Les Français modestes « étranglés » par le retour de l’inflation

Fin août, l’inflation des produits alimentaires reste élevée et dépasse 11 % sur un an. Consacrant en moyenne plus d’un sixième de leur budget à la nourriture, les foyers modestes sont les premières victimes de cette hausse, contraints d’arbitrer ou d’avoir recours aux aides alimentaires.

Après deux années de hausse généralisée des prix, l’inflation continue de grignoter le pouvoir d’achat des Français. En août 2023, son taux a atteint 4,8 % sur un an, soit un léger rebond par rapport à juillet où elle s’élevait à 4,3 %.

Après l’explosion des prix de l’énergie l’hiver dernier, l’attention se cristallise désormais sur les prix des produits alimentaires dont la hausse est vertigineuse : + 11,1 % en août sur un an, + 12,7 % en juillet. Face à des porte-monnaie mis sous pression depuis près de deux ans, le ministre de l’économie Bruno Le Maire a annoncé le 31 août le blocage du prix de 5 000 références. Il proposera aussi un projet de loi pour avancer à cet automne les négociations commerciales entre distributeurs et industriels, afin de réduire les prix en rayon début 2024.”

Les pauvres, premières victimes de l’inflation

Comme pour l’énergie, les premières victimes de la hausse des prix alimentaires sont les foyers les plus modestes. « Ils dépensent moins, mais la part des achats alimentaires dans leur budget est plus lourde : c’est 16 % des dépenses d’un ouvrier contre 13 % pour un cadre », avance Anne Brunner, directrice d’études à l’Observatoire des inégalités.

Ce poste de dépenses est d’autant plus important pour les foyers modestes que le smic ou leurs allocations sont indexés sur l’inflation moyenne (4,8 %) et non sur l’évolution des prix de l’alimentation (11,1 %) et de l’énergie, largement supérieure actuellement. « Des postes de dépense relativement incompressibles, qui pèsent de plus en plus lourd chez les plus pauvres », poursuit Anne Brunner.

« Résultat, faute d’épargne disponible, ils sont contraints de se restreindre sur l’alimentation la plus coûteuse, explique la directrice. Selon l’Insee, 9 % de la population ne peut pas manger de la viande, du poisson ou un équivalent végétarien tous les deux jours », poursuit Anne Brunner, avant de conclure : « C’est quand on a épuisé toutes ces marges de manœuvre qu’on se rend aux Restos du cœur.»

Les chercheurs s’inquiètent également de la situation des catégories situées juste au-dessus du smic, dont les salaires sont non indexés sur l’inflation. De plus, « certaines situations sont difficiles à apprécier, ajoute Anne Brunner. Il y a des travailleurs, notamment des femmes, qui touchent plus que le smic mais travaillent à temps partiel : elles risquent d’échapper aux revalorisations de salaires. D’autant que ces vendeuses, caissières, aides-soignantes, etc. sont peu représentées dans les négociations ».

Réduire les prix à tout prix ?

L’urgence de baisser les prix en rayon est d’autant plus forte que les prix de certaines matières premières sont à la baisse. Craignant une crise similaire à celle des gilets jaunes, provoquée en 2021 par la hausse du prix des carburants, le ministère de l’économie espère que les nouvelles mesures « anti-inflation » permettront une réduction des prix à partir de janvier 2024. Avant l’été, Bruno Le Maire avait vivement incité les distributeurs et industriels à « prendre leurs responsabilités » en renégociant leurs tarifs, sans grand résultat.

De son côté, Anne Brunner estime que pour combattre les effets inégalitaires de l’inflation, « s’en remettre aux négociations commerciales ne suffira pas ». « Les mesures efficaces sur les prix sont coûteuses, comme le bouclier tarifaire, poursuit la directrice des études de l’Observatoire des inégalités. Il faut revaloriser le smic, les salaires minimaux sociaux, ouvrir le RSA aux jeunes… Cela ne résoudra pas tout, mais ce sera un premier pas dans la lutte contre la pauvreté. »

La Croix