Livres : Ils se racontent en Noir et Blanc

Au-delà des idéologies, de quoi réfléchir aux questions raciales au prisme de récits autobiographiques : 3 livres éclairent, en nuances, un sujet brûlant.

Thomas Chatterton Williams, le 10 mars 2021 a Paris.

Thomas Chatterton Williams, le 10 mars 2021 à Paris

Réfléchir, loin des querelles idéologiques, aux questions raciales, repenser des a priori, dépasser des préjugés sur la couleur de peau, voyager, et être amené à voyager en soi en retour… Voici, au prisme de récits autobiographiques, comme celui de Rachel Khan dans son livre Racée (éditions de l’Observatoire), une sélection de trois livres très personnels. De quoi se donner la possibilité de capter les nuances qu’offre chaque expérience, singulière et subjective.

Catherine Blondeau, autrice de Blanche, paru aux éditions Mémoire d’encrier

« Je ne savais pas que j’étais blanche », confie l’autrice de ce récit autobiographique (après son premier roman, Les Débutants) et directrice du théâtre du Grand T à Nantes. Transfuge social de père ouvrier, cette enfant de la méritocratie devenue spécialiste de la littérature du XVIIIe est aussi une passionnée de jazz. Tout cela, c’était avant de découvrir les écrivains afro-caribéens. Et de débarquer en Afrique du Sud (auréolée en 1998 de la victoire de l’équipe de France de football menée par Zidane), pays de Mandela, pour diriger l’Institut culturel français à Johannesburg. « Ma peau blanche me colle à la peau », constate alors celle qui ne pourra plus jamais faire comme si de rien n’était… Pourquoi a-t-on besoin du concept de race ? Pour combattre le racisme, explique cette lectrice d’Édouard Glissant, première à s’en trouver fort décontenancée. D’ailleurs, est-ce si simple d’être blanche ? Un livre d’une sincérité revigorante, plein d’autodérision et qui a le mérite de susciter une kyrielle d’interrogations !

Blanche de Catherine Blondeau (Mémoire d’encrier, 237 pages, 19 €).

Gauthier Marchais, auteur d’un premier livre : Le Déni blanc

Il est universitaire et fait partie « d’une génération de Blancs européens qui ont tendance à penser que la question raciale ne les concerne pas ». Il a grandi aux États-Unis dans un milieu privilégié, il vit à Londres après un itinéraire voyageur, notamment sur le continent africain. Dès l’adolescence, de son amitié avec un jeune Amérindien, et jusqu’à ses échanges avec des collègues indonésiens ou congolais, Gauthier Marchais se découvre habiter « la maison blanche ». Expat ou migrant ? En évitant les écueils de la culpabilité, l’auteur invite le lecteur à le suivre dans un cheminement réflexif en décrivant de nombreuses situations vivement décrites et très éclairantes, dans le but de « penser autrement la question raciale ».

Le Déni blanc de Gauthier Marchais (L’Aube, 208 pages, 18 €).https://www.youtube.com/embed/r4pc8W8gbzI

En octobre 2014, l’écrivain et journaliste américain Thomas Chatterton Williams, marié à une femme blanche et vivant en France, devient père d’une petite fille blonde aux yeux bleus. Lui qui n’a jamais douté du fait d’être noir n’en revient pas : ou plutôt si, puisqu’il revient sur son éducation et son parcours à la manière d’une chronique de ses années en couleur. Déconstruisant ce qui enferme dans des identités, il partage ses controverses intimes, et se questionne parfois douloureusement, mais avec détermination : comment transcender le racisme par les relations humaines ? Comment « désapprendre l’idée de race » ?

Autoportrait en noir et blanc de Thomas Chatterton Williams (Grasset, 222 pages, 19,50 €).

Le Point