Luxembourg : Selon la ministre de la Famille, “Une entreprise inclusive a de meilleurs résultats économiques !”

Selon l’étude Le Racisme et les discriminations ethno-raciales au Luxembourg, réalisée par le Liser et le Cefis, les discriminations sont devenues de plus en plus sournoises. Le rapport parle surtout de micro-agressions quotidiennes. Qu’est-ce que vous allez entreprendre pour réagir à cela?

Corinne Cahen: Trois domaines sont principalement touchés par les discriminations et le racisme — et cela n’étonne personne —, à savoir le marché du travail, l’éducation et le logement. Souvent, une personne en discrimine une autre sans même le remarquer. Tout le monde a des idées reçues. C’est un exercice que nous devons tous faire avec nous-mêmes. Il faut proposer des formations sur le racisme et les discriminations. D’abord, il s’agit de sensibiliser les enseignant(e) s, et ensuite de conscientiser les entreprises avec l’aide de I’UEL et la Chambre de commerce. Les entreprises ou les responsables des ressources humaines qui appliquent la Charte de la diversité reçoivent par exemple les CV sans photo et sans nom, ils regardent les qualifications.

Plusieurs enquêtes d’ailleurs, réalisées au Luxembourg ou à l’étranger, ont prouvé qu’une entreprise inclusive a de meilleurs résultats économiques. Ce n’est pas seulement vrai pour le racisme, mais aussi quand on parle de handicap, de la communauté LGBT+, de la discrimination en général basée sur le sexe, l’âge ou la religion. Quant au marché du logement, nous réfléchissons à une charte pour les agences immobilières, pour qu’elles n’acceptent pas de client(e)s qui refusent de louer leur bien à telle ou telle personne.”

Ce sont des choses qui sont difficiles à imposer…

On ne peut pas l’imposer, mais on peut faire des chartes. La non-éducation et la non-connaissance sont souvent le problème.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez également lancé un guide d’inclusion pour les personnes transgenres en entreprise?

Absolument. Il est très important de montrer que notre société est diverse et que chacun(e) est différent(e), comme nous le faisons actuellement avec la campagne “Wat ass normal?” (“Qu’est-ce qui est normal?”). Tout est normal et tout est anormal. Très souvent, les gens ne savent pas comment se comporter avec les autres, que ce soit la personne transgenre elle-même ou l’entourage. Ce guide est censé aider les personnes transgenres à pouvoir vivre leur identité sans être jugées et apprendre aux autres que chacun(e) est différent(e) et que chacun(e) est fantastique comme il/elle est.

En ce qui concerne le handicap, toutes les entreprises avec plus de 300 employé(e)s doivent occuper 4% de leurs postes avec des personnes qui ont le statut de salarié(e) handicapé(e). Selon les statistiques, 81,7% des entreprises ne le font pas. Ce chiffre est énorme. Comment voulez-vous changer cela?

J’ai essayé, c’est très difficile. Les chiffres de l’État ne sont pas meilleurs. Avant d’imposer aux autres, il faut commencer par soi-même et, en bon père de famille, l’État devrait montrer l’exemple. Deux choses sont difficiles. Premièrement, le matching. Il faut engager une personne non pas parce qu’elle est handicapée, mais parce qu’elle possède les compétences nécessaires. Et nous avons des services qui fonctionnent très bien, par exemple le service téléphonique de l’Adem, où il n’y a que des travailleurs et des travailleuses handicapé(e)s. Chaque fois que je vais dans les entreprises, je leur rappelle que l’État paie la totalité de l’aménagement du poste de travail. C’est un sujet qui me tient vraiment à coeur. J’ai essayé, avec la loi sur l’accessibilité, de faire en sorte que le monde devienne plus accessible à tous.

La fonction de l’assistant(e) à l’inclusion dans l’emploi a été créée en 2019, juste avant la pandémie…

Cette fonction est un peu la victime de la pandémie. En fait, l’assistance à l’inclusion dans l’emploi n’est pas uniquement là pour la personne en situation de handicap, mais surtout pour l’entreprise, pour les collègues de travail. Souvent, des personnes en situation de handicap accèdent encore à un poste de travail, mais elles n’y restent pas. Pourquoi? Parce que les collègues de travail ne savent pas comment s’y prendre. Tout l’enjeu est d’arriver à un engagement à long terme. C’est la raison pour laquelle nous aménageons les postes de travail et nous offrons l’assistant(e) à l’inclusion dans l’emploi. Nous faisons tout pour que cela puisse réussir. Je lance un appel aux entreprises: Chères entreprises, tentez le coup! Si vous vivez votre diversité pleinement avec les personnes en situation de handicap, vos résultats économiques seront meilleurs. Faites-le!

Sur le plan de l’intégration, vous avez signé un projet pilote: Pakt vum Zesummeliewen (Pacte du vivre-ensemble). Pourquoi avez-vous lancé ce projet?

Le but est d’inclure les citoyen(ne)s dans le vivre-ensemble de la commune. On souhaite que les gens deviennent acteurs et que les initiatives au niveau communal ne viennent pas du bourgmestre, mais des citoyen(ne)s eux/elles-mêmes. Signer ce Pacte du vivre-ensemble, c’est aussi se faire accompagner par des conseillers et conseillères à l’intégration qui suivent et conseillent les communes.

Par exemple, Esch-sur-Alzette est, pour l’instant, la seule commune dans le pays ayant un projet Sport pour Tous, incluant des enfants à besoins spécifiques et en situation de handicap…

Différents projets existent dans différentes communes. C’est donc justement bien de copier ce qui fonctionne dans d’autres communes. Le Pacte du vivre-ensemble est un projet transversal de participation citoyenne, qui concerne à la fois les jeunes, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap… en fait, toutes les communautés. Esch et Luxembourg-ville sont des grandes villes avec plusieurs services à leur disposition, alors que beaucoup de communes de petite ou moyenne taille ne savent pas gérer tout cela seules. On est en train de les sensibiliser, et ça prend du temps afin que cela devienne quelque chose de solide.

Vous ne voulez pas d’un troisième mandat en tant que ministre de la Famille et de l’intégration et ministre à la Grande Région. Mais qu’en est-il du poste de bourgmestre de la Ville de Luxembourg?

Les élections seront organisées l’année prochaine, au mois de juin. Je ne vous cache pas que j’adore ma ville. J’ai énormément d’idées. Donc on verra… Kommt Zeit, kommt Rat. (“Le temps nous le dira”, ndlr).

Mais vous comptez rester active en politique?

Bien sûr. Je ne peux pas rester inactive! Je resterai ministre et je resterai membre du bureau exécutif et du comité directeur du DP. Il faut faire de la politique parce qu’on est comme on est. Moi, j’adore être chez les gens. On me dit avoir été à toutes les assemblées générales possibles et imaginables du DP partout dans tout le pays. C’est vrai. Dès que je peux, j’y vais.

Gouvernement du Luxembourg