Littérature : « L’évangile du nouveau monde » met en scène un messie métis

Avec « L’évangile du nouveau monde », Maryse Condé signe un vrai faux conte biblique réjouissant, mettant en scène un jeune prophète des îles, qui ne sait à quel saint se vouer. Une satire malicieuse de notre planète en mal d’utopies. Et un hymne à l’amour, seul sauveur digne de foi.

Le nouveau roman de l’écrivaine guadeloupéenne est un réjouissant vrai faux conte biblique, une légende dorée aux mille reflets trompeurs. Maryse Condé s’amuse et nous amuse avec ses références décalées à l’évangile. Marie est une Marie-Madeleine, une prostituée. Amante de Pascal, elle est dotée d’une sœur Marthe et d’un frère malade, nommé Lazare. Judas, le meilleur faux ami de notre prophète est un militant syndical reconverti en homme politique trouble… Quant à l’ange-gardien et oncle du héros qui intervient régulièrement pour lui sauver la mise, il est flanqué d’une bosse et non d’ailes.

Le messie conçu par Maryse Condé a toutes les qualités requises pour sauver le monde. Métis, né dans une île imaginaire des Antilles, il semble conjuguer toutes les couleurs et toutes les origines. Adopté par un couple chrétien, il a pour vraie mère une femme convertie à l’islam et pour père, un gourou régnant sur un ashram au Brésil – un sacré « melting-pot » religieux ! Pascal, l’enfant trouvé dans en cabane entre les sabots d’un âne le jour de Pâques, a donc le bagage nécessaire pour écrire « L’évangile du nouveau monde ». Mais lorsque tout a été dit, écrit, tenté, raté, trahi depuis la nuit des temps, il n’est pas facile de s’improviser prophète. Surtout quand on en a moyennement envie et qu’on n’est pas convaincu de sa destinée divine.

070236214955_web_tete.jpg

La messe est dite

La facilité avec laquelle la conteuse coud son nouvel évangile, sans sombrer dans le mauvais pastiche, impressionne. A la manière des contes arables, sa drôle d’histoire est truffée de digressions et d’anecdotes réjouissantes. Au gré d’actions messianiques avortées, de miracles qui n’en sont pas, de folles amours qui ne durent pas, Pascal titube sur le chemin de la vie, qui n’a décidément rien d’une vie de Jésus. Maryse Condé en profite pour délivrer des messages subliminaux sur des thèmes qui lui sont chers : le combat contre le racisme, pour la tolérance, contre les compromissions politiques, etc.

La morale de cet « Evangile du nouveau monde » est qu’il est impossible à écrire. Ce monde est trop confus, contradictoire, et déserté par le divin… Les expériences utopiques virent toutes à l’échec et aux désillusions. Ainsi de la colonie de Caracalla, communauté égalitaire mais machiste et totalitaire, enfouie dans la jungle, où Pascal s’est un temps réfugié. Quant à l’action du père gourou, elle vaut surtout pour l’aide matérielle apportée aux pauvres gens. Revenue de tout, Maryse Condé ? Certes pas. Sa plume joyeuse, vagabonde le prouve. Ainsi que l’épilogue de son « évangile » en forme d’hymne à l’amour. La messe est dite : deux êtres amoureux valent bien mieux que tous les messies du monde.

Les Echos