Luxembourg : Vers un état des lieux du racisme dans le Grand-Duché

Mandaté par la Chambre des députés et le ministère de la Famille, le Liser lancera mi-juin une vaste enquête sur les perceptions des discriminations au Luxembourg. Le but: balayer le plus large possible.

Malgré les 175 nationalités qui y sont répertoriées, le Luxembourg n’est pas épargné par les discriminations raciales. Pour preuve, le dernier rapport du  Centre pour l’égalité de traitement indique que 22% des plaintes enregistrées en 2020 concernaient l’appartenance «supposée ou réelle» à une ethnie. Pour y remédier, la Chambre des députés a chargé le ministère de l’Intégration de mener une étude nationale sur le racisme et les discriminations au Grand-Duché. Les modalités étaient présentées ce mardi en Commission de la Famille.

A compter de la mi-juin 15.000 personnes recevront un questionnaire, élaboré par le Centre d’étude et de formation interculturelles et sociales et le Luxembourg Institute of Socio-Economic Research (Liser). A terme, il doit permettre aux instances politiques de comprendre la façon dont les répondants mesurent les discriminations, en tant que victimes et comme témoins. 

L’objectif du ministère est d’aller au-delà de l’enquête «Being Black in the UE», qui avait fait couler beaucoup d’encre au Grand-Duché. Menée par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, ce rapport s’intéressait à quelque 5.800 «immigrants et descendants d’immigrants d’origine africaine» interrogés dans douze États membres de l’UE, dont le Luxembourg. Celle initiée par le ministère suite à une motion parlementaire, «ne s’arrêtera pas à la couleur de peau», note Frédéric Docquier. Le chercheur responsable de l’étude au sein du Liser indique que le questionnaire portera également sur «la pratique de la langue, la religion et les coutumes, ou encore l’accent».

Les participants devraient être prochainement tirés au sort. Parmi eux, «10.000 personnes seront sélectionnées au hasard» tandis que les 5.000 restantes feront partie des populations «les plus à risque en ce qui concerne les discriminations». «Notre objectif en tant qu’analystes est d’enquêter sur un échantillon le plus représentatif de la population», précise le professeur Docquier. Comprenez que puisque 52,64% de la population du Grand-Duché est de nationalité luxembourgeoise, 52,64% des participants à l’enquête le seront également. «Si l’on veut être efficaces et justes, il faut être le moins exhaustif possible», note le chercheur du Liser.

Mais le format choisi pour mener à bien cette étude nationale pourrait mettre en difficulté les experts. En raison «de la pandémie et d’un budget assez restreint», l’enquête statistique se fera sur internet. Equipés d’un identifiant et d’un mot de passe, les résidents retenus devront compléter le questionnaire en ligne. Une formule qui risque de réduire le nombre de participants comme peau de chagrin, puisqu’ils devront avoir accès à internet, savoir l’utiliser, et comprendre les questions. Bien qu’il ait été conçu de la manière «la plus pédagogue qui soit» et traduit «en cinq langues», l’accès à ce questionnaire pourrait en décourager certains. 

Le racisme reste un défi pour le Luxembourg

«Nous avons peu de recul sur ces enquêtes online», souligne Frédéric Docquier qui espère que le nombre de réponses sera suffisant pour que le Liser puisse mener à bien son travail. Avec un budget «aux alentours de 100.000 euros», selon la Commission de la Famille, difficile de faire autrement. «Cela a du sens au vu de l’objectif de cette enquête», nuance le chercheur du Liser. Cette première étude doit en effet permettre de dégager des problématiques plus précises, comme des discriminations dans «le travail, l’accès au logement, ou l’accès aux soins», énumère le ministère de la Famille. «Le gouvernement devrait par la suite cibler certains aspects», suppose Frédéric Docquier. Les résultats de cette première étude devraient être communiqués au mois de septembre.

Wort