Expulsé vers la Russie, Magomed Gadaïev, un Tchétchène islamiste fiché S a été enlevé par les agents de Ramzan Kadyrov (Màj : « La France porte une responsabilité au minimum morale »)

Deux jours après avoir été expulsé de France, un ressortissant russe d’origine tchétchène se trouvait, dimanche 11 avril, entre les mains des agents de Ramzan Kadyrov, le président de Tchétchénie. Magomed Gadaïev avait été mis dans l’avion pour Moscou le 9 avril, malgré une décision de la justice française excluant une expulsion vers la Russie. Le profil de cet homme de 36 ans implique, en effet, qu’il soit en danger sur le sol russe.

D’un côté, M. Gadaïev est considéré par le ministère de l’intérieur français comme « connu pour ses liens de longue date avec la mouvance islamiste et [celle] du djihad international ». De l’autre, il est clairement identifié, en Russie, comme étant un opposant à Ramzan Kadyrov et a témoigné au sujet des prisons secrètes du dictateur tchétchène. « Il risque sa vie en Russie », résume son avocat, Me Arnaud Toulouse, qui réfute les allégations de radicalisation.

A son arrivée à Moscou, Magomed Gadaïev a été détenu par le FSB, les services de sécurité, avant d’être laissé libre. Il s’est ensuite rendu dans une ville du Grand Nord russe, Novy Ourengoï, où réside l’un de ses frères et où il a demandé la protection de la police locale. Celle-ci n’a toutefois rien fait, quand des agents de Ramzan Kadyrov en civil ont fait le siège de l’appartement, où il se trouvait puis l’ont embarqué, malgré la présence de son avocat.

« On ne sait pas où il est, mais on peut supposer qu’il est en route pour la Tchétchénie, affirme Igor Kaliapine, fondateur de l’ONG Comité contre les tortures et qui avait réussi à tirer M. Gadaïev de sa prison tchétchène en 2009. Ce qui s’est passé ressemble à un enlèvement, et rien ne dit qu’on le reverra vivant. La police russe est complice et la France porte une responsabilité au minimum morale. »

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Magomed Gadaïev, de 37 ans, opposant au dirigeant tchétchène, Ramzan Kadyrov, et par ailleurs « fiché S », est soupçonné par le ministère de l’intérieur de radicalisation islamiste. Pour son avocat comme pour plusieurs ONG, son renvoi en Russie met sa vie en péril.

Les autorités françaises ont procédé à l’expulsion, vendredi 9 avril, de Magomed Gadaïev, un ressortissant russe d’origine tchétchène, sur la base de soupçons de connexions avec des milieux radicaux. D’un côté, le ministère de l’intérieur assure qu’il s’agit d’un homme « connu pour ses liens de longue date avec la mouvance islamiste et [celle] du djihad international ». De l’autre, M. Gadaïev est clairement identifié, en Russie, comme étant un opposant à Ramzan Kadyrov, l’implacable dirigeant de la Tchétchénie.

Magomed Gadaïev a notamment été cité comme témoin dans une affaire mettant en cause les pratiques de torture mises en place par le régime à la fin des années 2000. « C’est un pays où il risque sa vie », s’indigne son avocat, Me Arnaud Toulouse, qui réfute les allégations de radicalisation.

M. Gadaïev a embarqué vendredi vers 9 h 30 à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle sur un vol à destination de Moscou. A son arrivée, à la mi-journée, l’homme a été retenu pendant plusieurs heures par les services de sécurité russes. Selon les informations du Monde, il n’a été libre de quitter l’aéroport que dans la nuit, sans que soit pour autant dissipée l’inquiétude de ses proches et des défenseurs des droits humains, qui craignent pour sa sécurité tant qu’il se trouvera sur le territoire russe.

« En expulsant Monsieur G., les autorités françaises violent de façon flagrante le principe de non-refoulement, qui interdit de façon absolue le renvoi d’une personne vers le territoire d’un État où sa vie serait menacée », a réagi Amnesty International dans un communiqué. L’organisation non gouvernementale ainsi que l’avocat de M. Gadaïev en appellent à Emmanuel Macron et demandent son « rapatriement » en France.

Procédures d’urgence

Placé au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) jeudi en fin de journée, M. Gadaïev a été expulsé dès le lendemain matin. Dans la nuit, ses avocats ont tenté de multiplier les procédures d’urgence, entre autres devant la Cour européenne des droits de l’homme.

La situation de Magomed Gadaïev répond à une volonté affichée par Paris d’intensifier les expulsions de ressortissants russes originaires de Tchétchénie. Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, l’avait dit après l’assassinat, le 16 octobre 2020, du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) – un acte commis par un jeune réfugié originaire de Tchétchénie. Le ministre s’était même déplacé à Moscou, mi-novembre 2020, pour aborder ce sujet avec ses homologues russes et permettre une accélération de ces expulsions malgré les blocages liés à l’épidémie de Covid-19. […]

En 2017, lors d’un voyage en Pologne, dit Gadaev, les autorités polonaises l’ont arrêté à l’aéroport et lui ont lancé un ultimatum.

« Ils voulaient que je leur dise qui faisait passer des gens de Pologne en Allemagne », a déclaré M. Gadaev. – « J’ai dit que je ne pourrais pas leur dire (que je ne peux pas le savoir). Ils ont riposté en ouvrant un dossier de poursuite contre moi pour séjour illégal en Pologne et ils ont annulé mon statut de réfugié. »

La famille de Gadaïev comprend 5 personnes : son épouse et 4 jeunes enfants dont 3 nées en France et scolarisés en école primaire.

Le Monde