Les saints de Glace

Après le gel qui a touché le vignoble audois début avril, les jardiniers attendent la fin des saints de glace pour planter. Marquet, Georget, Troupet, Croiset, des saints dont il faut se méfier. Les quatre cavaliers du froid, Georges (23 avril), Marc (25 avril), Eutrope (30 avril) et la Sainte Croix (3 mai) sont les saints grêleurs, geleurs et gasteurs de bourgeons, d’après Rabelais. Ils sont parfois cinq avec saint Jean [de la Porte latine] qu’on appelait selon le dicton saint Jean qu’on fauche (6 mai) marquant ainsi le début des coupes des foins.

Il y a aussi ces grands chevaliers, saint Mamert, saint Pancrace [en illustration : reliques de saint Pancrace, église Saint-Nicolas, Wil, Suisse], saint Servais qui viennent plus tard en saison, les 11, 12, 13 mai. Mais ils sont tout autant accusés de gelées nocturnes et giboulées de grêle. Certains ont disparu du calendrier actuel, mais la tradition populaire les garde toujours en mémoire. Les jardiniers doivent rester vigilants et attendre le vendredi 14 mai pour les plantations.

Quoi qu’il en soit, grands chevaliers ou saints de glace, il faut rester chez soi et souhaitons que mi-mai, chacun puisse retrouver sa place en terrasse.

La Dépêche

La popularité de ces saints de glace est encore vivace, comme l’ attestent les nombreux dictons qui leur sont consacrés.

  • « Saints Mamert, Pancrace et Servais sont toujours des saints de glace. »
  • « Les trois saints au sang de navet, Pancrace, Mamert et Servais, sont bien nommés les saints de glace, Mamert, Servais et Pancrace. »
  • « Attention, le premier des saints de glace, souvent tu en gardes la trace. »
  • « Saints Pancrace, Servais et Boniface apportent souvent la glace. »
  • « Avant Saint-Servais, point d’été ; après Saint-Servais, plus de gelée. »
  • « Quand il pleut à la Saint-Servais, pour le blé, signe mauvais. »
  • « Saint-Servais quand il est beau, tire Saint-Médard (8 juin) de l’eau. »
  • « Quand la Saint-Urbain11 est passée, le vigneron est rassuré12. »
  • « À la Saint-Urbain, la fleur au grain » ou « Gelée le soir de Saint-Urbain, anéantit fruits, pain, vin13. »
  • « Le soleil de saint Urbain amène une année de grand bien13. »
  • « À la Saint-Urbain s’il fait beau, on le porte en procession. S’il gèle, les vignerons fâchés le jettent le cul dans les orties14. »
  • « Erbinet (ou Urbinet), le pire de tous quand il s’y met, car il casse le robinet » ou « S’il pleut à la Saint-Urbain, c’est quarante jours de pluie en chemin13. »
  • « Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de Glace, mais Saint-Urbain les tient tous dans sa main13. »
  • « À la Saint-Georges sème ton orge, à la Saint-Marc c’est trop tard. »
  • « Saint-Servais, Saint-Pancrace et Saint-Mamert font à trois un petit hiver15. »
  • « Marquet, Georget et Philippet sont trois casseurs de gobelets » ou « Geourgeot, Marquot, Philippot, Crousot et Jeannot sont cinq malins gaichenots [garçonnets] qui cassent souvent nos goubelots [gobelets]. »
  • « Aux Saints Glace, celui qui porte la barbe ne la rase pas pendant trois jours. »
  • « Méfie-toi des saints de glace16 ! »

Wikipédia

Inutile de chercher sur un calendrier saint Mamert, saint Pancrace ou saint Servais, vous trouverez, à leur place, sainte Estelle, saint Achille et sainte Rolande. Il en est ainsi depuis 1960. L’Église catholique a décidé alors de remplacer les saints associés à ces « inquiétudes » agricoles (subsistance de paganisme aux yeux du Vatican) par des saints sans aucun lien avec ces croyances populaires. Fêtés les 11, 12 et 13 mai de chaque année, saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais sont, malgré cela, toujours observés par les agriculteurs de la même manière qu’ils étaient, autrefois, invoqués, pour protéger les récoltes. On cherchait à éviter l’effet néfaste sur les cultures d’une baisse de température qui pouvait se produire à cette période, en particulier des gelées nocturnes. Une fois ces trois jours passés, le gel, disait-on, n’était plus à craindre. Un quatrième saint, plus tardif, saint Urbain, fêté le 25 mai, est parfois rajouté, en Alsace et en Lorraine.

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