Les vidéos Youtube les plus populaires sont «dégradantes» pour l’image de la femme

Pour régler le problème, les auteurs de l’étude ont avancé plusieurs propositions dont une réforme de la loi. Lucy Nicholson / REUTERS

Un rapport de la Fondation des femmes souligne que les vidéos les plus regardées en France ont bien souvent un caractère sexiste. Les clips vidéo en tête de file.

Sur Youtube, l’image des femmes n’est pas reluisante. C’est le constat amer d’une étude menée par la Fondation des femmes en collaboration Science Po, publiée ce jeudi 26 août. Les 100 vidéos les plus vues sur la plateforme en France ont été analysées, en 2019 puis en 2020. Les auteurs du rapport déplorent globalement «une hausse des contenus présentant une image dégradante des femmes» sur ce service. Au total, 34,7% des extraits visionnés sont jugés dégradants, contre 15,5% en 2017-2018. Ces derniers chiffres proviennent d’une étude menée il y a quelques années par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA).

Cette «nette hausse» s’explique de deux manières. D’abord, une augmentation réelle de ces contenus Ensuite, un changement de méthode de calcul : «Nos chiffres plus élevés que ceux présentés par le CSA s’expliquent par l’évolution du critère avec une gradation qui n’était pas observée auparavant». Le nouvel indicateur mesure aussi la nature des violences, et pas juste leur nombre, ce qui permet de capter même les plus légères.

Au sommet des vidéos les plus visionnées en France trônent les clips musicaux. Le genre représente 74% des vidéos les plus populaires, et cristallise de nombreux problèmes. L’un de sujets de préoccupation est la caractérisation des femmes en personnages caricaturés. Elles sont des «poupées», des «séductrices» ou «vénales», un trait forcé, qui sert l’aspect marketing des clips. De plus, un quart de ces vidéos contiennent des propos à connotation sexuelle, misogynes, sexistes… Puisqu’elles sont si nombreuses ces vidéos tirent la moyenne vers le bas.

Mieux réglementer les plateformes

Dresser un bilan est un premier pas. Mais les auteurs de l’étude, – menée par l’ancienne membre du CSA Sylvie Pierre-Brossolette – proposent plusieurs moyens de régler le problème. La plus forte mesure envisagée est la réponse législative. Les auteurs réclament un amendement à la loi du 30 septembre 1986 sur la communication audiovisuelle. «La France pourrait montrer l’exemple, en espérant que l’Europe suive», explique Sylvie Pierre-Brossolette.

Le rapport envisage également la mise en place d’une «une charte de bonne conduite» pour les entreprises du numérique : «Les GAFAM pourraient s’engager à mettre en place un système de veille concernant l’image des femmes et donc à supprimer, le cas échéant, les séquences les plus dégradantes».

Sur ce dernier point, Youtube a une position claire. Sur la plateforme, la violence dramatisée est autorisée, comme elle l’est au cinéma ou à la télévision par exemple. Les clips musicaux sont, par exemple, protégés car ils détiennent le statut d’œuvre artistique. Difficile, donc, de modérer ces contenus. Entre liberté d’expression et injure la limite est parfois trouble.

Le Figaro