Lituanie : Devant l’afflux de migrants envoyés par la Biélorussie, le pays appelle à l’aide l’Union européenne (Màj)

Les responsables de l’Union européenne ont promis lundi des millions d’euros à la Lituanie pour l’aider à faire face à la crise des migrants qu’elle impute au gouvernement du Belarus voisin et à son président autoritaire, Alexandre Loukachenko.

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L’appel à l’aide lituanien est pris au sérieux par l’Union européenne. «La frontière extérieure de la Lituanie est la frontière extérieure de l’UE», martèle Ylva Johansson, la commissaire aux Affaires intérieures, en déplacement à Vilnius. Le message est celui de la solidarité européenne. Car la Lituanie est «déboussolée», reconnaît-on à Bruxelles. Sont désormais sur place une centaine d’officiers de Frontex, une dizaine d’experts du Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO), et deux officiers d’Europol, venus, respectivement, aider à surveiller les frontières, gérer les demandes d’asile et analyser le trafic d’êtres humains.

Une dizaine d’États membres ont annoncé l’envoi de tentes, lits et groupes électrogènes. S’y ajoute le soutien financier, promet ce lundi la commissaire européenne à Vilnius. Une délégation est attendue, dès dimanche, pour établir les besoins et décider des fonds européens qui peuvent être utilisés. Entre 10 et 12 millions d’euros devraient être débloqués par la Commission européenne, pour aider à surveiller les 678 kilomètres de frontières et prendre en charge des personnes entrant en territoire lituanien. Aux candidats à la migration, le message est celui de la fermeté. «Il n’y a pas d’accès libre au territoire de l’Union. Ceci n’est pas une nouvelle route», insiste Ylva Johansson.

Le fond du problème n’est cependant pas vraiment migratoire. 3.200 migrants entrés illégalement en Lituanie depuis le début de l’année, «ce n’est pas vraiment une crise migratoire», lâche un diplomate. Ce qui agace, c’est l’instrumentalisation des migrants par les autorités biélorusses, comme réponse aux sanctions européennes imposées en juin. «Il s’agit avant tout d’un acte d’agression de la part du régime de Loukachenko, dessiné pour provoquer», proteste Ylva Johansson. Une attaque que les Européens n’entendent pas laisser passer sans réagir.

En fin de semaine dernière, l’idée d’imposer des sanctions était mise en avant dans une déclaration au nom des 27. Avec l’option de prendre des mesures restrictives à l’encontre des passeurs de migrants qui violent les droits de l’homme ou de ceux qui sont impliqués dans la traite des êtres humains . Les travaux sont en cours et une liste de noms est attendue pour septembre.

L’effort diplomatique vise aussi les pays impliqués comme l’Irak, d’où viennent la majeure partie des migrants arrivés en Lituanie. D’abord, pour que les vols directs entre Bagdad et Minsk soient mieux contrôlés. Ensuite, pour que le pays reprenne ses ressortissants, comme prévu dans les accords de réadmissions. Les contacts sont «intenses» et «plus constructifs que prévu», selon Bruxelles. Néanmoins, aucune solution n’a encore été trouvée. Et la Commission propose de durcir la politique européenne de visa envers le pays.

Un instrument de pression

La situation en Lituanie met la lumière sur un problème plus large. Avec des motivations différentes, des pays tiers tendent à faire de la migration un nouvel instrument de pression sur l’Union, analyse Alberto Neidhardt, expert des questions migratoires au European Policy Centre (EPC). La Turquie ouvre régulièrement ses frontières pour laisser passer les migrants, au gré de ses désaccords avec Bruxelles. Le Maroc a fait de même en mai, sur fond d’un incident diplomatique avec l’Espagne. Une stratégie qui repose sur un constat simple: l’absence de politique cohérente en matière de migration et d’asile au sein de l’UE, tranche Alberto Neidhardt. Couplée à la volonté de renforcer les partenariats avec les pays de transit ou d’origine.

Une faiblesse dont la Commission européenne a conscience et utilise pour presser les 27 à adopter son pacte sur la migration et l’asile, proposé en septembre 2020. «L’absence d’accord (sur le pacte, NDLR) affaiblit l’Union européenne», souligne Ylva Johansson. Une solution reste difficile à trouver. Malgré des flux migratoires bien en deçà des niveaux de 2015-2016, les divisions entre Européens sont tout aussi vives, notamment sur la répartition des demandeurs d’asile et les procédures à mettre en place aux frontières. Deux points qui seront de nouveau à l’agenda des ministres après l’été.

Le Figaro