Mali : 200 jihadistes libérés en échange de Sophie Pétronin (Màj : A peine libérée, l’ex-otage veut retourner à Gao « voir ce qui se passe »)

Addendum du 09/10/2020

A peine libérée, Sophie Pétronin parle déjà de repartir. L’humanitaire française libérée jeudi avec trois autres otages maliens et italiens a tout de suite fait part de son intention de retourner à Gao au Mali. Ce lieu même où elle a été enlevée il y a quatre ans par un groupe de djihadistes en lien avec Al-Qaida.

« Je vais aller en France, en Suisse et après je vais revenir voir un peu ce qui se passe ici », a-t-elle déclaré aux journalistes à l’ambassade de France à Bamako. L’ex-otage de 75 ans souhaite s’assurer que l’organisation d’aide aux enfants qu’elle dirigeait avant d’être enlevée continue à fonctionner convenablement. « J’ai pris l’engagement pour les enfants, ça fait presque quatre ans que je n’ai pas vu comment se déroulent les programmes », a-t-elle dit en invoquant les actions de son organisation contre la malnutrition et en faveur des enfants orphelins. […]

20 Minutes

La Française de 75 ans et l’opposant malien Soumaïla Cissé, arrivés à bord d’un avion de transport de l’armée malienne, ont été accueillis par des scènes de liesse sur le tarmac de l’aéroport de Bamako. Sophie Pétronin a pu rapidement prendre un moment pour parler à son fils.

“Je vais très bien !” : les premiers mots de Sophie Pétronin après sa libération au Mali

Une émotion débordante. A son arrivée à l’aéroport de Bamako, au Mali, jeudi 8 octobre, Sophie Pétronin, dernière otage française dans le monde, a été accueillie par les bras de son fils, Sébastien Chadaud. Ce dernier a hurlé “maman !” à plusieurs reprises avant de fondre en larmes en prenant sa mère dans les bras.

La scène est à la hauteur du soulagement provoqué par l’annonce de la libération de l’humanitaire, après une longue captivité aux mains d’insurgés islamistes. Le fils de Sophie Pétronin a ensuite décrit à France Télévisions son émotion lors des retrouvailles. “C’était un petit garçon qui retrouvait sa maman, et c’était une maman qui consolait son petit garçon”, raconte Sébastien Chadaud.

“Je me suis dit surtout n’accorde pas d’importance à la mort (…) je me suis dit : ‘vas-y, tiens-bon, accroche-toi'”, a également déclaré Sophie Pétronin dans une autre vidéo. Elle a ensuite demandé pardon à son fils devant la caméra pour “lui avoir donné beaucoup de peine” afin de “la sortir de là”.

La Française de 75 ans et l’opposant malien Soumaïla Cissé, arrivés à bord d’un avion de transport de l’armée malienne, ont été accueillis par des scènes de liesse sur le tarmac de l’aéroport de Bamako. Sophie Pétronin a pu rapidement prendre un moment pour parler à son fils.

La présidence maliennne a indiqué, sans plus de précisions, que ces libérations avaient été rendues possibles grâce aux efforts des services de sécurité maliens et à des partenaires internationaux. Les autorités maliennes et françaises n’ont jamais confirmé, ni démenti que des négociations étaient en cours. Sophie Pétronin était captive depuis décembre 2016 au Sahel.

06/10/2020

Plus d’une centaine de jihadistes condamnés ou présumés ont été libérés au Mali, au cours du week-end, dans le cadre de négociations pour la libération d’une personnalité malienne et d’une humanitaire française supposés être aux mains des islamistes, a-t-on appris, ce lundi, de sources proches des tractations.

Des libérations d’une telle ampleur sont très rares au Mali. Sophie Pétronin et Soumaïla Cissé, les deux otages dont la libération est dans la balance, selon ces sources, sont la dernière otage française détenue à travers le monde, pour l’une, et une figure politique d’envergure nationale au Mali, pour l’autre.

« Dans le cadre de négociations pour obtenir la libération de Soumaïla Cissé et de Sophie Pétronin, plus d’une centaine de prisonniers jihadistes ont été libérés, ce week-end, sur le territoire malien », a déclaré un responsable de la médiation, sous le couvert de l’anonymat en raison de la sensibilité de l’affaire.

