Les secrets du GIGN : Dans les coulisses de l’unité d’élite de la gendarmerie

Pour la première fois de son histoire, le GIGN dévoile ses coulisses et une panoplie d’outils futuristes qui lui permet de fulgurantes montées en puissance. Objectif : gagner la «guerre du temps» et combattre le crime organisé du XXIe siècle.

Le Land Cruiser 4 x 4 blindé est criblé de plus de 140 balles. Derrière la carcasse du véhicule transformé en bouclier de fortune, la colonne d’assaut essuie un déluge de feu sans riposter. Affûtés comme des lames et équipés comme des porte-avions, les tireurs d’élite incarnent la sagesse du bouddha taillée dans des corps de gladiateurs. Depuis plus de vingt-quatre heures, tous cherchent à dénouer un scénario de terreur qui tenaille Soulangy, village de 256 âmes blotti dans le bocage normand.

Roger, 72 ans, l’un de ses habitants, a dévissé. Ancien maçon et chasseur hanté par des troubles psychiatriques, ce collectionneur d’armes a décidé de rejouer Fort Alamo en ne laissant que des meurtrières à travers les volets fermés de sa maison. Alors qu’un négociateur tente de nouer le contact au porte-voix entre deux averses, un petit robot à roues Nerva truffé de capteurs, de caméras et de micros s’approche au plus près pour explorer le moindre interstice et retransmettre tout renseignement exploitable.

Des situations de crise d’une ampleur inédite

Furtif et silencieux, le Black Hornet, nanodrone bourdonnant dans le ciel lui vient en renfort. À peine plus gros qu’un coléoptère, il oriente ses « yeux » électroniques sur le forcené tandis qu’un technicien « SIC » se tient prêt à brouiller les communications à tout moment. Roger éructe, se calme avant que de nouvelles déflagrations ne déchirent la nuit. Grâce à une ruse de Sioux – un faux certificat posé sur une table de jardin lui promettant de ne pas être interné –, le forcené est attiré quelques secondes hors de son retranchement. Le temps d’un souffle, un chien d’assaut le saisit au mollet avant que les militaires ne le maîtrisent dans la foulée.

Les experts de la « silent team », agissant en tenue souple et en chaussons pour neutraliser des sentinelles ou exfiltrer incognito des victimes, n’auront pas eu cette fois-ci à intervenir. Tout comme les « dépiégeurs » d’assaut, toujours prêts à désamorcer les machines les plus infernales sous le feu roulant de l’adversaire. Conjuguant des capacités physiques et mentales hors du commun à un niveau de technologie envié par les meilleures unités spéciales au monde, cette opération réussie symbolise le savoir-faire mais aussi l’esprit du GIGN, le très convoité Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale. Les gendarmes d’élite ont une fois encore évité la tragédie sans que le sang ait coulé.

Selon nos informations, le GIGN interpelle un forcené armé et dangereux en moyenne chaque semaine. Ce bilan n’est pas le fruit du hasard. Basée à la caserne Pasquier, un site ultrasécurisé sur le plateau de Satory, dans les Yvelines, cette unité unique en France plonge ses racines dans une épopée émaillée de hauts faits d’armes et sur laquelle flotte l’odeur de la poudre. Créé en 1974 autour de Christian Prouteau, deux ans après la sanglante prise d’otages des JO de Munich par le groupe palestinien Septembre noir, le GIGN ne compte au départ guère qu’une quarantaine de solides gaillards équipés d’une casquette et d’une gourde. Et d’une seule Alpine Renault pour passer à l’action.

Depuis lors, le Groupe, engagé en Ukraine notamment pour protéger l’ambassade de France et escorter au début du conflit près de 600 compatriotes jusqu’à la frontière polonaise, n’a cessé de monter en puissance et d’affûter son expertise dans les neutralisations de forcenés, les interpellations dangereuses, le traitement des kidnappings, des prises d’otages ou des mutineries. Très vite, les super-gendarmes commencent à forger leur légende tout en se remettant sans cesse en question pour s’adapter à un monde en tension.

