Livraison à domicile : Comment on exploite les migrants

Le confinement a encore plus activé la livraison de repas à domicile. Des centaines de livreurs sans-papiers sont aujourd’hui exploités par quelques-uns des entrepreneurs qui sous-louent leur compte d’accès aux plateformes.

Cheick est un invisible de la livraison. À 20 ans, cet Ivoirien est sans-papier. Dans certains quartiers de Paris, des clandestins comme lui assurent jusqu’à deux tiers des courses. À travers ce livreur, c’est tout un système illégal d’exploitation des plus pauvres qui se dévoile. Matin et soir, Cheick attend devant un restaurant les commandes de livraisons. Pour y avoir accès, il doit utiliser le compte d’un autre livreur. “Je travaille sous alias“, précise-t-il.

Concrètement, pour travailler comme livreur, il faut créer un compte sur une plateforme de livraison. Ce compte ne peut s’obtenir qu’avec un statut d’auto-entrepreneur, ce qui est impossible lorsqu’on n’a pas de papiers. Alors, des intermédiaires n’hésitent pas à exploiter les sans-papiers en leur louant un compte de livreur moyennant 100 euros par semaine. Pour Cheick, il s’agit de la moitié de ses revenus. Pour gagner le reste, 500 euros maximum par mois, il doit travailler tous les jours. “On sait que ce n’est pas légal. On le fait pour survivre. On n’a pas d’autre choix”, confie le livreur.