Les Vikings auraient contribué à propager la variole en Europe

Les virus n’ont pas attendu la démocratisation de l’avion pour provoquer des pandémies. Les Vikings, ses guerriers arpenteurs des mers, en ont été témoins selon une récente étude publiée dans la prestigieuse revue Science. Des observations de l’ADN du virus de la variole dans des squelettes ont révélé un fait inattendu : la variole était déjà présente en Europe du Nord il y a 1.400 ans, soit 1.000 ans plus tôt que ce que l’on pensait jusqu’ici…

Pour parvenir à cette conclusion, une équipe de chercheurs britanniques et danois a recherché l’ADN du virus dans les squelettes et dents de 1 867 individus ayant vécu en Eurasie et en Amérique à différentes époques : 26 se sont révélés positifs, et 13 ont pu faire l’objet d’analyses plus poussées. Et là, surprise : sur ces 13 individus, 11 avaient vécu dans le nord de l’Europe, l’ouest de la Russie ou en Grande-Bretagne entre 603 et 1050 apr. J. -C.

Les dents de ce Suédois de 1100 ans contiennent encore des traces de la variole.

La variole : propagée par les Vikings ?

Ce génome découvert par les épidémiologistes confirme néanmoins que la variole était déjà un virus pandémique en Europe à la fin du 6ème siècle. Les raids vikings, réguliers à l’époque, y ont donc sans doute contribué. Pour Terry Jones, chercheur à l’université de Cambridge et l’un des auteurs de l’étude en question, la variole pourrait même être encore plus ancienne. Dans une interview donnée au New-York Times, il estime que « le virus a pu apparaître en Inde, ou en Chine, plus de 1000 à 1500 ans avant notre ère. »

C’est exactement pendant l’Âge des Vikings, et c’est surtout antérieur de 1.000 ans à la momie de Vilnius, qui contenait jusqu’alors le plus vieil ADN connu du virus. “Cela signifie que les Vikings ont probablement contribué à propager la variole… mais cela ne nous dit pas comment ils l’ont attrapée, ni comment elle est apparue en Europe”, commente Terry Jones, chercheur en évolution des pathogènes à l’université de Cambridge (Royaume-Uni).

Les autres hypothèses sur l’introduction de la variole en Europe

En revanche, cela remet en cause les hypothèses d’une introduction par le retour des Croisés ou l’invasion de la péninsule ibérique par les Maures. En comparant l’ADN de la variole des Vikings avec celui des souches modernes, les chercheurs ont aussi découvert des variations génétiques. “Les Vikings souffraient peut-être d’une forme différente, et possiblement moins virulente, de la variole”, conclut Terry Jones.

Des épidémiologistes du monde entier y ont collaboré pour retrouver les plus anciennes traces possibles du virus de la variole (ou VARV), l’un des plus létales que l’humanité ait jamais connu. Ils ont séquencé le matériel génétique conservés dans les squelettes et les dents de 1867 restes humains découverts en Eurasie et dans les Amériques et datés d’il y a 31.630 ans à 150 ans. Des traces du VARV ont été dénichées chez 13 individus nord-européens, dont 11 sont morts entre les années 600 et 1050 de notre ère, en pleine âge viking, au Danemark, en Norvège, en Russie, au Royaume-Uni ou encore sur l’île suédoise d’Oland.

D’après les chercheurs, cette trouvaille constitue les plus anciens cas de variole jamais découverts. Jusqu’à présent, la plus ancienne apparition confirmée de la variole, ou petite vérole, datait du 17ème siècle. Le virus, lui, a depuis été officiellement éradiqué en 1980 d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Au 20ème siècle, il avait causé la mort de plusieurs centaines de millions de personnes à travers le monde. Ce poxvirus exclusivement humain et très contagieux formait de très nombreuses pustules sur le corps de ses victimes. Trois personnes sur dix finissaient par mourir de toxémie (une trop grande concentration de molécules toxiques dans le sang) ou de lésions pulmonaires.

Selon les scientifiques, le génome du VARV séquencé depuis les restes des Vikings ne serait pas tout à fait celui du virus éradiqué à la fin du siècle dernier. Il appartiendrait à une « espèce sœur » inconnue, mais aujourd’hui manifestement éteinte, de la variole moderne. Cette forme ultérieure du virus possédait aussi moins de gènes ce qui, d’après certains experts interrogés par le New-York Times, aurait pu faciliter sa réplication dans le corps de ses victimes et donc sa propagation et sa mutation.

Science & Vie