Dès les attentats de 2001, les unités antiterroristes européennes, au premier rang desquelles figure le GIGN, ont compris qu’il fallait s’adapter à des situations de crise d’une ampleur inédite. La prise d’otages du Théâtre de Moscou en octobre 2002, ainsi que la tragédie de l’école de Beslan en Ossétie du Nord en septembre 2004, qui avait coûté la vie à 331 otages (dont 186 enfants), ont fini de convaincre les stratèges français de changer de braquet. Sous la houlette du général Denis Favier *, chef charismatique qui mena l’assaut de l’Airbus A300 d’Air France à l’aéroport de Marseille-Marignane, sauvant la vie de 173 otages d’un commando islamiste du GIA au lendemain de Noël 1994, l’unité passe alors à 400 hommes grâce au renfort de la trentaine de gendarmes du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), ainsi que des 150 hommes de l’Escadron parachutiste d’intervention de la gendarmerie nationale (EPIGN).

Mais l’ère de ce que les experts nomment les « POM » (pour « prises d’otages de masse »), cède le pas à celle des « tueries planifiées »et des attentats dits multisites. Ce djihad planétaire est inauguré en 2008 par les attaques de Bombay (188 morts) et dont l’acmé, en France, s’est traduit par les attentats kamikazes du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis (137 morts, 416 blessés). « Depuis lors, pour imposer son idéologie en profondeur dans notre société, l’État islamique entretient une guerre idéologique et insurrectionnelle sur internet, multipliant les appels au passage à l’acte d’acteurs isolés pour faire le maximum de morts et par tous les moyens, rappelle le lieutenant-colonel Manuel, chef de projet au GIGN. Dans le brouillard de la guerre où il est difficile de voir quand et où l’adversaire va frapper, il nous faut être encore plus efficaces et nous projeter dans de plus brefs délais sur une situation de crise. »

L’unité d’élite, qui systématise au lendemain de chaque mission des retours d’expérience, est entrée dans ce que les stratèges nomment la « guerre du temps ». Dans les garages du QG du GIGN à Satory, une vingtaine de camionnettes et de blindés chargés de gilets, de casques, d’armes et d’explosifs attendent en permanence le « go ». Les groupes d’assaut, qui embarquent un médecin et un infirmier en cas de coup dur, doivent être prêts à partir en vingt minutes maximum après l’alerte. D’inédites équipes réduites à cinq hommes, plus souples et réactives, ont été constituées pour grignoter de précieux instants. Chaque seconde compte pour neutraliser un islamiste ou un déséquilibré déterminé à semer la mort.

« Pour allonger le manche du marteau », comme le dit un cadre, l’unité a intégré en août 2021 sous son commandement les effectifs des 14 antennes d’intervention régionales – dont sept en outre-mer – pour franchir le cap symbolique des 1000 hommes. Un changement de dimension qui a permis au « GI » de mener de front l’automne dernier trois opérations majeures : aux Antilles en proie aux émeutes, en Nouvelle-Calédonie où 65 gendarmes ont été projetés en renfort avec 48 tonnes de matériel ainsi qu’à Paris, pour « caparaçonner » le convoi du prisonnier Salah Abdeslam, unique rescapé des raids kamikazes du 13 novembre 2015, en procès sur l’île de la Cité jusqu’à fin juin.

Des laboratoires pour les armes de demain

Entrée dans l’ère de l’intervention 3.0, l’unité mise désormais sur une panoplie d’outils technologiques futuristes, parmi lesquels figurent des pépites que n’aurait pas reniées Ian Fleming pour son agent 007. Au sein de la division des moyens spéciaux, « JR », depuis treize ans au GIGN, navigue ainsi dans le monde secret de l’« acquisition technique du renseignement ». Titulaire de deux masters, ce fort en thème travaille, à l’abri d’un hangar sécurisé, sur tous les moyens sonores, vidéo, endoscopiques ou encore robotiques qui permettront à des techniciens intégrés au sein même de la colonne d’assaut de capter des informations précieuses avant de passer, ou non, à l’action.

