Lyon : Suicide présumé d’une gendarme d’origine algérienne qui dénonçait du “racisme”, le dossier classé en 2012 devrait être rouvert

La famille de Myriam Sakhri, 32 ans, n’a jamais cru à la thèse officielle. La jeune femme se plaignait d’être harcelée par des collègues. Le dossier pourrait être rouvert pour harcèlement et homicide involontaire.

Le 24 septembre 2011, une gendarme est retrouvée morte dans une caserne lyonnaise et l’enquête conclut à un suicide pour “raisons personnelles”. Mais la famille de Myriam Sakhri, 32 ans, n’a jamais cru à la thèse officielle. Depuis qu’on l’a découverte sans vie dans son logement de fonction, une balle dans l’abdomen et son arme de service à ses pieds, ses proches tentent de faire la lumière sur les mois qui ont précédé.

La jeune femme d’origine algérienne, affectée au Centre d’opérations et de renseignements de la gendarmerie (Corg) du Rhône, se plaignait d’être harcelée par des collègues. Elle avait contacté une association de défense des militaires, évoquant “injures racistes” et “humiliations”. On lui avait conseillé de rassembler des témoignages et elle avait rappelé le 19 septembre, déterminée à porter plainte.

“Qui a tué le gendarme Myriam Sakhri ?”, s’interrogeait l’Association de défense des droits des militaires (Adefdromil) après le décès. Un mot retrouvé chez elle, “Merci à G. le connard !”, désignant le colonel qui commandait le groupement du Rhône à l’époque, a déclenché une enquête pour harcèlement et discrimination. Procédure classée sans suite le 9 mars 2012, en même temps que la thèse du suicide était retenue.

En vidant l’appartement, les proches de la défunte découvrent une douille sous le canapé, des lunettes d’homme sans propriétaire connu, un rideau de fenêtre arraché, tandis qu’un huissier relève le désordre. Le 14 juin 2012, la famille se constitue partie civile et une information judiciaire est ouverte pour harcèlement et meurtre. Le 31 octobre 2013, le juge d’instruction rend un non-lieu, confirmé en appel le 29 juillet 2014 puis par la Cour de cassation le 21 octobre 2015.

À l’époque, la justice écarte toute intervention d’un tiers, expliquant la présence des lunettes par “de nombreux visiteurs” et celle de la douille par des tirs de vérification sonore effectués par les enquêteurs. Les magistrats balaient aussi les faits de harcèlement.

“De l’avis de tous ses collègues”, écrivent-ils, c’est au contraire la gendarme qui, déçue de ne pas être mutée sur le terrain, aurait semé la pagaille au Corg en accumulant les congés maladie, ne travaillant pas la nuit et se disant victime d’insultes racistes – “bougnoule” – alors qu’on ne l’aurait traitée que de “feignasse”.

Sud-Ouest