Malgré les replis communautaristes, l’universalisme est indéboulonnable

Un manifestant brandit un slogan “Je ne suis pas ton nègre” en référence au documentaire sur James Baldwin et en hommage à l’assaut policier dont a été victime le producteur Michel Zecler, ainsi que dans le cadre de la marche des Libertés contre la loi sécurité globale, le 28 novembre 20

Par Rachel Khan Co-directrice du Centre culturel hip-hop La Place, actrice, autrice et Arnaud Ngatcha Adjoint (PS) à la Maire de Paris en charge des relations internationales, réalisateur de “Noirs, l’identité au cœur de la question noire.

Avec la colonisation “woke”, les idéologies victimaires et revanchardes veulent faire passer l’universalisme pour un gros mot, utilisé par des gens peu fréquentables.

Jamais dans l’histoire de l’humanité nous n’avons vécu un moment aussi “planétaire”, une pandémie qui touche tous les continents. Or, au lieu de mettre en perspective ce contexte inédit avec nos principes universels d’égalité, de liberté et justice, de solidarité pour nous renforcer, des idéologies déshumanisantes imbibent nos sociétés pour nous fragiliser.

Pire, les idéologies victimaires et revanchardes veulent faire passer l’universalisme pour un gros mot, utilisé par des gens peu fréquentables.

La perte de repère, l’absence de perspectives, la fragilité de la transmission de nos principes républicains mais aussi l’influence massive du soft power américain déplacent les jeunes générations vers des mécanismes antinomiques avec nos fondamentaux. Ils se radicalisent vers des pratiques communautaristes et autres replis identitaires.

Des jeunes se radicalisent vers des pratiques communautaristes et autres replis identitaires.”

Le Wokisme, symbolisé par le mouvement Black Lives Matter aux États-Unis est pour ses défenseurs la seule possibilité de lutter efficacement contre les discriminations fondées sur la race, le genre et les préférences sexuelles. Intersectionnalité, non-mixité, décolonialisme, mais aussi concept de “blanchité” assumée… En réalité, il ne s’agit pas de se battre pour l’égalité mais sur fond de haine, se venger de l’histoire. 

En France, faire l’autruche pendant plus de 30 ans, sans jamais prendre à bras le corps cette question essentielle de l’Égalité républicaine a fini par saper la confiance et renforcer la conviction que seul le modèle américain basé sur le communautarisme et sur des combats radicaux contre la classe dominante pouvait changer les choses dans cette France corsetée qui promeut un modèle d’Universalisme à bout de souffle.

Dès lors, face à cette colonisation woke qui arrive de manière incisive sur l’hexagone, une grande question se pose, celle de la défense du modèle français universaliste.

Bien sûr le racisme existe en France, bien sûr les discriminations basées sur la couleur de peau ou le patronyme, ou le genre (…) sont des réalités.

Bien sûr que la représentation de l’ensemble de la société, notamment à des postes de pouvoir et particulièrement dans les sphères économiques, financières et médiatiques est un vrai problème. 

Bien sûr, nous avons du faire face à des sarcasmes, prouver notre valeur mille fois, lutter contre la condescendance, voire le mépris de certaines personnes, d’ailleurs quelle que soit leur couleur.

Néanmoins, le modèle Universaliste est le seul qui permette dans notre contexte d’affronter les défis d’aujourd’hui sur le plan intérieur et international. L’universalisme est le seul qui nous permette de ne faire qu’un contre toutes les formes d’injustice.

Dans ce monde traumatisé par le Covid mais qui reste dominé par les États-Unis, la Chine et demain l’Inde et l’Afrique, ne nous trompons pas de combat. Notre modèle est attaqué par ceux qui dans cette grande compétition économique souhaitent garder leur “leadership”. 

Si nous sommes, en tant que Français, peu nombreux au regard des populations des super-puissances, nous avons une histoire, une culture, des traditions fortes qui nous distinguent et fondent notre Identité. Les renier, c’est voir disparaître la Nation sous la gomme de la Cancel culture, pour ne devenir plus qu’un agrégat d’une culture dominante.

Quid de notre art de vivre, de notre patrimoine, de nos complexités, de notre puissance créatrice en liberté dans une France du communautarisme racialiste et identitaire?

Face à cette colonisation woke qui arrive de manière incisive sur l’hexagone, la question de la défense du modèle français universaliste se pose.

Dans nos métiers respectifs recevant les ambassadeurs, les élus ou les artistes internationaux, Paris, la ville des Lumières reste un phare pour le monde entier en raison de son histoire, de ses valeurs et de son rôle de capitale des droits humains. Nos interlocuteurs recherchent avant tout la richesse de notre singularité comme une respiration dans la globalisation économique et le formatage de la pensée. N’oublions jamais que c’est à Paris qu’un écrivain noir, homosexuel du nom de James Baldwin est venu s’installer en 1948 afin de fuir les discriminations aux États-Unis et s’épanouir artistiquement et personnellement. Il n’est pas le seul.

Il nous appartient de défendre l’universalisme, de le faire évoluer, de le mettre en oeuvre et de le promouvoir sous toutes ses hautes coutures.

Dans cette crise mondiale, il est important de refuser de sacrifier ce que nous sommes, ce qui fait ce que nous sommes, ce qui fait que la France reste la France ici et dans le monde entier. L’universalisme est indéboulonnable.

Huffington Post