L’ONG Mediterranea aurait accepté un chèque de 125.000 euros contre la prise en charge d’une trentaine de migrants

Une enquête a été ouverte contre plusieurs personnes travaillant pour le navire Mare Jonio, exploité par l’ONG italienne Mediterranea. Elles sont suspectées d’avoir reçu un paiement pour débarquer des migrants sur les côtes italiennes. Des accusations contestées par les responsables de cette mission humanitaire.

Voilà une affaire qui risque d’alimenter la polémique sur les navires des ONG opérant en Méditerranée, notamment entre l’Italie et la Libye. Le 1er mars, la presse italienne dévoilait qu’une enquête a été ouverte contre quatre personnes travaillant pour le navire Mare Jonio, propriété de l’ONG Mediterranea. Comme d’autres avant lui, l’équipage est accusé d’avoir “favorisé l’immigration clandestine”. Mais un élément complique les choses : les responsables du navire auraient reçu de l’argent d’une compagnie maritime souhaitant “se débarrasser” de migrants qu’elle avait sauvés en mer et comptait à son bord.

En septembre dernier, le cargo danois ‘Etienne’, propriété de la société Maersk, porte a son bord depuis plus de trente jours 27 migrants, qu’elle ne peut débarquer faute d’accord avec Malte. Le 11 septembre, le navire ‘Mare Jonio’ rejoint le cargo et récupère les naufragés, qui sont débarqués le jour suivant en Sicile.”

Un accord économique secret entre les deux parties ?

Selon les enquêteurs, ce transfert aurait été rétribué, la trace d’un virement de 125 000 euros de la part de Maersk à l’armateur italien du Mare Jonio ayant été trouvée. “Les relevés téléphoniques témoigneraient d’intenses contacts entre les armateurs danois et italiens dans les jours précédant la rencontre entre les deux équipages, rapporte le quotidien romain. D’où le soupçon que ce transfert ait été la conséquence d’un accord économique secret entre les deux parties.

Luca Casarini, le chef de mission, se défend, indigné : “Ce virement n’a absolument aucun lien avec le transfert de migrants. Notre armateur a aussi des activités qui n’ont rien à voir avec celles de Mediterranea, et cette somme était relative à une activité de consulting. Nous sommes en mesure de le prouver.”

Il reviendra à la justice de se prononcer sur cette affaire, mais la sphère politique italienne n’a pas tardé à s’exprimer sur le sujet, qui provoque toujours des controverses dans le débat public italien. “Les partis de droite veulent que cette affaire soit éclaircie et exigent des réponses du ministère de l’Intérieur”, Matteo Salvini aurait déjà demandé un tête-à-tête avec Luciana Lamorgese, qui occupe la fonction dans le tout nouveau gouvernement de Mario Draghi.

“L’ONG Mediterranea est une victime dans cette affaire”

Quant à Giorgia Meloni, leader du deuxième parti le plus populaire de la droite italienne, Fratelli d’Italia, elle s’est montrée encore plus virulente en incitant à se battre “contre le business lié au trafic d’êtres humains vers notre pays. Un business souvent masqué sous un voile de pseudo-humanitarisme”. Voilà qui ne semble pas être l’avis du procureur de la République responsable du dossier, Fabio D’Anna, qui a tenu à préciser qu’il ne s’agit pas là “d’une enquête sur la gestion des ONG des secours en mer, mais bien d’un épisode qui concerne deux sociétés commerciales [celles des armateurs]. Pour ma part je pense même que l’ONG Mediterranea est une victime dans cette affaire.

La Repubblica