« En fonction des scénarios de crise, nos robots de type Nerva, à peine plus grands qu’une boîte à chaussures, peuvent transporter des caméras numériques et des micros, des armes ou encore un émetteur de brouillard artificiel, souffle JR. À la différence des premiers engins qui butaient sur un tuyau d’arrosage, nos modèles équipés de chenilles montent les escaliers et vont exactement où on le souhaite, pour voir ce qui se passe derrière une porte et déceler la présence d’un corps, inerte ou non, à travers la paroi d’un mur. » Pour ouvrir la voie, un robot « scarabée », sorte de canette à roues truffée de capteurs, va progresser en éclaireur en « zone rouge », c’est-à-dire dans le cœur brûlant de l’action. Équipé de téléobjectifs permettant d’identifier un visage ou de lire une plaque d’immatriculation à un kilomètre de distance, le technicien de la colonne d’assaut peut au besoin sortir de sa poche un Black Hornet. « Quasi silencieux, ce drone espion est par exemple très utile pour observer un rendez-vous ou recueillir du renseignement d’ambiance », confie Clément, numéro deux des moyens spéciaux.

Non loin de lui, un « ops » d’un genre particulier est affairé dans un entrelacs de branchements. Technicien « SIC » en charge de la sécurité des systèmes d’information et de communication, il fait partie d’une équipe de 15 experts dans le chiffrement et les transmissions satellitaires placés eux aussi au sein même de la colonne d’assaut. Mission ? « Brouiller les moyens de communication de l’adversaire et assurer la liaison, sous le feu au besoin, entre les équipes sur le terrain et la chaîne hiérarchique, parfois jusqu’au plus haut sommet de l’État », glisse un opérateur. Grâce à leur « PC storm » mutualisé avec leurs homologues policiers du Raid et de la BRI, ces téléphonistes de l’extrême sont capables d’ouvrir ex nihilo, en moins d’une heure, une couverture 4G au beau milieu d’une « zone blanche » dépourvue de tout réseau. Que ce soit dans le désert du Sahara, dans les replis de la France profonde ou encore après avoir été parachuté en pleine mer, sur un bateau tombé aux mains de pirates.

Pour le GIGN, et en particulier les hommes de sa Force sécurité protection qui protègent des diplomates dans une quinzaine de pays à hauts risques parmi lesquels l’Irak, la Syrie, la Libye et maintenant l’Ukraine depuis février dernier, ces grandes antennes sont indispensables. « Interopérables avec tous les services de sécurité, forces spéciales et services secrets compris, nos réseaux sécurisés permettent de créer n’importe où des bulles de communication où s’échangent des photos, des vidéos, voire des plans », résume Frank, patron de la division technique où, au pied d’une volée de marches métalliques, deux gendarmes remettent à jour le cryptage d’une montagne de talkies-walkies sur un air d’Aznavour.

Agir contre la furie terroriste

Pour aiguiller en temps réel les stakhanovistes de la force « inter », le GIGN a développé depuis plus de vingt ans une étonnante Cellule audit et dossiers d’objectifs (Cado) qui répertorie et met à jour les points d’accès, les systèmes d’alarme et les numéros d’urgence de quelque 4000 infrastructures critiques au premier rang desquelles figurent les palais nationaux, les centrales nucléaires, les barrages ou encore les sites de l’armement.

À cette « bibliothèque » pour le moins atypique, les supergendarmes ont rajouté les dossiers techniques de tous les avions, dont une quinzaine de modèles affrétés par Air France, des trains à grande vitesse, des télécabines, de bateaux de croisière ou encore de certains bus utilisés pour les long-courriers. « On imagine le pire dans beaucoup de domaines pour être le moins surpris possible. Chaque seconde gagnée, c’est potentiellement des vies sauvées », lâche Guillaume, le responsable de la cellule qui grimace encore en repensant aux minutes gaspillées à joindre l’organisateur lors d’une suspicion d’attaque à la bombe contre une course de F1, au milieu des années 2010. « Quand on appelle pour dire que l’on est le GIGN, certains peuvent croire à une blague », observe un responsable qui confie que l’unité a signé plus d’une centaine de conventions avec des partenaires privés dans les secteurs de la restauration rapide, des cliniques ou encore des centres commerciaux. C’est-à-dire là où la furie terroriste pourrait faire chavirer la France dans la tragédie.

Cette guerre du temps est omniprésente à Satory. Elle se niche jusque dans les coutures des tenues d’intervention, retouchées sur mesure et au millimètre par des « bidouil­leurs » de génie de la Cellule d’intégration et de conception opérationnelle (Cico). Soucieux d’être sans cesse à la pointe, les gendarmes de l’intervention 3.0 éprouvent la stupéfiante inventivité des trois Géo Trouvetout qui la composent. Dans leur antre, sorte de labo où les pots de peinture se mêlent aux scanners et aux imprimantes 3D, ces orfèvres, venus de brigades départementales et des forces spéciales, travaillent le bois, le métal, le cuir, le tissu ou encore la résine pour répondre aux 400 commandes, parfois baroques, que les ops font remonter du terrain.

