Littérature : “Comme un musulman en France”, mon road trip dans les quartiers

Le dramaturge Ismaël Saidi, ancien policier et auteur de la pièce Djihad, raconte dans un livre une jeunesse en quête d’identité.

Il le dit sans ambages, c’est Jean-Jacques Goldman qui l’a “éloigné de tout ça“. Comprendre : d’une interprétation rigoriste de l’islam et de velléités de départ vers des terrains de guerre. Un jour d’adolescence, un camarade de l’école coranique où il se rendait chaque samedi lui asséna qu’il ne pouvait pas écouter sa musique “parce qu’il est juif”.

Face au regard désapprobateur de son aîné, Ismaël Saidi range alors son baladeur. Il ne l’avait pas encore formalisé, mais il venait de mettre le doigt sur un élément crucial. “Bien sûr, il y a le racisme et les discriminations, rappelle-t‑il. Mais ce qui crée la rupture avec les autres, c’est davantage cette pression que les musulmans exercent sur les leurs.”

Trente ans et une pièce de théâtre au succès mondial plus tard, Ismaël Saidi rend hommage au chanteur dans son livre Comme un musulman en France, qui sort mercredi. “Cherchez bien et vous verrez, confie-t‑il, il y a une référence à chaque chapitre!

Djihad, un récit à trois voix reconnu d’utilité publique 

Des chapitres dans lesquels l’ancien policier belge de 44 ans devenu dramaturge sur le tard raconte notamment les cinq dernières années, passées à arpenter les MJC, théâtres municipaux et gymnases des banlieues et villages de France et de Belgique pour présenter devant plus de 900.000 personnes la pièce qui l’a fait connaître, Djihad. “J’ai découvert dans l’Hexagone un pays pluriel où beaucoup de gens passent du temps à recoudre le tissu social“, dit-il au bout de ce voyage. […]

Vous avez le droit de me poser les questions que vous voulez, de me faire les remarques que vous voulez, il n’y a pas de tabou ici.” Depuis cinq ans, plusieurs fois par semaine, j’ai cet échange avec les spectateurs de la pièce que j’ai écrite, Djihad, qui tourne à travers toute la France, la Belgique et la Suisse, le plus souvent à l’initiative des professeurs de français.

Dans des collèges, des lycées, des prisons, des salles des fêtes, je prolonge la représentation par un dialogue avec le public. Lors de ces milliers de conversations, j’en ai entendu de toutes les couleurs : un véritable arc-en-ciel de craintes, de méfiance, de préjugés, tant chez des musulmans que chez des non-musulmans, dans les deux sens.

Parce que moi, musulman né en Belgique de parents marocains, je suis convaincu que ce qui compte, c’est avant tout de se parler et de s’écouter, j’ai choisi de susciter la parole, de répondre quand je le pouvais, de partager mes hésitations, parfois. Ces échanges, les voici. Cette France de mille nuances, défiances et croyances, en voici le pouls.

Le JDD