Lille (59) : Seidou, réfugié politique guinéen et héros d’une bande dessinée, “derrière le mot migrant, il y a un être humain”

Seidou est un Guinéen de 33 ans, arrivé en France en 2017 et réfugié politique à Lille. Son histoire impressionne autant qu’elle inspire, au point même de faire l’objet d’une bande-dessinée intitulée Seidou : en quête d’asile.

Le 26 février 2017 restera une date marquée à jamais dans la mémoire de Seidou. C’est celle de son arrivée à Lille, après un périple de près de deux ans qui a commencé dans sa Guinée natale le 7 novembre 2015, s’est poursuivi au Mali, au Niger avant de passer par la Libye et l’Italie. Étudiant, il était membre d’un parti d’opposition au régime d’Alpha Condé en Guinée : arrestations, persecutions, destructions de bien… Il a décidé de tout quitter pour rejoindre la France.  

Les moments de violence inouïe vécus mais aussi l’espoir et la resilience sont racontés dans une bande-dessinée, intitulée Seidou : en quête d’asile, réalisée par l’illustratrice Virginie Vidal et le scénariste Xavier Bétaucourt. “Quand je suis arrivé à Lille, je ne connaissais personne, raconte le Guinéen de 33 ans. Je me suis dit que j’allais essayer de trouver le chemin vers l’université car c’était sûr que j’allais trouver un Guinéen.”

Il aura fallu à Seidou trois essais avant que son embarcation ne franchisse la Méditerranée.
Il aura fallu à Seidou trois essais avant que son embarcation ne franchisse la Méditerranée.

Trouver un toit 

Au périple migratoire s’ajoute très vite le périple administratif pour demander l’asile et trouver où dormir. “On m’a montré une association, mais je ne pouvais pas avoir d’hébergement, explique-t-il. Tu arrives et il y a des gens devant toi. Alors, j’ai commencé par passer la nuit à la gare Saint-Sauveur dans les tentes. Après avoir mangé et fait ta toilette dans l’association, tu cherches où dormir.” Il appelle à plusieurs reprises le 115, mais aucun lit ne lui est proposé, faute de place.”Ils nous ramenaient du café, des couvertures, ils étaient toujours sympas avec nous“, se rappelle-t-il. 

Il lui aura fallu huit mois pour enfin trouver un toit. Un soir, le compatriote aux côtés duquel il dort lui parle d’une structure humanitaire qu’il a découvert, “c’était Emmaüs“. De là commence son début “d’intégration“. Au sein de l’association, il travaille “un peu partout” et “vit dignement” avec un toit sur la tête. “Tu n’es pas assis dans la rue, tu te couches au chaud, tu as quelque chose à manger et en contrepartie, tu travailles, détaille Seidou. C’est mieux que de tendre la main aux associations et ça permet de faire avancer la communauté.”

Ce qui est difficile, c’est que des fois vous expliquez des choses que vous avez vécu mais les termes que vous utilisez n’ont pas la portée que vous voulez donner, ça n’a pas la même signification face à l’interlocuteur.

Seidou à propos de son rendez-vous à l’OFPRA

Seidou se rappelle également de son passage par l’OFPRA, où on lui pose une batterie de questions qui replongent dans les traumas du périple migratoire. “Quand tu arrives, on te demande ton nom, ta filiation, ta religion puis on rentre dans le vif du sujet, raconte-t-il. Ce qui est difficile, c’est que des fois, vous expliquez des choses que vous avez vécu mais les termes que vous utilisez n’ont pas la portée que vous voulez donner, ça n’a pas la même signification face à l’interlocuteur.

Au moment de ce rendez-vous, le jeune homme a l’impression de “jouer son destin en quelque sorte. Soit ça passe, soit ça casse. Tu as peur jusqu’au bout. J’ai connu des gens qui ont perdu la tête à cause de ça, ils sont rentrés dans le vice, dans l’alcool. Le stress est tellement énorme que tout le monde ne tient pas le coup.”

Après 7 mois sur les routes d'Europe, Seidou est arrivé à Lille le 26 février 2017.
Après 7 mois sur les routes d’Europe, Seidou est arrivé à Lille le 26 février 2017

Une histoire singulière

L’illustratrice, Virginie Vidal, se rappelle de sa rencontre avec Seidou, qui lui a donné envie de raconter cette histoire. “J’étais sensible à la cause des migrants, explique-t-elle. Mais mon rôle, c’est d’incarner les personnages, incarner l’histoire et leur donner de la chair.

Seidou a marqué la jeune femme par “sa foi profonde en la vie” et “son optimisme” malgré tout ce qu’il a traversé. “C’est très dur et très agréable à la fois de raconter cet élan vital“. Le plus difficile aussi a été “d’être confronté à une réalié, de le suivre dans ses démarches sans savoir si ça va aboutir ou non, essayer de rendre crédibles les lieux où il a été, car je n’ai jamais été en Afrique. Il fallait dessiner des paysages d’architecture et leur donner vie, d’un point de vue technique, c’était un challenge.”

Le terme migrant est devenu générique, on ne sait plus de quoi on parle. Derrière ce mot, il y a un être humain.

Xavier Bétaucourt

Et même si son histoire revêt une portée universelle, elle reste unique aux yeux de Xavier Bétaucourt, le scénariste. “La première chose, c’est que le terme migrant est devenu générique, on ne sait plus de quoi on parle. Derrière ce mot, il y a un être humain. La deuxième chose : je ne voulais pas raconter l’histoire de n’importe qui mais celle de Seidou.”

Entre les trois compères, le coup de foudre a d’ailleurs été immédiat. Seidou, de son coté, sent que la rencontre avec le scénariste ne relève pas seulement du professionnel : “j’ai senti l’humain, l’humanisme, ça m’a tout de suite fait un effet.” Xavier Béteaucourt, lui, se rappelle qu’ils se sont ” tout de suite bien entendus. Il a supporté des choses hallucinantes mais il a gardé une dignité incroyable. Je pense qu’il a testé toutes les violences possibles et imaginables.” 

Le scénariste espère que la bande-dessinée réfléchir celles et ceux qui la liront. En attendant, les amis de Seidou, les associations qu’il a cotoyesé et son assistante sociale semblent déjà conquis. Et si le jeune guinéen et ses deux nouveaux compagnons nous laissent imaginer une fin heureuse à son histoire, il faudra se procurer l’oeuvre pour en savoir davantage

France3