Limoges (87) : Expulsé “comme un chien” d’un squat mercredi, l’athlète congolais Marcia Mayouma dispute pourtant les championnats de France “Open” ce week-end

Expulsé du squat de l'avenue de la Révolution à Limoges mercredi dernier, Marcia Mayouma dispute les championnats de France "Open" ce week-end

Si Marcia avait le sourire cette semaine à l’entraînement, il ne savait pas de quoi son avenir serait fait. Relogé temporairement dans un hôtel, il ne sait pas où il dormira la semaine prochaine.

Expulsé « comme un chien » du squat de l’avenue de la Révolution à Limoges, comme des dizaines de personnes mercredi dernier, Marcia Mayouma, demandeur d’asile après avoir fui la mort au Congo, a préparé ces « France » dans des conditions très compliquées. Récit.

I l court pour ne plus y penser. Pour ne pas pleurer. Pour ne pas sombrer. Marcia a beau avoir le cuir tanné, il a encore « des idées noires ». « Dès que je reste seul, je pense, murmure-t-il. Il y a une nuit où je n’ai pas dormi, je ne faisais que sangloter ». Sans doute repensait-il à l’expulsion du squat de l’avenue de la Révolution, mercredi dernier : « À 6 heures du matin, les forces de l’ordre ont cassé la porte et nous ont ordonné de quitter les lieux en moins de dix minutes. Ils nous ont chassés comme des chiens, c’est inacceptable ». Il poursuit : « Je suis encore choqué, il y avait des familles en détresse, des enfants traumatisés. Cela va leur rester en mémoire toute leur vie ».

Il a pris ses pointes

Sommé d’emporter le strict nécessaire, Marcia a pris des documents, quelques habits et ses pointes, le seul objet qui lui permet encore de s’évader et de retrouver, temporairement, le sourire. « L’athlétisme lui permet de penser à autre chose que tous ses soucis, témoigne Séquiné Traoré, son coach. Le soir même, il y avait le meeting de Limoges. Il a insisté pour courir. Il a égalé son record alors que le matin il était expulsé de son squat… »

Celui qui mène une vie de misère, sans papiers, sans logement, sans manger, représente l’un des meilleurs espoirs de l’athlétisme limousin. Il y a trois ans, lorsqu’il a débarqué en France, le Congolais était – selon l’expression consacrée – à la rue. « Il y avait des filles qui me battaient, se souvient-il. Je me suis donné à fond, j’ai fait preuve de discipline et de rigueur et j’ai mis beaucoup de détermination pour devenir le meilleur ».

« J’essaie d’avancer »

Avec sa nouvelle famille – Limoges Athlé – et dans sa seule maison – le complexe de Beaublanc –, Marcia Mayouma, 26 ans, a respecté sa parole en battant les records du club (10”70 sur 100 m, 21”75 sur 200 m) et en se qualifiant pour les championnats de France Élite en 2019. Et, encore, le meilleur reste à venir selon son entraîneur Séquiné Traoré : « Il peut améliorer ses chronos ».

C’est le but qu’il s’est fixé ce week-end lors des championnats de France Open où il pourrait croiser le fer avec un certain Jimmy Vicaut, sélectionné pour les Jeux Olympiques : « L’objectif est de passer les séries du 100 et 200 m et de battre mes records personnels ». « Il peut viser les demi-finales, voire mieux », assure Séquiné Traoré.


Marcia veut améliorer ses chronos.
 

Un Top 8, voire une médaille, permettrait au demandeur d’asile de démontrer, une nouvelle fois, que sa résilience et sa volonté d’intégration sont l’essence qui lui permettent de courir malgré les obstacles de la vie. « Il essaie de s’en sortir », promet Séquiné Traoré. « Dès que je flanche, je me dis “ressaisis-toi, garde la tête haute”, jure l’intéressé. J’essaie d’avancer malgré les difficultés ». Avec Limoges Athlé, Marcia a décidé d’y parvenir en sprintant…

Son histoire

Nous avions narré l’histoire de Marcia Mayouma dans notre édition du 22 mai dans un article intitulé : « Après avoir fui leur pays, le sport et Limoges Athlé ont changé leur vie ». « Je suis en danger. Si je retourne chez moi, à Brazzaville (République du Congo), je suis un homme mort », avait expliqué Marcia. Son père a été tué lorsqu’il avait deux ans, son grand frère lorsqu’il en avait dix-sept car ils avaient eu le tort d’« avoir dit la vérité face à la dictature ».

En voulant faire pareil, le jeune homme a failli connaître le même sort : « En 2016, le pouvoir a voulu m’éliminer. Ils m’ont poursuivi jusqu’à la fac, m’ont poignardé et laissé dans le coma. J’ai compris que c’était fini pour moi, alors j’ai décidé de partir ». Marcia a débarqué en France en 2018.

Depuis le décès de son garant, il n’a plus de papiers, ne peut pas travailler ou faire d’études, n’a pas de logement et n’a pas de nouvelles de sa mère et de ses trois sœurs. Il n’a toujours pas de réponse à sa demande d’asile.

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