Malawi, Kenya, Jordanie: quand les réfugiés se forment aux métiers du numérique

L’association Konexio veut lutter contre l’exclusion numérique (image d’illustration). © CC0 1.0 – Pixabay

Pour développer leurs systèmes informatiques, les entreprises du monde entier font largement appel à des travailleurs indépendants. Mais ces « freelances du numérique » peinent à satisfaire les demandes de sociétés engagées dans la course à la dématérialisation de leurs activités. C’est pourquoi une association française a décidé de valoriser le potentiel des publics sans emploi, mais aussi celui de personnes réfugiées dans plusieurs pays, à travers des formations aux métiers du numérique.

Les modules de formation aux métiers et à l’utilisation du numérique délivrés par l’association Konexio ont comme objectif de favoriser une insertion socio-professionnelle durable auprès de publics qui se retrouvent éloignés de l’emploi et de combattre une exclusion numérique qui ne cesse de croître dans le monde, selon le dernier rapport de l’Organisation des Nations unies. L’association dispense ses programmes de formation à l’international auprès des personnes réfugiées ou déplacées. Cette initiative est soutenue par de nombreuses ONG, des partenaires privés et par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Les formations se déroulent toujours au plus près des populations vulnérables dans les pays. Les premières sessions ont débuté en 2019 au Malawi dans le camp de Dzaleka et ont été reconduites en 2022 pour donner naissance à la troisième promotion d’apprenants. D’autres modules sont en cours de déploiement au Kenya afin de former spécifiquement 240 femmes réfugiées.

Et dès le mois de juillet, ce sera en Jordanie, à l’intention de réfugiés, mais aussi des personnes exclues du marché du travail, nous précise Jean Guo, fondatrice de Konexio. « Afin d’adapter au mieux ces parcours de formation, nous commençons toujours par un diagnostic des compétences de base de nos apprenants pour comprendre quels seraient les emplois qu’ils aimeraient occuper. Ce qui nous permet ensuite de les aider pendant le tout le processus de formation.

Nos enseignements peuvent concerner les domaines techniques des métiers du numérique, du traitement des données, jusqu’au codage informatique des systèmes d’informations ou être capable de créer de nouvelles applications pour les services en ligne des entreprises. Nos étudiants peuvent aussi se former aux outils bureautiques pour trouver un emploi ou plus simplement apprendre à rédiger des courriels. »

Intensifier la lutte contre l’exclusion numérique

« Concrètement, le rôle de Konexio est de fournir tous les outils pédagogiques et les matériels dont nos partenaires locaux ont besoin pour organiser dans les pays ces formations. Notre objectif est d’aider nos apprenants à acquérir une autonomie financière. Cette inclusion sociale à l’aide du numérique profitera aussi à leurs proches ou à leurs familles.

Nous citons souvent l’exemple de Stan, réfugié dans un camp au Malawi qui est devenu récemment lui-même un formateur. Les compétences en informatique qu’il a obtenues lui ont fourni de premières opportunités économiques : il s’est marié et a acheté son logement… Et c’est exactement l’objectif que nous poursuivons avec ces formations : offrir une perspective à tous les exclus du numérique dans le monde. »

Konexio milite aussi pour la reconnaissance d’un droit universel à la formation numérique. L’association constate, par ailleurs, que la plupart des lois locales sur le travail, dans les pays dans lesquels elle mène ses actions, ne sont pas toujours favorables aux réfugiés ou aux migrants. Elle rappelle également que ses programmes de formation s’adressent sans distinction à toutes les personnes marginalisées et quel que soit leur pays d’origine. Et afin d’intensifier ses actions, Konexio a l’intention de s’implanter d’ici à 5 ans dans 10 pays et 40 villes subissant de plein fouet ce fléau mondial de l’exclusion numérique.

RFI