Lilian Thuram : « En créant des Noirs, les sociétés européennes ont inventé des Blancs »

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C’est une question assez simple – mais ô combien complexe – que pose Lilian Thuram : d’où vient le racisme ? Engagé avec sa fondation dans la lutte pour l’égalité, l’ancien footballeur prévient : il ne s’agit pas d’accuser et de culpabiliser qui que ce soit, mais de comprendre l’origine de ce fléau pour le combattre efficacement.

Il défend l’idée selon laquelle le racisme n’est pas tant une affaire d’individus déviants que l’expression d’une idéologie structurelle, la « pensée blanche », façonnée pour assurer la domination d’un système économique et politique spécifique, le capitalisme occidental.

Habituellement, la lutte contre le racisme se penche sur les victimes. Lilian Thuram inverse la perspective et s’intéresse à celles et ceux qui « tirent profit, sans le savoir ni le vouloir forcément, de ces discriminations ». L’on serait donc raciste sans le savoir. Et c’est là la force de son essai fort documenté et extrêmement didactique. […]

« Arrêter d’être blanc »

La notion aurait été utilisée pour la première fois en 1673, dans un document de la Compagnie des Antilles, pour interdire aux Blancs d’avoir des enfants avec les Noirs. Elle a ensuite été utilisée dans les plantations pour éviter que les Blancs pauvres, en état de quasi-esclavage, ne fassent front commun avec les Noirs, en leur accordant des droits que n’avaient pas ces derniers.

Des siècles de domination, de traite négrière et de colonisation ont façonné un imaginaire blanc nourri à coup de code noir – entrepris par Colbert – ou de code de l’indigénat. Mais aussi grâce aux expositions coloniales, à la culture et à certains philosophes qui, à l’instar d’Hegel, de Kant ou Montesquieu, ont défendu l’idée d’une hiérarchisation des races et des civilisations, certaines n’étant pas entrées dans l’histoire, ainsi que le prétendait encore Nicolas Sarkozy en 2007. Lire aussi Lilian Thuram : « A l’école, on m’appelait “La Noiraude” »

Être blanc, ce serait se comporter en dominant, ne pas penser sa propre couleur et s’ériger en norme. Fort heureusement, tous les Blancs n’ont pas défendu « la pensée blanche ». Loin s’en faut. Lilian Thuram rappelle les engagements de Las Casas, d’Olympe de Gouge, et la virulence de Georges Clemenceau face à un Jules Ferry, fer de lance de la colonisation française.

Il entreprend alors de déracialiser la pensée blanche en en faisant une manière d’être au monde et de dire le monde. Citant Peau noire, masques blancs (1952), de Frantz Fanon, il montre comment des non-Blancs ont pu parfaitement épouser ce mode de pensée ; ce qui lui fait dire qu’en réalité, « il n’y a personne de blanc, c’est une invention politique économique » – l’identité blanche n’existe que dans et par son racisme. Et d’appeler à un dialogue entre victimes et non-victimes. Lutter contre le racisme quand on ne le subit pas revient dès lors à « refuser de porter le masque blanc pour ouvrir la possibilité d’un non-racialisme », « arrêter d’être blanc, devenir juste humain ». […]

Le Monde

2 Commentaires

  1. Créer des noirs? Selon la maxime: “Si les noirs n’avaient pas existé, ils auraient fallu les inventer?”

    Je ne vois pas de type assez con pour faire ça. Cela étant, la Nature a créé des espèces bizarres, violentes ou belliqueuses…il faut de tout pour faire un monde. Mais il y a qqc d’erratique dans le “N”, parce qu’en plus d’être un nuisible, c’est un inutile, ce qui est quand même assez extraordinaire. Serait-ce là leur génie?

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