Liberté, créativité, épanouissement… ils ont fait l’école à la maison

Chaque année, environ 50.000 enfants suivent une instruction à domicile. Quatre adultes témoignent de cette enfance particulière.

Quentin et Agathe, frère et sœur de 29 et 35 ans originaires de Canaveilles, dans les Pyrénées-Orientales, ne sont presque jamais allés à l’école. Une année seulement, à mi-temps, en moyenne section. «Notre maman était institutrice et nous a toujours laissé le choix», expliquent-ils.

Les deux enfants avaient cinq heures de cours par semaine au primaire, une vingtaine au collège pour Quentin, spécialement conçues par leur mère. Lui obtient son brevet et son bac en candidat libre, un examen passé «par respect pour ma mère» dit-il. Quant à Agathe, elle est titulaire d’un CAP vitrail et d’une double licence arts plastiques et histoire de l’art, toutes deux suivies à distance. Aujourd’hui, Quentin est paysagiste élagueur et Agathe vitrailliste et costumière de spectacles. Elle travaille aussi dans l’événementiel pour les enfants et ambitionne de devenir professeure de yoga.

Joachim, lui, est arboriculteur pépiniériste dans un écovillage au sud de Toulouse, qu’il a rejoint en 2012. Il n’est pas non plus allé à l’école, c’est sa mère qui lui faisait cours jusqu’à la classe de seconde, où il a souhaité «se confronter aux gens de [ma] génération, au vrai système». Passionné par les sciences, il décroche un 20 de moyenne en maths et 19,5 en physique-chimie. Il tente de suivre une première scientifique avec le Centre national d’enseignement à distance (Cned), mais il n’y parvient pas et se lance dans la musique classique.

L’instruction à domicile ne revêt pas toujours d’un choix religieux. Pour Quentin, il était impossible de s’imaginer huit heures dans une salle de classe, sans compter les transports. «On est dans un village reculé. L’école la plus proche était à 7 kilomètres, et le collège était à Prades, à 30 kilomètres. En montagne, il faut une heure pour y aller.» Inenvisageable pour le gamin de l’époque qui se définit comme un peu hyperactif.

«J’ai toujours eu besoin de grimper dans les arbres, de créer, de courir… Si à l’école on faisait les cours en marchant, j’y serais peut-être allé, ironise-t-il. J’avais besoin de me sentir libre, de ne pas avoir d’horaires. Parfois je regardais le paysage pendant des heures. J’avais l’immense privilège d’avoir le temps de réfléchir», se réjouit Quentin.

Le temps rendu disponible grâce à l’école à la maison est un argument majeur qu’utilisent ces trois adultes. «J’ai appris à me connaître, à prendre confiance en moi et à réfléchir à ce que je voulais devenir, explique Agathe. Je me promenais, faisais des puzzles, dessinais, rêvais… J’étais passionnée par les insectes, j’en ramassais plein puis je les observais.» […]

Slate