L’or blanc des Gaulois

Les uns en ont fait de farouches guerriers, d’autres les ont vu au fond des bois… autant de visions désuètes, désormais révolues des Celtes et des Gaulois. Dans le cadre d’une approche plus économique, cette société a mis en place, dès le premier âge du Fer, de véritables centres de production proto-industrielle. Bien plus que la métallurgie du fer, l’extraction du sel, en est sans nul doute le meilleur exemple.

Laurent Olivier conservateur en chef du Patrimoine du département d’archéologie celtique et gauloise au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye explore depuis près d’une décennie les sources salées de la vallée de la Seille (Moselle), où d’immenses ateliers de sauniers, datés de la fin du VIIe siècle avant notre ère, ont été découverts. Une industrie qui modifia à tout jamais le paysage et l’environnement…

Les Celtes furent les premiers à le produire de manière industrielle, à le commercialiser, à le considérer comme un moyen de s’enrichir. En témoignent les résultats de fouilles archéologiques et de recherches historiques effectuées dans la région autrichienne, où la culture de Hallstatt s’est développée entre 1.200 et environ 500 avant J.-C.: l’or blanc… Le sel. «Sala» ou «salo» en gaulois (nom féminin alors que le mot latin «sal» est masculin).

La Lorraine, un bassin de l’or blanc

En Gaule, où des tribus celtes s’étaient installées, on trouvait et produisait aussi de l’or blanc. Je ne m’intéresserai ici qu’à la Lorraine, encore aujourd’hui première productrice de sel (50.000 tonnes par an) et où subsiste la dernière mine de sel en activité, à Varangeville, près de Nancy.

D’ailleurs, dans la région, on trouve dans une bande de terre de 70 kilomètres de longueur et 25 kilomètres de largeur, entre les rivières Meurthe, Moselle et Sarre, des noms de lieux évoquant le sel: Château-Salins, Rosières-aux-Salines, non loin de Nancy, ou encore Marsal, Salonnes, Salival, Ley. Y coule aussi une rivière importante au nom évocateur: la Seille.

Sur cette étendue, une couche souterraine de sel allant de la Franche-Comté à la Lorraine affleure à travers sources et mares salées et l’eau y est deux à trois fois plus salée que la mer.

La technique du briquetage

Les saliniers gaulois utilisaient la technique de cuisson de la saumure, dite du briquetage, qui nécessitait:

  • Une installation d’évaporation passive qui concentre la saumure.
  • Des citernes en terre, en cailloux tapissés d’argile pour stocker la saumure. Naissent alors plusieurs villages comme Vic-sur-Seille (Vicus Bodatius), Moyenvic (Medianus Vicus) et Marsal (Marosalum).
  • Du bois comme combustible en grande quantité.
  • Des fourneaux en terre avec des structures spéciales, en terre également, pour supporter les godets de saumure.

L’importance du sel à cette époque (et plus tard) pour conserver les aliments eut des répercussions économiques et historiques sur la région. Les conséquences furent aussi environnementales puisqu’il en résulta un déboisement de vallée et l’entassement de briques qui conduisirent à l’assèchement de marais et la construction d’îlots d’habitations. S’y sont développées des plantes halophyles («Halo» est le mot grec pour sel). La salicorne en fait partie. Elle est protégée par le programme Natura.


Salonnes (Moselle) site de «Burthecourt», 2005. Fourneaux à sel en cours de fouille. | Projet Briquetage de la Seille via INRAP

La technique du briquetage était aussi utilisée dans d’autres régions de la Gaule et d’autres peuples connaissaient le sel, comme les Hébreux et les Chinois. Mais l’industrialisation et la commercialisation à grande échelle nous vient des Celtes et dans le territoire qui sera plus tard la France, des Gaulois.

A noter qu’à leur arrivée, les Romains changèrent la méthode de production de sel, mais c’est une autre histoire.

Slate.