L’histoire d’une chanson aux oubliettes

En 1967, Serge Gainsbourg accouche en quelques heures de la maquette d’un titre va-t-en guerre destiné à Tsahal. C’est “Le Sable et le soldat”, une chanson qui tranche avec toute l’histoire et le répertoire du chanteur.

La famille de Serge Gainsbourg déteste parler de cette chanson, et Melodie Nelson Publishing, qui gère les droits de l’artiste depuis sa mort, en 1991, estime n’avoir pas beaucoup plus à en dire. Depuis sa mort, en 1991, la famille n’a aucune envie de voir le nom de Gainsbourg associé à une cause sioniste – “Grotesque”, estime encore Jacqueline. Elle reçoit dans l’appartement où vivaient leurs parents, à deux pas du piano qui servit à son père, musicien proche de l’avant-garde avant la Révolution russe et l’exil, puis pianiste dans les bars et les clubs à Paris. Et assure qu’il ne serait pas venu à l’idée de son frère de se réclamer de l’histoire d’Israël, lui, l’ashkénaze qui avait dû se cacher dans un pensionnat du Limousin durant la guerre, et dont la famille, qui cherchait une intégration absolue à la France, pays vénéré, ne fêtait aucune fête juive. Méconnue, Le Sable et le soldat reste dans les limbes, tue dans la plupart des biographies consacrées au chanteur. Parce qu’elle est trop sioniste ? Dans le contexte de l’époque, les paroles sont en tous cas tranchantes. Serge Gainsbourg prêt à “mourir pour le sable d’Israël”, vraiment ?

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