L’odyssée de Mamadou Sow, un migrant guinéen sans jambes

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Comment Mamadou Sow, atteint de poliomyélite, a traversé le désert et la mer pour parvenir en France.

«  J ’ai décidé de partir sur les bras, en traînant les jambes. Impensable en fauteuil roulant ou à vélo en pédalier manuel. Cela n’avancerait jamais dans le sable et prendrait trop de place dans les camions et les bateaux. » Mamadou Sow (23 ans), migrant peul handicapé né en Guinée, a traversé l’Afrique à bout de bras pour joindre l’Europe via la Méditerranée. Atteint de polio à l’âge de 3 ans, il n’a plus l’usage de ses jambes. Il raconte son périple dans ce petit livre conçu comme un abécédaire.

On y chemine de « A » comme « Absence » à « Yaka », en passant par « L » comme Libye, « O » comme otages ou « S » comme « SOS Méditerranée ». Élisabeth Zurbriggen a recueilli son témoignage au compte-gouttes, via des échanges sur WhatsApp. Mamadou Sow se meut sur les mains. À 10 ans, livré à lui-même dans Conakry, il mendie en se faufilant entre les voitures. Il vit quinze mois dans un centre pour pauvres quasi en ruine. Il chausse des sandales sur ses mains. Une ONG lui offre son premier fauteuil. Une autre l’aide.

Son handicap le protège

Fin de la mendicité. Il s’improvise cireur de chaussures, ouvre un stand au marché (vente de cartes de téléphone, de chargeurs…). En 2015, sa boutique est détruite. L’idée de la migration germe. L’Europe s’impose. La France encore plus. Il pense y être soigné, se renseigne, décide de partir sans fauteuil. Ses seuls moyens de transport : ses bras et un courage héroïque. Une carte retrace son épopée : Conakry-Bamako en taxi collectif, Bamako-Agadez en bus, traversée du désert libyen jusqu’à Sabha en pick-up bondé via des passeurs arabes. En Libye, « j’étais toujours assis par terre », dit-il.

On le frappe mais, quand on voit qu’il ne peut pas tenir debout, on s’excuse. Son handicap le protège. Puis ce sera Tripoli-Sabratha, au bord de la mer. Il ne sait pas nager, se fait porter à bord. Échec. Il tâte de la prison. Le handicap l’immunise contre le « business » de migrants, « marchandise humaine » en esclavage.

Sauvé par l’ Aquarius, treuillé à l’aide d’un câble, le ventre brûlé par l’essence, il débarque en Sicile (octobre 2016). Désillusion. Immobilisé deux ans dans deux centres de migrants, il regrette d’être parti. Mamadou Sow a enfin obtenu le statut de réfugié, est pris en charge en raison de son invalidité. Son récit est une preuve de résilience hors du commun.

La Route à bout de bras – Mamadou Sow – Éditions Migrilude, 90 pages, 13,90 euros

L’Humanité