Luc Laversanne : « ‘Le Chant des partisans’ correspond à ce qu’on vit en ce moment », estime le chanteur gay, Auvergnat d’origine mahoraise

Il n’est pas rare d’entendre dans The Voice des chansons sortant des sentiers battus : des airs lyriques ou folkloriques, des chants traditionnels ou polyphoniques… Mais on n’aurait pas imaginé qu’un candidat tenterait sa chance en interprétant Le Chant des partisans. Or, c’est cet hymne de la résistance que Luc Laversanne a défendu lors de son audition à l’aveugle diffusée samedi sur TF1 et visible par ici). Avec succès puisqu’il a convaincu Marc Lavoine de se retourner. Il révèle les raisons de ce choix.

Pourquoi avoir choisi « Le chant des partisans » ?

Je trouve que les paroles correspondent à ce que l’on vit en ce moment. « Le vol noir du corbeau sur nos plaines », en gros, c’est l’épidémie qui plane sur nous, « le cri sourd du pays qu’on enchaîne », c’est le confinement. C’est une chanson qui dit aussi qu’on ne va pas se laisser faire, qu’on va se battre : « Liberté ! Liberté ! ». Cette chanson me rappelle aussi mon enfance. Petit, je faisais partie d’une fanfare en Lozère et on faisait beaucoup de commémorations d’anciens combattants. Il me semble important de rappeler aux jeunes générations qu’on a un passé et qu’il faut s’y intéresser. Quand j’entends que des jeunes ne savent pas chanter La Marseillaise ou ne connaissent pas le titre du Chant des partisans, je me dis que le passé s’efface. Je n’aime pas cela.

Vous n’avez à aucun moment pensé que c’était un choix risqué ?

J’ai une anecdote : elle était dans ma liste de chansons potentielles, mais, au départ, j’étais censé chanter Lovely de Billie Eilish. On a changé à la dernière minute, lors de la répétition en studio avec les musiciens qui précède les auditions à l’aveugle. On m’a proposé d’interpréter Le chant des partisans, j’ai dit oui et je n’ai pas hésité une seule seconde.

Dans le portrait diffusé avant votre prestation, vous dites que vous avez été SDF pendant plusieurs années…

Vivre à la rue n’est jamais facile. On voit des gens biens comme d’autres qui sont foncièrement méchants. La rue, c’est une manière d’être confiné. On est confiné dans sa solitude. Il y en a qui se plaignent du confinement aujourd’hui, mais il ne faut pas oublier que d’autres se plaignent depuis des années d’une autre forme de confinement, le confinement social – si on peut appeler ça comme ça. On ne pense pas à ces gens-là. Pour l’avoir vécu, quand je croise un SDF dans la rue, je lui propose à manger, de l’héberger quand j’ai de la place ou de l’aider à faire quelque chose.

Ce samedi 27 février, les téléspectateurs vont encore une fois être très émus en regardant The Voice. Lors d’un nouveau numéro des auditions à l’aveugle, le télécrochet de TF1 va mettre en lumière Luc Laversanne. Un candidat âgé de 30 ans qui va tenter sa chance après avoir vécu un parcours particulièrement chaotique et déchirant. A 19 ans, le jeune chanteur s’est retrouvé à la rue après avoir été chassé du domicile familial. Son seul tort : avoir révélé à sa mère son homosexualité à sa mère. Durant 6 ans, le jeune homme a été sans domicile fixe. Une intolérance et cauchemar qu’il n’oubliera jamais.

“Je ne m’y attendais pas, a-t-il confié à Closer. Quand je lui ai dit que j’étais homosexuel, elle m’a immédiatement demandé de faire mes valises et de partir. Étant originaire de Mayotte, ma mère a subi la violence et le racisme en France. Jamais je n’aurais pensé qu’elle puisse elle-même être aussi intolérante. Je ne lui pardonnerai jamais“. Et le calvaire de Luc Laversanne ne s’est pas arrêté là puisqu’il a également été extrêmement déçu par le comportement de son grand frère qu’il pensait pourtant à ses côtés. “Il est venu me chercher en voiture et m’a proposé de venir avec lui dans une maison à Valence, a-t-il raconté. On a roulé toute la nuit. Le lendemain matin, je me suis rendu compte que j’étais dans un squat avec plein de SDF. Mon frère est parti au bout de quelques jours avec toutes mes affaires, tout ce que j’avais de plus précieux. Il m’a trahi“.

“J’ai été hébergé par les Restos du cœur”

Malgré des années de souffrance, Luc Laversanne a réussi à s’en sortir grâce à des mains tendues. “J’ai vécu sans domicile pendant six ans. J’ai été protégé par des gens comme moi qui me proposaient d’aller faire la manche avec eux. J’ai aussi vécu de beaux moments et fait de belles rencontres“, a-t-il confié à Closer, en assurant qu’il avait cependant “marre de (se) considérer comme un parasite de la société“.

Il a donc tout fait pour s’en sortir. “J’ai été hébergé par les Restos du cœur, puis j’ai réussi à trouver un travail dans la restauration, a-t-il expliqué. Mon patron, Eric, m’a tendu la main et m’a fait confiance alors que je m’étais présenté devant lui en sarouel avec des cheveux hyper -longs ! Je lui en suis reconnaissant, car j’ai toujours trouvé du travail depuis“. Désormais loin de la rue, Luc Laversanne espère bien se faire une place dans The Voice en touchant en plein cœur Florent Pagny ou encore Marc Lavoine.

Vous dites aussi que vous êtes né en Auvergne, que vous avez vécu à Saint-Chély-d’Apcher, en Lozère. C’est important pour vous de représenter cette ruralité, ces territoires de « la diagonale du vide » parfois oubliés ou méprisés ?

Bien sûr ! Je suis très fier d’être né dans le Cantal et d’avoir grandi en Lozère. Quand je vois des personnes de la ville qui n’ont jamais vu une vache alors qu’ils en ont pratiquement tous les jours dans leur assiette, je trouve ça grave (rires). Que quelqu’un ait peur d’une poule (il éclate de rire), je trouve ça grave. Quand on me demande de quelle origine je suis, j’adore répondre : « Je suis Auvergnat ». Les gens ne s’y attendent pas. Je suis né à Saint-Flour, sinon je suis d’origine mahoraise du côté de ma mère. Et puis tout le monde connaît ces départements : on voit de la nature à perte de vue et on n’a pas envie que ce soit détérioré par quelques imbéciles qui viendraient tout détruire.

Vous vivez toujours à Saint-Chély ?

Je suis toujours dans le Languedoc-Roussillon mais je vis maintenant à Montpellier. C’est là que j’ai pu enfin vivre ma vie pleinement depuis quatre ans. Quatre ans de pur bonheur ! J’ai pu rencontrer des gens merveilleux, je peux même dire qu’ils font partie de ma famille de cœur. Ce sont des mots que je pèse et ils pèsent très lourd. Cette région-là, me plaît vraiment beaucoup !

20 Minutes