Marignane (13) : Le maire refuse les cours de langue arabe dans ses écoles

Un dispositif permet aux parents d’élèves qui le souhaitent de demander des cours de langue étrangère dans le temps périscolaire pour leurs enfants. Deux écoles de la ville étaient candidates pour des cours d’arabe. Eric Le Dissès, le maire, refuse catégoriquement.

C’est une question de principe“. Le maire de Marignane est catégorique, il ne veut pas des cours de langue arabe sur le temps périscolaire dans ses écoles. “Ce serait du chinois ou que sais-je encore, ce serait pareil” affirme le premier magistrat de la ville.

Pourtant les parents d’élèves de deux écoles sont demandeurs et s’appuient sur un dispositif qui date des années 70-80, récemment réaménagé , et qui leur permet de solliciter des cours donnés sur le temps périscolaire des enfants, au sein même des établissements, dès le CE1. Cet enseignement initialement intitulé des “langues et cultures d’origine” doit permettre aux enfants issus de l’immigration de mieux structurer leur intégration.

La mairie a reçu en ce sens une demande officielle du consulat de l’Algérie basé à Marseille pour mandater des professeurs d’arabe littéraire dans l’école Marie Curie et l’école Chave.

Une menace pour la laïcité ?

Pour Eric Le Dissès, il n’en n’est pas question : “c’est à la charge de la mairie, c’est moi qui décide et c’est non. Nous dépensons  déjà beaucoup d’argent en subventions à des associations qui luttent contre l’analphabétisme pour des publics qui parlent mieux l’arabe que le français. Ça me parait totalement illogique de donner parallèlement des cours de langue arabe dans les écoles. Ce n’est pas aux écoles de la république de faire cela mais aux familles.”

Eric Le Dissès a par ailleurs peu apprécié que ce soit le consulat d’Algérie de Marseille qui ait désigné le professeur pour dispenser les cours : “Qu’on arrête un peu l’hypocrisie, dans ces cours, on en profite pour aborder et enseigner la religion”.

Pourtant le dispositif des Enseignements Internationaux de Langues Etrangères est encadré et précise : ” L’EILE est un enseignement de langue, dispensé sur la base d’un programme. Aucun  professeur d’EILE n’enseigne une religion. Comme tout enseignant, le professeur d’EILE est tenu au respect de la laïcité. En aucun cas, il ne peut faire d’instruction religieuse ou de prosélytisme.”

Amélioration des compétences en langue vivante et enrichissement de la personnalité

À Marignane certains approuvent la décision du maire, d’autres au contraire la regrettent, car ce dispositif peut permettre aux enfants de mieux structurer leur personnalité : “Moi, pour diverses raisons, je n’ai pas pu apprendre l’arabe quand j’étais jeune, maintenant avec certains vieux oncles de ma famille, je ne peux plus communiquer, je me sens exclu, c’est dommage” avance Rafik, français d’origine algérienne. 

Pour Jacqueline, issue d’une famille d’Espagnols arrivée en Provence, c’est également une chance que d’apprendre la langue de son pays d’origine sur le temps périscolaire : “mes parents ne m’ont pas appris l’Espagnol académique, mais un patois, j’ai appris des mots qui étaient faux.”

Et Francis de conclure : “notre pays est cosmopolite, c’est une chance, ces cours peuvent permettre aux enfants issus de l’immigration de sentir que l’on s’intéresse à eux, ça peut leur permettre d’échanger avec les anciens qui sont installés ici depuis longtemps et qui n’ont pas forcément bien appris le français, ça peut mettre du lien et je n’y vois que du bien.”

France Bleu