L’Île-Tudy (29) : À bord du Tanganyika, de jeunes migrants se réconcilient avec la mer

À l’Ile-Tudy, à bord du Tanganyika, les jeunes migrants, marqués par des traversées périlleuses pour atteindre les côtes de l’Europe, apprennent à apprivoiser leurs peurs. Le temps d’une sortie, ils découvrent le plaisir d’être sur l’eau.

La mer est calme et il fait grand soleil en ce samedi après-midi. Amarré à la cale de l’Ile-Tudy (29), le Tanganyika attend ses passagers. Gaël Vaillant, son capitaine, a troqué son voilier pour un bateau à moteur de 8 mètres, plus adapté à ces sorties en mer avec de jeunes migrants. Ceux qui montent à bord, des mineurs âgés de 14, 15 ou 16 ans, ont rejoint la France au péril de leur vie. De ses traversées en mer, dans des conditions extrêmes, à bord d’embarcations surchargées, ils en parlent très peu et certains en ont conservé un profond traumatisme.

À bord du Tanganyika, Sylvie (à gauche) et Gaël Vaillant accueillent les jeunes migrants et leurs accompagnateurs.

La première fois, je n’ai pas eu peur. J’ai adoré. C’était cool, j’ai pêché deux dorades »

À l’avant du bateau, Abdullah, un Pakistanais de 16 ans, et Cheick, un jeune Malien de 15 ans, profitent de ce beau moment.

À l’avant du bateau, Abdullah, un Pakistanais de 16 ans, et Cheick, un jeune Malien de 15 ans, profitent de ce beau moment.

Être confrontés à l’immensité de l’océan

« Certains ont réussi à dépasser leur peur mais pour d’autres, ce n’est pas envisageable d’aller sur la plage et d’être confrontés à cette immensité de l’océan », émet Anne-Claire, bénévole de l’association quimpéroise Le Temps Partagé qui prend en charge les jeunes migrants isolés en attente de reconnaissance de minorité. « Avec eux, il va falloir y aller par étapes en commençant par des cours de natation pour les familiariser avec le milieu aquatique. Et il faudrait aussi pour ces jeunes un accompagnement par un psychologue », poursuit cette dernière, venue accompagnée de Cheick, un jeune Malien de 15 ans et d’Abdullah, un Pakistanais de 16 ans.

Il y a quinze jours, ce dernier a goûté au plaisir de glisser sur l’eau à bord d’une pirogue de l’association polynésienne de Sainte-Marine. Pour Cheick, c’est la deuxième sortie en mer. À l’avant du bateau où l’a rejoint Abdullah, il apprécie la vue sur la tourelle des Perdrix, à l’entrée du port de pêche de Loctudy (29). Mamoudou, 16 ans, lui aussi d’origine malienne, qui s’est inquiété de l’état de la mer avant de quitter le port, est au volant du navire, tout sourire.

Gaël et Cheick ont sorti les cannes à pêche de retour au mouillage.

Gaël et Cheick ont sorti les cannes à pêche de retour au mouillage.

« Cette confiance, ils en ont tellement besoin pour affronter l’école, la vie »

Gaël leur laisse, à tour de rôle, la conduite du bateau et se réjouit de les voir se détendre sur une chanson de Bob Marley. Cela suffit à son bonheur et à celui de Sylvie, son épouse. L’idée de ce projet est née quand ils ont vu un jeune migrant raser les murs, boulevard de l’océan à l’Ile-Tudy, alors qu’il se promenait avec sa famille d’accueil. « Cela leur redonne confiance dans les éléments. Cette confiance, ils en ont tellement besoin pour affronter l’école, la vie », émet Sylvie.

« J’ai hâte de pouvoir aller plus loin en mer avec eux, de les emmener relever les filets ou naviguer jusqu’à l’île aux Moutons », confie Gaël, avant le retour au mouillage où on sort les cannes à pêche. La marée est presque basse. Pas sûr que cela morde mais l’essentiel n’est pas là. « Certains sont scolarisés mais les autres restent souvent entre eux. Pour eux, c’est une ouverture », explique Anne-Claire. Afin de donner un coup de pouce à cette belle initiative, un appel à financement participatif sera prochainement mis en ligne.

Le Télégramme