Loire-Atlantique (44) : Ces « patron.ne.s solidaires » se battent pour garder leurs apprentis guinéens menacés d’expulsion

Apprenti carreleur formé depuis trois ans à Pontchâteau, Ibrahima, jeune Guinéen en exil, est sous le coup d’une obligation de quitter le territoire. Ses patrons se mobilisent avec le soutien de l’association « Patron.ne.s solidaires ». Une rencontre publique a lieu à Nantes, samedi 20 novembre à 14 h, au Solilab, en présence de Stéphane Ravacley, boulanger franc-comtois fondateur de l’association.

C’est un scénario qui bégaye. Bangaly, Lanciné, Ibrahima… Le prénom des protagonistes change mais l’histoire reste la même. C’est celle que partagent de nombreux jeunes exilés, en Loire-Atlantique comme ailleurs.

« Ils se retrouvent plongés dans des situations kafkaïennes »

Ils ont entre 19 et 20 ans. Le premier était apprenti charpentier à Sainte-Luce-sur-Loire, le deuxième boulanger à La Chapelle-sur-Erdre, le dernier carreleur à Pontchâteau.

Tous originaires de Guinée. Tous pris en charge par l’aide sociale à l’enfance à leur arrivée en France, tous inscrits dans une démarche d’intégration par le travail et tous rattrapés par une obligation de quitter le territoire français (OQTF) à leur majorité. Formés pendant des mois, diplômés, parfois même médaillés, ils ne peuvent désormais plus travailler. Faute de titre de séjour.

Contrat en CDI

Ils se retrouvent plongés dans des situations kafkaïennes, souffle Margot Wolf, déléguée nantaise de Patron. ne.s solidaires, l’association créée par Stéphane Ravacley, un boulanger installé à Besançon, qui s’était mis en grève de la faim pour obtenir la régularisation de son apprenti d’origine guinéenne. L’artisan franc-comtois sera présent à Nantes, samedi 20 novembre à 14 h au Solilab, en compagnie de Patricia Hyvernat, la vice-présidente du collectif, et des époux Ecobichon.

À la tête d’une entreprise de carrelage à Pontchâteau, au nord de Saint-Nazaire, Véronique et Alain Ecobichon témoigneront du combat qu’ils mènent pour la régularisation d’Ibrahima, un jeune Guinéen intégré à leurs équipes depuis 2017 et qui est aujourd’hui menacé d’expulsion. Après un stage concluant, le jeune homme a appris le métier, décroché son CAP, commencé un brevet professionnel, brillé au concours du meilleur apprenti de France en ne comptant ni ses heures ni son investissement. Un contrat en CDI lui tendait les bras. Jusqu’au courrier de la préfecture…

« On leur coupe l’herbe sous le pied »

Pendant trois ans, raconte Véronique Ecobichon, il s’est donné les chances de réussir, il s’est intégré, a trouvé un équilibre, nourri des projets. Quand tout s’arrête, c’est forcément très douloureux. Évidemment nos jeunes, on les forme pour les garder.

Les patrons d’Ibrahima remuent ciel et terre pour débloquer la situation. Ils ont écrit aux députés, à la préfecture, à l’Élysée. Sans succès. Depuis, ils ont lancé une pétition en ligne et décidé de médiatiser leur bataille. Les apprentis comme leurs patrons sont désemparés, témoigne Margot Wolf. Boulangerie, hôtellerie, nettoyage… Les cas se répètent, notamment dans les secteurs sous tension où l’on dirige ces jeunes exilés. Ils y consacrent l’essentiel de leur énergie, font preuve d’une assiduité et d’une volonté assez phénoménales et développent des compétences extraordinaires dans l’espoir d’accéder à un métier. Et quand leur avenir semble enfin s’éclaircir, on leur coupe l’herbe sous le pied.

Ils n’étaient pas militants. Ils se sont découvert un combat. Ces patrons solidaires montent au créneau pour défendre leurs employés, des exilés menacés d’expulsion à qui on refuse le droit de travailler. Alain et Véronique, Stéphane, Arnaud, Patricia ont tout tenté pour la régularisation de leurs apprentis. Une association est née, Patron.n.es solidaires.

« Nous n’étions pas militants. C’est le silence de l’État qui a fait que nous le sommes devenus. » Stéphane Ravacley, boulanger de Besançon qui a entamé une grève de la faim pour soutenir son apprenti, un Guinéen menacé d’expulsion, a fait le déplacement à Nantes. Il est venu prêter main-forte à tous ces patrons et patronnes confrontés à la situation. Avec Patricia Ravacley, paysanne-boulangère dans l’Ain, ils ont fondé l’association Patron.n.e.s solidaires basée à Besançon et qui ouvre une antenne à Nantes. Si la situation de leurs deux apprentis est réglée – ils ont pu être régularisés – combien d’autres vivent toujours sous l’épée de Damoclès d’une obligation de quitter le territoire (OQTF) ? Nantes. Ces patrons sont devenus militants pour sauver leurs apprentis migrants.

Ouest-France