L’industrie de défense turque boostée par les drones

Aussi efficaces que peu coûteux, ces engins font la fierté du président Recep Tayyip Erdogan, qui prétend doter son pays d’une «industrie de défense totalement indépendante».

[…] les Kargu-2, drones suicides produits par l’entreprise STM, ont joué un rôle décisif dans la bataille de Tripoli au printemps 2020. Le gouvernement libyen, soutenu par Ankara, était alors assiégé par les forces du maréchal Khalifa Haftar. À en croire les experts, ces drones ont alors ciblé des êtres humains de façon autonome […]. La presse pro-Erdogan a fanfaronné sur cette «première mondiale» pour des robots tueurs.

Si les faits restent à confirmer – le rapport de l’ONU n’avance aucune preuve formelle et la société STM ne s’est pas exprimée -, cet épisode met en lumière un phénomène incontestable: la montée en puissance de l’industrie de défense turque sur le marché des drones, et leur usage devenu courant sur les champs de bataille. En à peine quinze ans, le pays a gagné sa place parmi les principaux producteurs mondiaux, avec l’ambition de concurrencer les modèles américains, israéliens ou chinois.

Kargu, Bayraktar, Anka, Karayel, Alpagu… Aussi efficaces que peu coûteux, ces drones font la fierté du président Recep Tayyip Erdogan, qui prétend doter son pays d’une «industrie de défense totalement indépendante» après avoir longtemps tenté, sans succès, de se fournir aux États-Unis. Développés dans un premier temps pour un emploi local – surveillance des frontières turco-irakienne et turco-syrienne, attaques contre le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et ses bases du nord de l’Irak depuis la reprise de la guerre à l’été 2015 -, ces engins volants ont accompagné les poussées interventionnistes de l’armée turque hors de ses frontières à partir de 2016.

Les offensives et contre-offensives dans le nord de la Syrie, en particulier la dernière à Idlib en février-mars 2020, ont reposé en grande partie sur cette technologie, en même temps qu’elles offraient des tests grandeur nature aux fleurons de l’industrie (parmi lesquels figure Baykar, la compagnie du gendre de Recep Tayyip Erdogan, Selçuk Bayraktar) […].

À chaque opération, les médias proches du pouvoir diffusent les images de ces drones en action – ici, pulvérisant un char ; là, un système antimissile -, instrument de propagande autant que de publicité. Car la Turquie exporte ses drones, et ils se vendent de mieux en mieux.

À l’instar de l’Azerbaïdjan, le Qatar, l’Ukraine et la Tunisie ont signé des contrats avec des fabricants turcs. La Pologne a récemment passé commande de 24 TB2. Recep Tayyip Erdogan a lourdement insisté: il s’agissait d’une première vente à un pays de l’Otan. La Lettonie, la Hongrie, l’Albanie, entre autres, se sont montrées intéressées…

Le Figaro