Les musulmans en France sont moins la cible d’agressions que d’autres catégories de population

Temps de lecture : 3 minutes

Les musulmans sont moins la cible d’agressions que d’autres catégories de population, mais plus touchés par l’intolérance et par les discriminations Les données sont toutefois très délicates à manipuler.

Commençons par les actes ou paroles d’agression. Le ministère de l’intérieur publie chaque année les statistiques du Service central du renseignement territorial (SCRT) qui se fondent sur les remontées de terrain en lien avec les autorités locales, les médias et les associations religieuses.

En 2019 ont été ainsi recensés 687 faits antisémites, 154 faits antimusulmans et 1 052 faits antichrétiens, essentiellement des atteintes aux biens pour les deux dernières catégories. Rapportés aux effectifs des populations concernées, ces chiffres illustrent que les juifs sont beaucoup plus menacés par les atteintes aux personnes.

Mais ces résultats seraient bien en deçà de la réalité, les musulmans, notamment, sous-déclarant les faits. Selon l’enquête de victimation « Cadre de vie et sécurité » (Insee et autres institutions), plus d’un million de Français auraient subi une agression raciste en 2017, alors que pour la même année, le ministère de l’intérieur ne fait état que de 6 600 plaintes et celui de la justice de 393 condamnations.

Vice-présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), Laurène Chesnel fait le calcul : « Les plaintes ne représenteraient ainsi que 0,6 % et les condamnations 0,03 %. Le chiffre noir du racisme est considérable. »

Un racisme culturel et religieux

Chaque année, la CNCDH publie un rapport annuel sur le racisme qui, outre ces données sur les agressions haineuses, propose un baromètre sur l’état de l’opinion. L’« indice longitudinal de tolérance », mis au point par le chercheur Vincent Tiberj, permet d’évaluer l’acceptation des différentes catégories de la population.

Ainsi, en 2019, sur une échelle de 0 à 100, l’indice de tolérance s’établit à 79 pour les Noirs et les juifs, 72 pour les Maghrébins. Mais il tombe à 60 pour les musulmans et, très loin derrière, à 30 pour les Roms, le groupe qui suscite le plus de défiance de la société.

Jusqu’aux années 1990, le Maghrébin était davantage rejeté que le musulman dans les études d’opinion. Puis dans les années 2000, la situation va s’inverser, comme si un racisme culturel et religieux prenait le pas sur le racisme ethno-racial. Le contexte des attentats islamistes, mais aussi la focalisation du débat français sur le port du voile (loi de 2004 sur les signes religieux à l’école et de 2010 sur la burqa) ou les prières de rue a fini par fixer le cadre conceptuel d’une opposition entre islam et valeurs républicaines.

Une minorité qui se raidit dans le rejet de l’autre

Toutefois, là aussi, la réalité est plus complexe qu’il n’y paraît. Interrogés sur les pratiques des musulmans dans le baromètre CNCDH, les Français ne sont, en 2019, qu’un peu plus de 50 % à dire que le port du voile peut poser un problème dans la société contre des scores qui atteignaient 70 % à 80 % jusqu’en 2015, avant de régresser.

On assisterait donc à une forme de banalisation de cette pratique, en contradiction avec la radicalisation du discours antimusulman en cours dans les médias et sur les réseaux sociaux. Celui-ci n’infuserait-il pas dans l’opinion ? Vincent Tiberj lie deux phénomènes : une société globalement plus ouverte à la diversité culturelle et une minorité qui se raidit dans le rejet de l’autre.

Le rapport 2013 de la CNCDH, qui faisait un focus sur l’islam, notait ainsi que « la France ethnocentriste tend à rejeter en bloc l’islam, quand la France ouverte fait le tri entre ces différentes pratiques ».[…]

La Croix

1 Commentaire

  1. C’est à dire que pour certains, l’agression raciste commence dès lors qu’un emploi de direction n’est pas accordé à un niveau CAP, ou qu’un F6 de standing n’est pas loué à un récipiendaire du RSA, alors forcément, ça en fait vite beaucoup des actes raciste ma bonne dame.,

Les commentaires sont fermés.