Mali : Comment les mercenaires russes du groupe Wagner ont orchestré la mise en scène d’un charnier afin d’accuser l’armée française

C’est une milice secrète, sans foi ni loi, aux ordres de Vladimir Poutine : la société militaire privée Wagner est aujourd’hui déployée sur le front ukrainien en soutien aux soldats de l’armée régulière russe. Mais elle a aussi investi un nouveau terrain de jeu depuis le début de l’année : le Mali. Avec pour mission cette fois de déstabiliser la France dans son ancien pré carré africain. Et, vous allez le découvrir dans cette enquête, tous les moyens sont bons pour atteindre ces objectifs.

En avril 2022, l’armée française est accusée d’être à l’origine d’un charnier à Gossi, au Mali. Ces accusations s’appuient sur une vidéo, publiée sur Twitter. “Gossi est une base militaire qui était occupée par l’armée française, et cette base, après la décision du retrait des forces françaises de Mali, a été rétrocédée à l’armée malienne. Et deux jours après, on disait que l’armée malienne vient à peine de découvrir que les Français avaient laissé un charnier dans ce camp”, explique Séga Diarrah, journaliste et fondateur de Maliactu.net. Dans l’émission Complément d’enquête, diffusée sur France 2 ce jeudi 27 octobre à 23h, l’armée française affirme avoir des preuves de la fabrication d’une fake news. Pour le général Pascal Ianni, porte-parole du chef d’état-major des armées, le compte qui lance la rumeur est douteux. 

“Il dit : ‘Une vidéo qui montre des corps sans vie près de la base de Gossi. Pour ceux qui ont des doutes. Mali.’ Derrière ce compte, il n’y a personne, parce qu’en faisant une recherche assez simple sur les réseaux sociaux, on tombe sur un profil qui existe sur le réseau VK, qui est un réseau social russe, et qui fait référence à un compte en Amérique du Sud, avec une photo, et en fait, ce compte n’existe pas”, explique-t-il.

Le général assure même que le charnier a été mis en scène après le départ des forces françaises. Il le prouve grâce à un de leurs drones de surveillance qui a filmé des hommes recouvrant des corps de sable, alors que l’un d’entre-eux filme. “On voit ce mouvement tournant, et c’est exactement ce qu’on voit avec la vue aérienne, puisqu’on voit cette personne qui est en train de filmer les corps.”

Selon le porte-parole, le son trahit également la vidéo. “En fait, ce qu’on entend, c’est des gens qui parlent en bambara. Ça a été traduit, et ce que disent les gens qui parlent, en fait c’est des soldats maliens, ils disent ‘je ne comprends pas pourquoi on nous demande de faire ça’. Et l’autre soldat lui dit ‘c’est pas grave, il faut quand même le faire’.” Pour la première fois, l’armée accuse officiellement un groupe russe. “Ça, plus ces images, plus des renseignements d’origine militaire sur lesquels je ne peux m’étendre parce qu’il y a des problèmes de sécurité opérationnelle, nous permettent d’être à 100 % sûrs que les miliciens de Wagner participent et ont orchestré cette mise en scène.” 

Le groupe Wagner, c’est une armée privée russe fondée par Evgueni Prigojine, un oligarque proche de Poutine. Elle a notamment recruté des hommes pour combattre en tant que soldats en Ukraine. “Les Russes ont une longueur d’avance sur cette guerre de l’information par rapport à la France parce que, tout simplement, ce ne sont pas les mêmes méthodes. Les Russes appliquent certaines méthodes pour eux parce que la fin justifie tous les moyens. Je veux parler des fake news, par exemple”, ajoute Séga Diarrah.