Parfois, il s’agit de coudre une housse pour y glisser une bouteille d’air, une poche dans un vêtement pour y dissimuler une arme ou de fabriquer un double fond d’une valise. Le lendemain, à la demande des gendarmes passe-murailles, la Force observation recherche lancée aux trousses des plus grands prédateurs, ils reproduisent et peignent une souche d’arbre, un compteur électrique ou une pierre en résine d’un époustouflant réalisme avant d’y intégrer des mouchards électroniques. « L’illusion doit être totale, sourit Nicolas, le jovial quadragénaire qui pilote la cellule. Nos anciens ont été formés dans les ateliers de l’Opéra de Paris et par les décorateurs de Disney. Les artistes nous livrent les ficelles de leur métier, allant à l’essentiel quand ils comprennent que nous ne sommes pas là pour leur faire de la concurrence. »

La dernière prouesse de ces MacGyver à la française ? Une passerelle escamotable qui se fixe sur un 4 x 4 blindé pour intervenir juste à la hauteur des vitres d’un bus pris en otage. Si l’attaque de la diligence reste donc une hypothèse de travail, le GIGN phosphore sans répit pour s’adapter aux défis technologiques. Ainsi, les serruriers de la cellule intrusion opérationnelle, des « cadors » capables de crocheter sans laisser de traces les verrous métalliques les plus récalcitrants, explorent de nouveaux univers. Désormais, ils passent au crible les fermetures électroniques et autres alarmes protégeant la voiture ou le logement d’un voyou.

Dans ce combat électronique contre le crime organisé du XXIe siècle, la cellule cyber réfléchit aussi au monde de demain. « Dans un appartement entièrement connecté en cours de finalisation, qui préfigure les “smart cities” du futur, nos spécialistes doivent composer avec les nouveaux systèmes d’alarme et la domotique, confie le général Ghislain Réty, commandant le GIGN. Grâce à la mosaïque de ses capacités, le Groupe est l’une des rares unités à être autonome tout en étant capable de travailler avec tous ses partenaires, à commencer par ceux de la gendarmerie, jusqu’aux services spéciaux. »

Sans attendre, les super-gendarmes travaillent déjà sur les attaques numériques. « L’idée est de transposer notre expertise du terrain dans la sphère numérique, pour intercepter dans le monde virtuel des criminels qui sévissent et se cachent aux confins du darknet », lâche un gradé. En lien étroit avec la puissante chaîne ComCyberGend forte de 7000 militaires et qui mène les investigations sur internet, l’unité d’élite a créé une singulière task force visant à piéger les pirates adeptes des rançongiciels, ces logiciels malveillants qui prennent en otage les ordinateurs et les systèmes informatiques de particuliers ou d’entreprises.

Offrant une approche atypique dans la conduite des investigations, les ops du GIGN agissent comme dans une traque classique : ils aident à remonter la trace numérique des hackers, les piègent avec des « pots de miel » informatiques déposés sur la toile et entrent en contact avec eux jusqu’à libérer les systèmes et récupérer les données volées. Symbolisée par le symbole d’un sphinx, la négociation est un domaine où le savoir-faire des super-gendarmes n’est plus à démontrer : relayés par un réseau de 350 négociateurs à travers le pays, les coordinateurs de la cellule nationale basée à Satory affichent jusqu’à huit années d’une formation ultra poussée où se mêlent psychiatrie clinique, morphopsychologie ou encore communication non verbale. En 2021, ces sourciers de l’âme, puisant dans ce qu’elle a de plus crépusculaire, ont dénoué 620 situations mettant en scène des forcenés et des suicidaires sachant que l’échelon central a traité une trentaine de dossiers de haute intensité où la vie d’innocents a été en jeu.

