Les Seychelles et les Maldives accusent l’Union européenne de pillage “néocolonial” du thon dans l’océan Indien

Des mesures drastiques sont nécessaires pour combattre la surpêche de thon jaune dans l’océan Indien. Pourtant, l’Union européenne, qui compte parmi les plus gros pêcheurs, refuse des réductions trop lourdes et s’attire les foudres de petits États riverains.

“Hypocrisie.” “Néocolonialisme.” Les accusations sont lâchées. Des petits États de l’océan Indien, Seychelles et Maldives en tête, sont en colère contre l’Union européenne (UE), qui participe amplement à la surpêche du thon jaune mais qui rechigne à prendre des mesures dignes de ce nom pour inverser la tendance. La Commission des thons de l’océan Indien (CTOI) se réunit, à partir du 8 mars, en session spéciale pour examiner ces griefs.

Le thon jaune, ou albacore, est plus petit que son cousin le thon rouge du Pacifique. “Mais c’est l’un des prédateurs les plus rapides et les plus puissants”, souligne le journal britannique. Et surtout, il est victime d’une “surpêche massive”. En 2018, cette même commission estimait que sa valeur en bout de chaîne représentait 4 milliards de dollars.

Si l’océan Indien est bordé par l’Afrique, l’Asie et l’Australie, “c’est l’UE qui est le plus gros pêcheur de thon jaune dans ces eaux”. Et en premier lieu, la France et l’Espagne “à la tête d’une flotte de 43 navires”. “En 2019, ils ont pêché 70 000 tonnes de thon jaune, plus que les pays riverains tels que l’Iran (58 000 tonnes), le Sri Lanka et les Maldives (44.000 tonnes chacun)”.

Tortues et juvéniles dans les filets

Les chalutiers européens utilisent des outils plus sophistiqués que leurs concurrents. Et plus controversés. Notamment des dispositifs de concentration de poisson (DCP). Ces systèmes flottants, en projetant une ombre sur l’eau, dupent les poissons qui s’y précipitent en nombre. “En déroulant leurs filets à proximité des DCP, les prises sont supérieures avec moins d’efforts”. Mais “les prises annexes”, de tortues ou de juvéniles n’ayant encore pu se reproduire, par exemple, sont nombreuses et désastreuses.Les petits États insulaires, comme les Seychelles et les Maldives pour qui ces pêches sont vitales, sont donc vent debout contre l’UE.

Les 33 parties prenantes à la CTOI, dont l’Union européenne, ont fait des propositions pour “réduire la surpêche et reconstruire les populations” de thons. Et paradoxalement, “c’est le plus pauvre, à savoir les Maldives, qui a proposé les réductions les plus drastiques”. L’UE s’est montrée nettement plus timide et n’a pas évoqué le dossier des DCP. De 6 à 14 % de réduction “De la part de l’UE, ce sont des expédients”, déclare Adam Ziyad, directeur général des pêches des Maldives, vice-président de la CTOI : “On est très loin du niveau de réduction nécessaire pour garantir que l’on conserve des populations de thon jaune pour nos générations futures. S’ils étaient sérieux,ils se montreraient plus ambitieux et ils collaboreraient avec les États côtiers, qui disposent de meilleurs plans de gestion.”

Chaque proposition est complexe, “mais selon la Global Tuna Alliance, une structure indépendante représentant fournisseurs et vendeurs, le résultat est clair : la proposition européenne conduirait à 6 % de pêche en moins en 2021 par rapport à 2014, tandis que les Maldives préconisent une réduction de 14 %.” Les organisations environnementales sont rapidement montées en première ligne pour dénoncer la proposition européenne. Ce à quoi l’UE a rétorqué que sa proposition était “réaliste” avec, par souci d’équité, une obligation de réduction imposée à l’ensemble des flottes.Verdict à suivre à l’issue des cinq jours de session spéciale de la Commission des thons de l’océan Indien.

The Guardian