Los Angeles : Un monument en l’honneur des 20.000 femmes noires et latino stérilisées de force dans les années 1960

La Californie a stérilisé de force plus de 20.000 femmes avant que la loi autorisant cette pratique soit abrogée en 1979. Et il aura fallu attendre encore jusqu’en août 2021, pour que l’État reconnaisse l’horreur de cette politique prétendant lutter contre la pauvreté et sa responsabilité. Pendant des années, la stérilisation a principalement visé les Noires et les Latino-américaines. Au sexisme s’ajoutait le racisme. Souvent, il suffisait d’expliquer qu’une jeune femme était «de petite vertu» pour qu’elle se retrouve opérée.

Avec une œuvre inaugurée cet été, l’artiste Phung Huynh a tenu à rendre hommage aux milliers de victimes. L’installation artistique pèse quasiment trois tonnes et est baptisée Sobrevivir (Survival). Elle est composée de 21 panneaux d’acier formant un disque de 6,5 mètres de diamètre, avec une gravure représentant les mains de Vierge de Guadalupe (la Vierge qui serait apparue à un indigène en 1531). Feuillages et roses complètent le décor, s’inspirant des motifs du vêtement mexicain huipil. La structure a été installée dans la cour de LAC + USC Hôpital, où ont eu lieu des milliers de ces stérilisations.

Sobrevivir (Survival) est une œuvre massive en acier composée de 21 panneaux formant un disque de 6,5 mètres de diamètre, avec une gravure des mains de la Vierge de Guadalupe.

La pièce dispose d’un éclairage placé sous la sculpture qui illumine une forme de «poème collectif», a déclaré Phung Huynh. On peut y lire «je ressens beaucoup de tristesse à l’intérieur», «ma chanson est terminée» ou encore «si tu parles anglais, ils te traitent d’une façon. Si tu ne parles pas anglais, ils te traitent d’une autre façon.»

Je ressens beaucoup de tristesse à l’intérieur» – Phung Huynh

Cette sculpture rappelle également le courage des dix femmes latino-américaines de la classe ouvrière qui ont intenté un recours collectif contre le centre médical. Elles avaient témoigné à l’époque les tromperies employées par le personnel médical pour obtenir des formulaires de consentement à la stérilisation. L’affaire, connue sous le nom de Madrigal v. Quilligan, a contribué à établir les dispositifs garantissant la sécurité des soins maternels et les garde-fous protégeant les droits des femmes aux États-Unis.

À l’intérieur de l’hôpital, quatre édredons sont également exposés, portant des images d’espoir et des mots d’encouragement conçus par des mères, des militants, des femmes ayant accouché à l’hôpital. «Il n’a jamais été aussi important de soutenir la création d’un système de soins de santé équitable à L.A. et cela implique de faire face à notre passé», a déclaré Jorge Orozco, directeur général de LAC + USC.

Phung Huynh âgée de 44 ans est professeure agrégée d’art au Los Angeles College et artiste en résidence au Bureau des affaires des immigrants du comté de Los Angeles. Habituée à mettre en lumière, les «invisibles», elle a, à titre d’exemple, fait une œuvre courant mars, en hommage aux immigrants cambodgiens appelés «Khmericans» qui ont survécu aux séquelles de la guerre et du génocide.

Le Figaro