Lyon : Soutien aux jeunes migrants dans le cadre d’une journée de mobilisation nationale 

Dans le cadre d’une journée de mobilisation nationale pour les jeunes exilé.e.s, le Collectif soutien/migrants Croix-Rousse a organisé un rassemblement sur l’esplanade de la Grande Côte pour revendiquer la présomption de minorité et évoquer la situation des 70 mineur.e.s isolé.e.s qui se sont retrouvés à la rue cet été. 

La Coordination nationale des jeunes exilé.e.s en danger, qui comme son nom l’indique regroupe des collectifs engagés dans le soutien des mineur.e.s isolé.e.s partout en France, a organisé une journée de mobilisation nationale le 5 octobre pour réclamer le respect des droits des mineur.e.s non accompagné.e.s sur le territoire hexagonal.

Un rassemblement a eu lieu à Lyon, sur l’esplanade de la Grande Côte à l’initiative du Collectif soutien/migrants Croix-Rousse

À Lyon, le Collectif soutien/migrants Croix-Rousse a organisé un rassemblement sur l’esplanade de la Grande Côte. 

Là, nous avons rencontré Sébastien Gervais, un membre de ce collectif qui nous a confirmé que dans le cadre de cette mobilisation nationale, il y avait des manifestations « à Paris, Toulouse, Nîmes, Marseille, Rennes, Lille… » « La mobilisation concerne les revendications d’une tribune qui demande la présomption de minorité pour les mineur.e.s isolé.e.s dont les droits sont complètements bafoués en France, quand ils voient leur minorité refusée par le département. » 

La question des mineur.e.s isolé.e.s et de la présomption de minorité 

M. Gervais nous a rappelé que les mineur.e.s isolé.e.s sont « des jeunes qui viennent de pays étrangers et arrivent en France sans famille ». « En théorie ce sont les départements qui devraient les prendre en charge, car ils ont la compétence de la protection de l’enfance, mais ce que l’on constate, ici, à Lyon, mais aussi un peu partout en France, c’est que les départements qui font la première évaluation de ces jeunes, en refusent énormément comme ils n’ont pas de papiers. Ces jeunes se retrouvent sans aucun droit, sans ressources. Ils sont complètement maltraités par les institutions et complètement déconsidérés puisqu’ils se retrouvent ni mineur.e.s, ni majeur.e.s. » 

À Lyon, 70 mineurs isolés s’étaient retrouvés à la rue cet été 

Pour rappel, à Lyon, 70 mineur.e.s isolé.e.s s’étaient retrouvé.e.s à la rue à la suite de l’évacuation du Squat le Chemineur et de l’incendie qui a eu lieu dans celui dit Chez Gemma.

Cela intervenait alors que la métropole de Lyon (qui a les compétences du département en matière de minorité) et la Préfecture (qui a la compétence pour les adultes) venaient d’ouvrir la Station 2 destinée à accueillir ces jeunes migrants. À ce moment-là, nous avions rencontré Renaud Payre, le vice-président de la métropole de Lyon, délégué à l’habitat, au logement social et à la politique de la Ville, ainsi que Lucie Vacher, la vice-présidente déléguée à l’action sociale et éducative, à l’adoption, et à l’accompagnement des familles, qui étaient dépités de voir cette situation intervenir, alors que s’ouvrait la Station Milan qui venait couronner plusieurs mois de travail. La station 2 n’avait toutefois pas la capacité suffisante pour abriter toutes et tous les mineurs non accompagnés qui se retrouvaient à la rue après ces deux évènements. 

Sans solution, 70 mineur.e.s isolé.e.s ont décidé de squatter le square Gustave Ferrié, près du métro Hénon. Ils y ont passé tout l’été dans des conditions difficiles avant d’être relogés par la ville de Lyon, le 28 septembre, dans le gymnase Dargent, qui se situe dans le 8earrondissement d’Olivier Berzane

Un rassemblement festif et engagé 

Sur l’esplanade de la Grande Côte, les jeunes ont rappé, dansé… Ils ont aussi pris le micro pour revenir sur la situation des mineurs isolés en général et sur leur situation dans le gymnase.

La situation dans le gymnase Dargent 

Souleymane nous a par exemple expliqué que les choses ne se passaient pas comme ils l’avaient espéré, « on nous a proposé des conditions qui n’ont pas été complètement tenues ». « Nous ne mangeons pas sur place, nous n’avons eu de l’eau chaude qu’hier, nous n’avons pas de titres de transport, il manque beaucoup de choses. » 

Les mineur.e.s isolé.e.s aimeraient également « qu’il y ait plus de places pour pouvoir accueillir les nouveaux arrivants » qui ont vu leur statut de mineur refusé par Forum Réfugié, le prestataire de la Métropole chargé d’évaluer leur minorité. 

Le soutien de SOS Racisme 

Lors de cette journée de rassemblement, nous sommes également tombés sur Hugo, de l’association SOS Racisme, que nous avions rencontré lors du forum des associations du 9e arrondissement. Il nous avait alors expliqué qu’avec d’autres militants, il venait de rouvrir le bureau de SOS Racisme Lyon, fermé depuis 5 ans. Les jeunes militants ont tenu à venir apporter humblement leur soutien aux mineur.e.s isolé.e.s et au Collectif soutien/migrants Croix-Rousse, sans aucune volonté de récupération. « Au-delà de porter le combat du racisme, c’est un combat humain tout simplement », nous a confié Hugo. Pour lui, la solution du Gymnase, n’est pas « une solution pérenne ». « Il faut mutualiser les forces pour continuer le combat. » 

Le soutien de Hubert-Julien Laferrière, le député de la 2e circonscription 

Le député Nupes de la 2e circonscription du Rhône, Hubert-Julien Laferrière avait également fait le déplacement pour soutenir les mineur.e.s isolé.e.s « qui sont en recours parce qu’on ne leur a pas reconnu leur minorité, alors qu’ils ont besoin de la protection des services de l’enfance ». « Aujourd’hui vous avez des mineur.e.s isolé.e.s, qui doivent bénéficier de la présomption de minorité, qui étaient dans un campement. La ville de Lyon a ouvert un gymnase pour qu’ils soient logés, c’est bien. La Métropole et l’État ont ouvert un lieu pour qu’ils puissent bénéficier d’un suivi et d’un accompagnement pour qu’ils puissent s’insérer et trouver du travail, mais pour tout cela, il y a besoin de ces collectifs qui les soutiennent au jour le jour, et qui font pression sur nous, les élus, pour que nous agissions. » 

Pour éviter que la tragédie de cet été ne se reproduise, les associations préconisent l’ouverture d’une cinquantaine de places supplémentaires. Pour l’instant le Grand Lyon est en train de réaliser l’évaluation de ses stations 1 et 2. Visiblement, il faudra encore la pression des collectifs, des associations et de celle des élu.e.s afin de pouvoir imaginer la création, un jour, d’une éventuelle Station 3. 

Veridik