Quand tout l’art de la parole a été épuisé, le GIGN change de braquet. Au moment de l’assaut, quatre artificiers spécialistes de l’« effraction chaude » se tiennent prêts à briser portes, pans de murs et planchers à l’explosif avec une précision quasi diabolique. « Nous fabriquons nous-mêmes nos charges, qui sont dosées au gramme près, détaille Johann en manipulant des fils de couleur. Notre principal souci est de provoquer un effet de choc et de sidération chez l’adversaire sans jamais causer de dommage collatéral. Cela nous est déjà arrivé de faire sauter une charge sans blesser les perruches ni faire bouger le lustre qui se trouvait de l’autre côté… »

Seize chiens, triés parmi des dizaines de spécimens et formés pendant des mois, complètent le dispositif en détectant les explosifs et en montant à l’assaut. Parmi eux figure Nitrate, un malinois de 4 ans équipé d’un casque surmonté de caméras et d’un système radio permettant à son maître de lui donner des ordres à distance. Un des seuls au monde à être spécialisé dans le « dirigement », cet animal hors du commun a appris une cinquantaine de consignes données en plusieurs langues pour ouvrir des portes, passer à travers des fenêtres, poser un robot ou encore récupérer un objet au cœur de la crise.

Un arsenal de guerre

Au total, l’ensemble de la panoplie mise à disposition du GIGN lui permet de fulgurantes montées en puissance en cas d’urgence, comme ce fut le cas lors des traques menées en mai 2021 pour capturer un tireur fou dans les Cévennes ou en Dordogne. Fort d’une étourdissante logistique, le GIGN dispose à son QG de Satory d’un arsenal de 3000 armes allant jusqu’au bazooka et d’un parc d’environ 400 véhicules dont de puissants bolides, confisqués aux narcocaïds, qui ne feraient pas tache au pied d’un palace qatari.

En dépit d’une telle panoplie, le Groupe cultive l’humilité et l’intégration au sein de la gendarmerie dans son ensemble. « Ici, on se veut accessibles et bienveillants pour lutter contre la caricature de l’unité spécialisée trop complexe, méprisante et hors sol, souffle le colonel Benoît, chef de l’état-major opérationnel fonctionnant à l’image d’une tour de contrôle. N’importe quel gendarme de France peut saisir le GIGN en deux clics et toutes les demandes sont évaluées sans exception avant que l’on n’y apporte une réponse sur mesure. »

Une devise : «s’engager pour la vie»

Considérée comme l’une des unités les plus adulées et les plus craintes, des plus jalousées et des plus courtisées, l’une aussi des plus opaques et des plus médiatisées, le GIGN cultive, à son corps défendant, l’art du paradoxe autant que du superlatif. Récemment, l’unité a même développé sa cellule innovation et prospective. Sous le regard complice de « Q » qui trône dans son cadre en bois, un jeune ingénieur de la Direction générale de l’armement (DGA) y pilote une centaine de dossiers de recherche et développement. Épaulé par des opérationnels de l’unité et deux élèves polytechniciens venus en stage pour six mois, il a notamment développé avec les sapeurs-pompiers de Paris et les forces spéciales un exosquelette qui divise par quatre la charge que porte un homme. Dans la plus grande discrétion, le GIGN travaille sur une arme antidrone susceptible de capter la trajectoire de l’appareil en mouvement avant de le détruire.

À la pointe de la technologie, le Groupe n’oublie pas non plus ses fondamentaux. « L’humain doit rester le centre de tout car lui seul fait la différence, assure le général Réty. Notre sélection, parmi les plus exigeantes, repose sur l’adaptabilité, le quotient émotionnel, l’intuition face à l’inconnu ainsi que sur l’intelligence collective de la situation. » Les critères de recrutement sont tels que seule une vingtaine d’élus est retenue parmi 200 candidats pourtant préparés de longue date. Les récipiendaires, combattants complets dotés d’un sens aigu du dépassement de soi, sont ensuite formés pendant un an avec un objectif : devenir les fers de lance de la gendarmerie. Plus que jamais, le GIGN cultive avec soin sa devise : « S’engager pour la vie ». Quatre mots qui sonnent comme une promesse et que chacun des super-gendarmes porte en lui comme un ADN. Jusqu’au sacrifice s’il le faut.

  • Le fils de ce héros du GIGN, Jérôme Favier, s’était engagé sur les traces de son père. Il avait intégré l’unité d’élite en 2019 avec les galons de capitaine. Le 1er juillet dernier, à 33 ans, il a trouvé la mort en plein exercice de son métier, dans un accident de paramoteur, provoquant une vive émotion dans les rangs de ses camarades.

Le Figaro