Les «Jeunes avec Macron» illustrent la réinsertion par les Armées avec un dessin de soldat… russe

Coup de com’ raté pour la branche «Jeunes» de LREM qui présentait ses «propositions pour les prisons et la réinsertion de demain».

«Faudrait-il envoyer les jeunes délinquants en stage chez Poutine ?», se sont demandé, amusés, des internautes découvrant une proposition des «Jeunes avec Macron» pour «les prisons et la réinsertion de demain».

L’illustration présente un soldat de l’infanterie de marine russe. LREM capture d’écran.

La branche «Jeunes» de LREM a proposé le 6 avril d’«expérimenter une collaboration entre l’armée et le ministère de la Justice dans le but de réinsérer les mineurs délinquants». «Nous proposons d’étendre [à ces derniers] le dispositif ‘Défense 2eme chance’», précisaient-ils, évoquant ce projet de réinsertion lancé en 2005 pour les jeunes en grande difficulté sociale de 16 à 25 ans.

Ces derniers sont accueillis dans des internats tenus par d’anciens militaires et régis par des règles strictes. Ils suivent une remise à niveau scolaire, ainsi qu’une formation professionnelle visant à déboucher sur un contrat d’apprentissage, une embauche dans les secteurs d’activité dits «en tension» (hôtellerie-restauration, transports, bâtiments et travaux publics, etc.) ou à un engagement dans les armées.

«Telnyashka»

L’idée d’associer davantage les Armées à l’insertion et à l’intégration des jeunes n’est pas nouvelle et fait souvent grincer des dents chez les militaires qui considèrent pour beaucoup que ce n’est pas leur cœur de métier, même si les Armées, de fait, sont souvent un tremplin pour de nombreux jeunes. Cette fois-ci, pour beaucoup de militaires ou spécialistes des questions de défense, il ne s’agissait pas de grincer des dents mais de doucement rire en voyant l’illustration proposée par les «Jeunes avec Macron».

Le dessin représente un soldat portant un uniforme et un béret kaki, ainsi qu’une marinière bleue et blanche. Or rien de tel n’est porté dans les Armées françaises. Il s’agit en fait d’une représentation assez fidèle de l’uniforme de l’infanterie de marine… russe. Ce détail n’a pas échappé à l’écrivain Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine, l’une des composantes de l’Armée de Terre française.

Pour les «Jeunes avec Macron», le coup de com’ est pour le moins raté puisqu’il illustre davantage le fossé entre la société civile et les Armées que le lien entre les deux.

La marinière – ou telnyashka en russe – est portée par les marins russes depuis le 19e siècle, mais aussi par les troupes aéroportées (parachutistes, NDLR) et l’infanterie de marine (qui dépend de la Marine russe). L’extension de cette tradition au-delà des stricts marins vient de la Seconde Guerre mondiale quand des marins russes ont combattu au sol et n’ont pas voulu abandonner leur «telnyashka».

En France, c’est un décret de 1858 qui impose le tricot rayé bleu et blanc dans l’uniforme officiel des quartiers-maîtres et des matelots. Le texte précise même les règles de fabrication : «21 rayures blanches larges de 20 millimètres et 20 ou 21 rayures bleu indigo larges de 10 millimètres sur le torse et le dos ; 15 rayures blanches et 14 ou 15 rayures bleues sur les manches. 20 ou 21, 14 ou 15… Ce n’est pas une approximation : le nombre de rayures dépend, en fait, de l’endroit de la coupe sur le tricot». Mais, pas de doute, sur le dessin, il ne s’agit pas d’un matelot français ou d’un élève de l’École des Mousses.

Des marines russes défilent lors de la Journée de la marine russe à Novorossiysk, le 29 juillet 2018 (image d’illustration).