Malte : Les migrants africains, qui avaient détourné un navire, jugés pour terrorisme

“Nous affichons complet”, a déclaré le Premier ministre maltais Robert Amela en septembre. Un message qui s’adresse aux migrants qui voudraient rejoindre l’île. Et gare à ceux qui persuadent les navires qui les secourent de les conduire sur l’île. Ils sont accusés de détournement, un acte de terrorisme.

La presse maltaise les surnomme “les trois de l’El Hiblu”. Trois jeunes hommes arrêtés en mars 2019 sur un pétrolier au large de l’île du sud de la Méditerranée. Et inculpés depuis pour “acte de terrorisme”. Originaires de Côte d’Ivoire et de Guinée, ils sont sauvés de leur embarcation endommagée par l’El Hiblu 1, il leur est concrètement reproché d’avoir détourné le navire turc

Le capitaine avait promis aux 108 migrants de les conduire en sécurité en Europe”,relate le site du bimensuel maltais. Mais au fil du temps les trois adolescents, âgés à l’époque de 15, 16 et 19 ans, se sont rendu compte que le navire poursuivait sa route vers Tripoli, la capitale libyenne, sa destination initiale.

Ils savaient qu’en Libye, le pays qu’ils venaient de fuir, ils seraient à nouveau victimes de violences de toutes sortes, incluant la détention arbitraire dans des conditions inhumaines, la torture, le viol et l’extorsion. ” Finalement, l’équipage accepte de mettre le cap sur l’Europe. De son plein gré, assurent les adolescents. Sous la contrainte, estime la justice maltaise. “Dans le Code pénal maltais, détourner un navire est considéré comme un acte de terrorisme. S’ils sont reconnus coupables, ils seront condamnés à des peines de prison allant de sept à trente ans.

“Malte et l’Italie ont été laissées seules”

Rapidement, plusieurs ONG maltaises se saisissent du dossier. “Selon les militants des droits humains, les trois adolescents doivent être considérés comme des héros pour avoir empêché que leurs 105 compagnons et eux-mêmes soient illégalement renvoyés en Libye”, précise le quotidien de référence. En vertu du droit maritime international, toute personne sauvée en mer doit être débarquée dans un port sûr.

Avoir agi pour qu’on ne les ramène pas en Libye doit donc être considéré comme de la légitime défense.” D’abord emprisonnés, “les trois d’El Hiblu”ont été libérés sous caution en novembre 2019. La procédure à leur encontre a été retardée par la pandémie.“Bien que personne n’ait été blessé et que le navire n’ait pas été endommagé, ils sont accusés de crimes très graves et risquent la prison parce qu’ils se sont opposés à un renvoi illégal à la torture.

Sur la petite île de 515.000 habitants, la question migratoire est particulièrement sensible. Malte est régulièrement épinglée pour sa politique et les conditions d’accueil des demandeurs d’asile. En septembre, le Premier ministre Robert Amela a même affirmé : “Nous affichons complet.” “Une manière cynique de transformer un sujet complexe en slogan simpliste, qui n’offre aucune solution”.

Le principal problème, selon le ministre de la Justice maltais : le manque de solidarité et de coordination européennes sur la question. “Du fait de notre position géographique, nous sommes devenus la porte d’entrée de l’Europe, souligne Edward Zammit Lewis dans une tribune. Nous sommes attachés à nos obligations en matière de droits humains, mais la réalité est que Malte et l’Italie se sont retrouvées quasiment seules pour sauver les vies en danger en mer et pour trouver le moyen d’accueillir un nombre croissant de migrants.”