Lyon : Qui veut “fermer les locaux fascistes” ?

Ou plutôt, qui ne veut pas ?

Répondons en deux temps, en expliquant les raisons qu’on peut avoir de vouloir la disparition de bases desquelles partent régulièrement des agressions violentes, puis ce qui cloche dans le processus. C’était l’objet de la conférence organisée par le collectif “Fermons les locaux fascistes” le 22 janvier dans la mairie du 1er arrondissement.

Lyon est depuis des dizaines d’années une plaque tournante de l’extrême droite en France, à la fois un enjeu de pouvoir et un laboratoire, un terrain d’expérimentation pour plusieurs mouvances (des néo-fascistes aux pétainistes, en passant par les royalistes, il y en a pour tous les goûts). Mais on se concentre là sur un groupe en particulier : les “Remparts”, qui ont officieusement (et illégalement) succédé à Génération Identitaire après sa dissolution. Ce groupe s’organise autour de locaux situés dans le Vieux Lyon : un bar et sa salle de boxe, La Traboule et l’Agogé.

Le problème peut sembler évident, mais d’expérience ça n’est pas le cas pour tout le monde. Bon, expliquons.

Depuis plusieurs années, Lyon fait face à une recrudescence d’attaques par des groupes d’extrême droite : contre des personnes identifiées comme étrangères ou militantes, contre des manifestations, contre des lieux (on citera par exemple le bar La Pinte Douce en décembre 2019, fermé depuis, et la librairie La Plume Noire en mars 2021, coupable d’avoir organisé une collecte alimentaire).

La violence n’est évidemment pas l’apanage de l’extrême droite, et traverse sous diverses formes l’ensemble de la société. Mais elle est consubstantielle de son projet politique, en est un élément moteur et fédérateur. Dans l’idéologie fasciste, c’est l’unité de la Nation qui prime, et tout ce qui peut se mettre en travers doit disparaître – y compris les personnes qui s’opposent aux inégalités et aux discriminations. Féministes, antiracistes, syndicats, et plus largement toutes les formes d’émancipation ou d’organisation des travailleurs deviennent automatiquement des cibles de l’extrême droite, cibles auxquelles elle s’attaque directement, physiquement. À l’heure où l’on se mobilise en masse contre une réforme des retraites qui augmenterait les inégalités, cela devrait interpeller, mais c’est un autre sujet.

Les attaques fascistes ne sortent pas de nulle part : les locaux, justement, y jouent un rôle clé, pour se coordonner, entreposer du matériel, s’entraîner. Les fermer, c’est mettre un coup dans la capacité d’un groupe violent à mobiliser et à attaquer. C’est pour cette raison que s’est constitué le collectif “Fermons les locaux fascistes”, qui rassemble plusieurs organisations syndicales, partisanes, et associatives ; l’idée étant d’informer (d’où la conférence du 22 janvier) et de fédérer pour établir un rapport de force avec les autorités compétentes, afin de faire concrètement reculer l’extrême droite et d’empêcher ses agressions.

Lesdites autorités sont loin de réagir de façon unanime. Succédant à l’équipe municipale d’un Gérard Collomb complaisant avec l’extrême droite, la nouvelle majorité évolue progressivement sur le sujet, en paroles et aussi – de plus en plus, on l’espère – en actes. Suite à une nouvelle agression en décembre, Grégory Doucet s’était clairement positionné. Dénoncent également ces violences, avec un écho national, la députée Marie-Charlotte Garin ou le sénateur Thomas Dossus, pour n’en citer que deux.

Du côté des élus, donc, le dialogue fonctionne : c’est à la préfecture qu’il faut chercher le problème. La préfecture, qui a à de nombreuses reprises manifesté un laisser-faire coupable vis-à-vis des groupes fascistes, quitte même à qualifier de “rixe entre supporters” l’attaque survenue rue Mercière en juin 2021 (pendant l’Euro) pourtant ouvertement revendiquée. Bref : Pascal Mailhos a laissé faire, et Fabienne Buccio qui va lui succéder est attendue au tournant.

Charles de Lacombe

Ingénieur, activiste pour la justice sociale et climatique, affilié à aucun parti politique

Lyon Mag