L’Italie s’inquiète de l’afflux de migrants à ses frontières

Les arrivées de migrants sur les côtes italiennes ont récemment triplé, obligeant Mario Draghi à remettre la question en tête des priorités. Elle est très polémique pour sa coalition, fortement disparate.

Engluée dans la crise sanitaire et économique, l’Italie en avait oublié le sujet des migrants. Il est de nouveau à l’ordre du jour depuis l’arrivée le week-end dernier à Lampedusa de plus de 2.000 migrants, via une vingtaine de débarquements. Jamais depuis mai 2019 le pays n’avait subi un tel afflux sur ses côtes. « Presque tous les migrants sont partis de Libye, souligne Totò Martello le maire de l’île. Le nombre de Tunisiens (qui représentaient l’essentiel des arrivées ces dernières semaines) est résiduel ».

Pour le responsable sicilien, c’est le signe d’un regain d’activités des trafiquants d’êtres humains qui profitent du retour du beau temps et utilisent des embarcations de fortune de plus grande dimension comme des chalutiers. « Nos structures d’accueil sont saturées, insiste le maire de Lampedusa, qui interpelle Mario Draghi et l’Union Européenne. L’Italie ne peut se permettre aucune ambiguïté sur un thème aussi fondamental que les flux migratoires. Il faut des règles claires concernant les secours en mer et les contrôles en Méditerranée ».

Mario Draghi contraint à se saisir du dossier

Mario Draghi, plus occupé jusqu’ici par l’élaboration du plan de relance économique et la campagne de vaccination, préférait ne pas insister sur un dossier éminemment clivant pour sa très disparate majorité d’unité nationale . Il a été contraint de l’inscrire en tête de l’agenda du prochain conseil des ministres. « Avec des millions d’Italiens en difficulté, nous ne pouvons pas envisager des milliers d’immigrants illégaux » a déclaré Matteo Salvini en exigeant une rencontre avec le Président du Conseil.

Giorgia Meloni, la leader du parti post-fasciste Fratelli d’Italia en pleine ascension dans les sondages avec près de 20 % d’opinions favorables, joue la surenchère. Elle exige un blocus naval de la Libye. La ministre de l’Intérieur Luciana Lamorgese préfère insister sur l’application plus rigoureuse des accords bilatéraux de rapatriement des migrants avec la Libye et la Tunisie, ainsi que l’accord de Malte qui encourage les partenaires européens à la répartition volontaire des personnes sauvées en mer Méditerranée.

Mais le gouvernement libyen est concentré sur son difficile processus de transition politique. Quant à la France et l’Allemagne, elles ne sont qu’à quelques mois d’échéances électorales nationales. L’Italie redoute donc d’être une nouvelle fois « abandonnée alors que sa frontière du sud est également celle de l’UE ». Pour l’instant, ce sont les migrants qui sont abandonnés à leur sort. Les autorités judiciaires siciliennes ont renouvelé le week-end dernier l’interdiction d’intervention en mer du navire de sauvetage Sea-Watch 4. Depuis le 1er janvier dernier, 12.127 personnes sont arrivées en Italie tandis. 359 ont péri en route, selon l’Organisation Internationale pour les Migrations.

Les Echos