les consommatrices qui utilisent des produits de défrisage plus de quatre fois par an. Et les femmes noires seraient en première ligne : parmi les participantes au sondage, environ 60 % des femmes ayant déclaré utiliser des produits de défrisage dans l’année étaient noires.

La source de ces conclusions réside évidemment dans la composition des produits. Les parabènes, le bisphénol A, les métaux ou encore le formaldéhyde (déjà classé comme cancérogène) pourraient causer la hausse du risque de cancer de l’utérus. En effet, les produits de défrisage pourraient favoriser l’absorption des produits chimiques via des lésions ou brûlures causées sur le cuir chevelu, ou par l’utilisation conjointe de fers à lisser dont la chaleur décompose les produits chimiques.

Dans de précédents travaux, la chercheuse Alexandra White avait déjà constaté un lien entre les produits défrisants et le risque élevé de cancer du sein et des ovaires.

Une double peine pour les femmes noires

Comme toutes les femmes, les femmes noires voient leur budget impacté lors de l’achat de produits de beauté pour répondre à des modèles sexistes et inatteignables. Elles qui sont par ailleurs victimes de la taxe rose (une différence de prix entre les produits et services étiquetés pour femme et ceux étiquetés pour homme, au détriment des consommatrices) dépensent également davantage pour (souvent) se conformer à des standards de beauté occidentaux, comme le fait d’avoir les cheveux lisses et la peau plus claire.

“Les fabricants estiment en effet que les femmes noires et métisses consomment trois à cinq fois plus que celles dites de type caucasien”, écrivait ainsi Le Point en 2014. “La pression pour se conformer aux standards de beauté occidentaux implique qu’aux États-Unis, les femmes noires, latinos et asiatiques utilisent plus de produits de beauté, et sont donc exposées à plus de composés chimiques dangereux pour la santé”, expliquait déjà, en 2017, Ami Zota, professeure assistante de santé environnementale et professionnelle à l’université George Washington de Washington. Dans une étude publiée dans l’American Journal of Obstetrics & Gynecology, elle révélait “des problèmes de fertilité, et une pollution environnementale” causés par l’utilisation de cosmétiques à destination des femmes noires et métisses.

Aux injonctions sexistes, aux standards de beauté discriminatoires et aux trous dans le budget s’ajoutent donc des risques pour la santé des femmes noires : il serait grand temps de les placer au centre des préoccupations. Dans un commentaire publié en parallèle de l’étude parue ce lundi, des experts ont jugé que des changements “concernant les produits de soins personnels sont probablement requis à plusieurs niveaux”, afin notamment de “s’attaquer aux standards de beauté racialisés”, et au “manque de transparence sur les produits chimiques” utilisés.

Journal of the National Cancer Institute