Un responsable des services de sécurité maliens a confirmé ces informations. Les prisonniers ont été relâchés dans le secteur de Niono (centre) et dans la région de Tessalit (nord) vers où ils ont été acheminés par avion, a-t-il précisé.

Un élu de Tessalit a confirmé anonymement l’arrivée, dimanche, par avion, de « très nombreux prisonniers jihadistes » et leur libération.

Espoir pour Sophie Pétronin ?

Sophie Pétronin, 75 ans aujourd’hui, a été enlevée, le 24 décembre 2016, par des hommes armés à Gao (nord du Mali), où elle vivait et dirigeait depuis des années une organisation d’aide à l’enfance. Elle est apparue dans des vidéos diffusées, en 2017 et 2018, par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda.

La dernière où on la voit, publiée mi-juin 2018, la montre très fatiguée, le visage émacié, en appelant au président français Emmanuel Macron. Ses proches avaient indiqué, en mars, après une rencontre avec les autorités françaises, que Paris disposait d’une preuve qu’elle était toujours en vie.

Son fils, Sébastien Chadaud, est resté très retenu devant le peu d’éléments disponibles. « On doit faire attention et rester très prudent car, si véritablement il y avait des tentatives, il faut être prudent pour ne pas les gêner », a-t-il dit. « Il est trop tôt pour se réjouir, on a déjà vécu des moments comme ça depuis quatre ans », a-t-il insisté.

Les Affaires étrangères françaises ont dit, par la voix de leur porte-parole Agnès von der Mühll, procéder aux « vérifications nécessaires auprès des autorités maliennes » et s’abstenir de tout autre commentaire.

Soumaïla Cissé, 70 ans, ancien chef de l’opposition parlementaire et deuxième à trois reprises de l’élection présidentielle, a été kidnappé, quant à lui, le 25 mars, alors qu’il était en campagne législative dans la région de Tombouctou (nord-ouest).

À défaut de preuve formelle, les soupçons pèsent sur le groupe jihadiste d’Amadou Koufa, actif dans le centre du Mali et affilié à Al-Qaïda.

Dialoguer ou non

Il s’agissait d’un enlèvement sans précédent d’une personnalité de cette stature, même dans un pays où de nombreux rapts ont été perpétrés avec différentes motivations.

Son sort a constitué un des cris de ralliement de la contestation de plusieurs mois contre l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta. Ce dernier a fini par être renversé par un putsch, le 18 août. L’ancien Président avait longtemps refusé officiellement le dialogue avec les jihadistes avant de se dire prêt à briser ce dogme, en février. Des contacts ont toutefois existé auparavant, inavoués, pour la libération d’otages ou la négociation de cessez-le-feu.

Les militaires qui l’ont déposé n’ont pas fermé la porte aux discussions. Ils énoncent la libération de Soumaïla Cissé comme l’un des objectifs dans la transition qui est censée préluder au retour des civils à la tête du pays sous 18 mois.

Aucun détail n’a été communiqué sur les prisonniers libérés au cours du week-end. Tessalit, où nombre d’entre eux ont été relâchés, est un champ d’implantation du GSIM.

Crise sécuritaire profonde

Le Mali est plongé dans une crise sécuritaire profonde depuis les insurrections indépendantistes et jihadistes parties du Nord, en 2012. Un accord de paix a été signé avec les indépendantistes. Mais les agissements des groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda ou à l’organisation État islamique se sont propagés au centre du Mali, ainsi qu’aux pays voisins, malgré le déploiement de forces françaises et internationales.

Le Mali est aussi ensanglanté par les violences intercommunautaires. Les violences ont fait des milliers de morts militaires et civils. Deux tiers du territoire échappent au contrôle du pouvoir central.

Une Canadienne et son compagnon italien avaient recouvré la liberté, en mars, 15 mois après leur enlèvement au Burkina Faso, voisin du Mali. Ils avaient été récupérés en bonne santé dans le nord du Mali sans que les conditions de leur retour à la liberté aient été clairement établies.

Au moins huit autres otages occidentaux resteraient détenus au Sahel.

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