Littérature : “Nuits d’été à Brooklyn”, Colombe Schneck dans la fournaise raciste américaine

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Une jeune Française juive s’éprend d’un universitaire noir new-yorkais, alors que des émeutes secouent Brooklyn: un roman aux résonances très actuelles.

C’était en 1991 au cœur du quartier de Crown Heights, dans l’arrondissement de Brooklyn, à New York, un quartier composé d’environ 200.000 Noirs, dont un certain nombre venu des Caraïbes, et de 20.000 juifs, principalement des loubavitch. Une voiture d’un convoi transportant un important rabbin va accidentellement se déporter dans un jardin et écraser deux enfants noirs, dont l’un mourra de ses blessures.

Aussitôt des émeutes vont embraser le quartier, les habitants noirs appelant à s’en prendre aux juifs et l’un d’eux, un étudiant, y trouvera la mort. De ces événements, la romancière Colombe Schneck a fait un roman, Nuits d’été à Brooklyn, qui résonne singulièrement avec les manifestations antiracistes qui ont embrasé une grande partie du monde ces derniers mois.

La romancière dresse en effet un tableau accablant de la situation économique et sociale des Noirs dans l’Amérique des années 90. Dans ce climat de haine, un homme et une femme que tout sépare vont s’aimer et se déchirer.

Il se nomme Frederick, il est professeur de littérature, spécialiste de Flaubert, noir, marié et père d’une adolescente. Elle s’appelle Esther, elle est blanche, française et juive, bien plus jeune que lui puisqu’elle vient tout juste de terminer ses études de journalisme et effectue un stage de trois mois à New York. Elle découvre avec stupeur le peu de considération dont pâtissent les Noirs dans la société américaine.

«Esther se couche en pensant aux écoles délabrées de Detroit, à Jessie K., à sa mère. Elle supposait du haut de ses 24 ans, de son diplôme de Sciences-Po, que l’esclavage était terminé depuis la guerre de Sécession et la ségrégation dans le Sud, depuis la lutte pour les droits civiques, qu’elle était inexistante dans le Nord et qu’il suffisait de bien travailler à l’école publique pour s’en sortir. Esther ne sait rien.»

C’est en interviewant Fréderick, un Noir parfaitement intégré dans la société américaine, du moins le croit-elle, qu’elle va tomber amoureuse de lui. Et lui ne va cesser d’être tiraillé entre son attirance pour elle et sa loyauté envers sa femme, Ruth.

Par des chapitres courts et nerveux, situés avant, pendant ou après le jour de l’accident mortel, Colombe Schneck parvient à nous embarquer dans une fiction qui allie le romanesque de l’histoire d’amour impossible à la réalité tragique du fossé entre Noirs et Blancs américains. Une réalité d’autant plus tragique que, trente ans plus tard, rien ne semble avoir changé, ou si peu.

Colombe Schneck
Nuits d’été à Brooklyn – Stock, 304 p