Luxembourg : « Rééduquer les racistes », une idée à développer

Le 5 juin 2020, des milliers de personnes manifestaient en face de l’ambassade des États-Unis pour dire non au racisme, suite à la mort de George Floyd, tué par un policier à Minneapolis. Si cette démonstration est bien évidemment à placer dans un contexte international (NDLR: des manifestations similaires ont eu lieu dans le monde entier), elle a également permis de lever certains tabous sur la société multiculturelle luxembourgeoise et ses imperfections.

Non, le racisme n’est pas aussi structurel qu’aux États-Unis, mais il existe. Une motion a même été adoptée à la Chambre des Députés avec pour objectif de mieux connaître les phénomènes racistes au Grand-Duché. Depuis, le soufflé est retombé, mais deux enquêtes ont été lancées, rappelle le ministère de l’Intégration. La première, «sur un volet qualitatif», effectuée par le CEFIS (Centre d’étude et de formation interculturelles et sociales). La seconde, «une étude quantitative», est réalisée par le LISER (Luxembourg Institute of Socio-Economic Research). Les résultats devraient être connus aux alentours de la rentrée. «Mieux connaître l’histoire coloniale»

Interrogée par L’essentiel sur les projets mis en place, l’association antiraciste Lëtz Rise Up, à l’origine de la manifestation précitée reconnaît «un intérêt plus grand de la part du public» et «une avancée significative» au niveau institutionnel, tout en se montrant circonspecte sur la méthode.

Nous regrettons que les associations antiracistes portées par des personnes racisées n’aient pas été consultées tout au long du processus. C’est malheureusement un marqueur de la façon dont les personnes concernées par les discriminations sont exclues dans la prise de décision sur les questions qui les concernent», répond Sandrine Gashonga, présidente de l’ASBL.

Sur le fond, la responsable associative craint également que la lutte contre le racisme ne soit «noyée et invisibilisée» au sein d’un vaste plan sur la notion d’intégration. Lëtz Rise Up aurait également souhaité davantage de moyens de recherche pour «une meilleure connaissance de l’histoire coloniale luxembourgeoise». «Trop de micro-agressions racistes»

Sur la même ligne concernant «l’augmentation de la sensibilité de la société» et sur «les évolutions à tous les niveaux», l’ASTI (Association de Soutien aux Travailleurs Immigrés) attend le résultat des études pour «des actions concrètes». L’association insiste sur la nécessité de créer un observatoire des phénomènes racistes, afin d’effectuer «un travail académique» qui dépasserait la mission du CET (Centre pour l’égalité de traitement).

«Combien de discriminations racistes? Quel genre de discrimination? Quelles sont les plus récurrentes? Voilà ce qu’il faut savoir», estime Sérgio Ferreira, porte-parole de l’ASTI. Pour lui, il est indispensable de davantage prendre en compte «les micro-agressions racistes» qui polluent le quotidien. Mais aussi de s’intéresser davantage aux auteurs. L’idée serait de mettre en place des structures de «rééducation» pour les récidivistes. «L’obligation de participer à des réunions par exemple, comme pour les violences conjugales», évoque le porte-parole. Preuve qu’en matière de lutte contre le racisme, toutes les pistes n’ont pas encore été déblayées…

L’Essentiel