Les musulmans qui font comme si la face sombre de l’islam ne les concernait pas, renforcent la vague populiste et raciste en France

Les musulmans devraient condamner sans réserve les crimes commis au nom de l’islam. Les communautés religieuses ou nationales ont coutume de se réclamer des épisodes glorieux de leur histoire, elles doivent aussi savoir en affronter les plus difficiles.

Les crimes commis à Paris et à Nice peuvent être décrits comme de simples actes criminels impliquant des individus. Cela ne contredit pas le fait que ce sont des assassinats commis par des individus appartenant à des milieux musulmans et agissant avec des mots d’ordre islamiques contre des gens qui n’appartiennent pas à ces milieux.

Et si les masses musulmanes ont réprouvé ces crimes, il n’en reste pas moins qu’elles auraient pu réagir avec plus de vigueur, vu que les assassins justifient leurs actes en leurs noms et au nom de leurs croyances. Les musulmans devraient reconnaître que ce fanatisme vient de chez eux et qu’ils sont concernés plus que d’autres par ces faits. Les liens d’une communauté font que celle-ci a une part de responsabilité envers les actes de ceux qui y appartiennent, non pas au sens pénal mais au sens moral.

Assumer son passé, qu’il soit motif de fierté ou de honte

C’est ce qu’ont compris les Allemands, par exemple. Bien que les générations actuelles n’aient pas participé à la Shoah, ils considèrent que celle-ci est un stigmate qui les concerne collectivement. Tout comme les Allemands peuvent être fiers des chapitres valorisants de leur histoire – bien qu’ils n’y aient pas contribué –,ils sont naturellement honteux des crimes commis sous les nazis, bien qu’ils n’y aient pas davantage participé.

De la même manière, les musulmans peuvent être fiers des accomplissements de la civilisation musulmane, même si ceux-ci appartiennent à des époques où ils n’étaient pas nés. Mais on peut aussi leur demander de se sentir concernés par des crimes qui sont commis par des musulmans, au nom de l’islam, même s’ils n’y ont pas eux-mêmes participé.

Cela est d’autant plus vrai que les attentats de Paris et de Nice n’ont pas été les seuls crimes islamistes. Ce qui impose une autre démarche : affirmer publiquement la volonté de procéder à une introspection pour voir s’il n’y a pas quelque chose qui, dans les attitudes ou les valeurs des musulmans, aurait pu contribuer, d’une manière ou d’une autre, à produire ce phénomène. Là encore, les Allemands ont procédé à ce travail sur eux-mêmes pour comprendre la période nazie et pour éviter une répétition des mêmes erreurs.

Une diversion qui n’a pas lieu d’être

Il y a également le fait qu’après ces deux attentats les réactions immédiates ont consisté à rejeter la faute, ne serait-ce que partiellement, sur la France ou sur l’Occident. Les pays occidentaux portent peut-être une certaine responsabilité, de par leurs politiques passées et présentes envers les sociétés musulmanes. Mais on peut pour le moins contester la pertinence de formuler de tels reproches à ce moment précis. Ceux qui sont du côté des criminels ne peuvent jeter l’opprobre sur ceux qui sont du côté des victimes, alors que le sang des victimes n’a pas encore séché.Il faut faire preuve de davantage de sensibilité.

L’oublier, c’est oublier la gravité des crimes. La seule chose qu’il convient de faire à ce moment-là est de constater l’horreur, et non pas de gloser sur d’éventuelles causes profondes qui pourraient l’expliquer, ni de dénoncer les excès de la laïcité française, ni d’entrer dans des considérations sur les discriminations, sur ce que cela veut dire pour la liberté d’expression ou sur des sensibilités religieuses qui peuvent se sentir heurtées.

Ce sont des sujets importants que l’on peut aborder, mais pas immédiatement après de tels attentats. Car cela fait diversion par rapport au vrai, au seul sujet, qui est la condamnation des assassinats. Au lieu de clamer “tout sauf permettre qu’on s’en prenne au Prophète”, il faudrait crier “tout sauf des assassinats au nom de la religion”.

Analyser ses propres erreurs

Car imaginons un scénario à front renversé. Imaginons qu’en France un adepte des idées d’extrême droite assassine un musulman pendant sa prière à la mosquée, à l’instar de ce qui s’est passé en Nouvelle-Zélande. Que ne dirait-on pas si les faiseurs d’opinion en France se mettaient alors à attribuer ce crime aux attentats commis par des musulmans.Au contraire, il faudrait que la société française dans son ensemble s’interroge alors sur les ressorts d’un tel acte.

De même, les Français devraient se montrer compréhensifs si des voix musulmanes se faisaient entendre pour dire que la société française traverse une crise.Si nous estimons pouvoir demander un tel effort aux sociétés occidentales quand des musulmans sont pris à partie, nous devons nous-mêmes nous montrer à la hauteur et faire ce même effort d’analyse au sujet de nos propres erreurs, au lieu de nous contenter de rejeter le blâme sur autrui. Car l’insensibilité des milieux musulmans et leur refus d’assumer une certaine responsabilité dans ce qui s’est passé à Paris et à Nice ne peuvent que renforcer la vague populiste et raciste.

Daraj – درج