Luxembourg : Un passé colonial et raciste toujours visible dans la capitale du Grand-Duché

Bien que le Luxembourg n’ait jamais eu de colonies, sa proximité avec la Belgique et les Pays-Bas et sa Place financière l’ont lié à ce pan de l’histoire. Deux organisations travaillent à la reconnaissance officielle de ce passé et de ses injustices.

Ce week-end, «Lëtz Rise Up» et «Richtung 22» vous invitent à explorer Luxembourg-Ville avec le regard tourné vers le passé. Et plus particulièrement vers le passé colonial du pays. Car si le Grand-Duché ne s’est jamais approprié de territoires à proprement parler, la colonisation s’est inscrite dans son histoire à travers ses relations avec la Belgique et les Pays-Bas. 

Les deux associations visent donc à ouvrir les yeux du public sur les réalités de cette histoire, à travers une visite guidée de la capitale. L’itinéraire passe par exemple devant la Villa Louvigny, où un panneau informatif apporte quelques détails sur l’histoire du bâtiment… tout en omettant qu’il a accueilli en février 1900 un «zoo humain». Au cours d’un spectacle profondément raciste, des «amazones guerrières du Dahomey» (actuel Bénin) devaient défiler devant la foule comme faire-valoir.

Plus loin, le siège de l’ancienne Kredietbank Luxembourg permet de revenir sur l’histoire de la Place financière, qui a raflé pendant longtemps les richesses des anciennes colonies belges et néerlandaises. La KBL Bank est d’ailleurs actuellement poursuivie pour avoir facilité une série de transactions financières secrètes dans les années 1970 et 1980. Le but: vendre des armes au régime d’apartheid de l’Afrique du Sud de l’époque, violant ainsi l’embargo sur les armes décidé par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Le Cercle municipal qui accueillit le congrès international des Cercles coloniaux en 1938, les diamants de la monarchie et autres objets d’arts de l’époque coloniale sont également décortiqués par le prisme du colonialisme, lors de cette visite. Au-delà d’inviter les visiteurs à porter un regard neuf sur la capitale du Grand-Duché, les deux organismes cherchent surtout à «faire bouger les choses» en racontant l’histoire du Luxembourg sans détour. 

 «Lëtz Rise Up» et «Richtung 22» espèrent notamment rouvrir le dialogue autour de ce passé colonial, pour que le Grand-Duché prenne ses responsabilités en tant que pays et en tant que peuple, en demandant par exemple pardon et en reconnaissant les injustices engendrées par la colonisation.

Hasard du calendrier, une vaste enquête sur la perception du racisme et des stéréotypes qu’il véhicule a été lancée ce mois-ci au Luxembourg. L’objectif: dresser un premier état des lieux des discriminations en fonction des origines, pour mieux les combattre par la suite.

Luxemburger Wort